EN AVANT MON GENERAL

Par Félix Yandia

 

«Je rêve d’un jour, où l’ordre remplacera le chaos, et la pureté des cœurs redressera les torts..», Martin Luther KING.

 

Le Président démocratiquement élu de la République Centre-à-fric-haine est Responsable mais peut-être pas seul Coupable. Depuis la célèbre réunion de Gonesse en région parisienne, qui a donné carte blanche à Mon Général, celui-ci marche seul, tête haute devant ses troupes, mais reste pourtant bien cerné. Avec les élections de 2005, un accord politique avait pourtant été signé avec les hommes de main, vrais faux démocrates. Mais chacun avait ses calculs plein la tête, histoire de se neutraliser mutuellement, de se manipuler, et par conséquent le pays et les Centrafricains aussi. L’accord politique tripartite du 21 avril 2005, paraît-il, avait été signé «après l’analyse objective de la situation politique qui a prévalu en République Centrafricaine jusqu’au 15 mars 2003, marquée par l’exclusion, le refus du dialogue et de la concertation ainsi que la gestion solitaire de l’Etat qui ont conduit aux crises militaires à répétition dont les populations civiles et l’économie ont payé un lourd tribut et cætera et cætera. » Les intentions affirmées sur le même bout de papier étaient claires et visaient « la Réconciliation nationale et la Reconstruction, la fin de la politique d’exclusion, le partage équilibré des responsabilités dans le strict respect de la Constitution avec les hommes et les femmes intègres à la compétence avérée, la lutte contre la pauvreté en vue de l’amélioration des conditions de vie du Centrafricain et cætera et cætera ». Même ceux qui étaient les premiers à demander l’annulation des résultats des élections pour cause de fraudes massives ont fini par bénéficier d’un décret signé des mains de ce pourtant mal-élu pour être en première ligne de la grogne sociale et donc de la médiation nationale. L’Afrique adore et respecte ses vieux ! Et depuis, par les temps qui courent, où l’ensemble du pays vit dans une insécurité permanente, un mécontentement général, où les perspectives sont sombres, où l’économie est inexistante, où le social c’est du connaît-pas, où les revendications syndicales relèvent de la provocation, plus personne ne chuchote ou ne parle à l’arrière, et le Général continue de «tracer» tout droit dans le mur. Par solidarité gouvernementale, tout le monde mange et il est interdit de parler la bouche pleine lorsqu’on est bien élevé. Faut-il être conformiste dans ces conditions ? Pour ceux qui n’ont rien à se mettre sous la dent, il ne leur reste que la parole, l’écriture ou le tam-tam sur des casseroles vides devant les cases de ceux qui mangent. Qu’est-ce qui différencie ce qui prévaut aujourd’hui de ce qui a prévalu jusqu’au 15 mars 2003 pour faire taire tous ceux qui nous veulent du bien ? Le gâteau est bien partagé, mais sans le peuple.

Tous les recoins du pays avaient pourtant été visités et revisités à coup de billets de banque, le temps de la campagne électorale, accompagné de promesses plein la bouche : les routes, la sécurité, l’agriculture, les écoles, les industries, la transparence, les hôpitaux, les joyaux kimberlites à deux kilomètres sous terre, les Droits de l’Homme, tout y est passé, même le salaire à terme échu, promis juré (...) et des réponses à tout. C’est donc le bonheur total et parfait qui tendait la main aux Centrafricains.

Aujourd’hui, repliés à Bangui la coquette, de discours en discours, de communiqués en communiqués, de sources officielles, on soutient que la sécurité est rétablie à 80 % depuis la fin de la rébellion armée et donc de la prise de pouvoir par les Libérateurs. Un seul point de cet engagement qui en comporte neuf serait donc en voie d’être honoré. Or, les organisations humanitaires, particulièrement le HCR et la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme n’ont pas cessé d’alerter l’opinion sur le sort de la population civile livrée aux bandes armées, particulièrement dans le nord du pays, terrain bien connu des Libérateurs qui étaient froidement remerciés après de bons et loyaux services. C’est sur ce théâtre que la France est appelée pour arrêter les «bandits armées» devant une population désabusée, déplacée, réfugiée mais qui, à tort ou à raison, croit encore à l’humanisme français.

 

Mais le Préfet de Goré, excédé par l’affluence de plus de 60.000 réfugiés centrafricains dans sa circonscription au sud du Tchad, et indigné par le comportement de ce voisin, qualifie d’irresponsables ce silence, cette discrétion et cette indifférence à la centrafricaine. Pour «laver la honte», le Chargé d’affaire du Tchad en RCA a été chargé de demander en fanfare à son compatriote de se taire et de subir sans parler. Si cette attitude n’est pas aussi irresponsable, qu’on nous mette au moins un nom dessus, par exemple, insouciance ou ridicule. « Il ne suffit pas d’exprimer le mécontentement et l'indignation d’un gouvernement pour rassurer un pays qui offre l’hospitalité à nos ressortissants et pour soulager le HCR qui les loge et les nourrit ». Une réponse responsable consisterait pourtant à se rendre dans les régions infestées et dans les camps de réfugiés et faire semblant de constater le calvaire, s’assurer des conditions de vie de nos compatriotes «indésirables» et feindre de négocier avec nos frères Tchadiens. Le Scud risque de tomber au Tchad, et ils seront ainsi pris entre deux feux. Après tout, ils n’ont rien à perdre, on nous le dira avec le même cynisme. Nos vaillants Libérateurs vont-ils renvoyer l’ascenseur à Déby ?

En faisant l’analyse des faits, actes posés ou non il ressort que, les régions productives du pays sont ainsi abandonnées aux actuels bandits armés au profit d’un racket organisé vers l’international. Ils y sont, demander de l’argent à la France et laisser le Ministre Français Bernard Kouchner rendre visite à ces pauvres ; demander de l’aide à la communauté internationale et laisser au HCR et à la croix rouge le soin de nourrir nos compatriotes encombrants dans leur patrie. La honte !

Un pays à 70 % rural où les paysans ne peuvent plus vaquer à leurs occupations, où les produits agricoles ne sont mêmes plus achetés aux producteurs. La transparence, c’est d’abord avec les ressources propres du pays. Dans les domaines miniers, l’accord d’exploitation commune du diamant centrafricain avec le Congo Brazza qui n’en dispose pas dans son propre sous-sol et qui voit le tison ardent chez les miliciens ninjas du pasteur Ntumi. De même la privatisation des ressources forestières au seul profit des autorités et une grosse caisse noire alimentée sans répit par le trésor Public. Tout cela entretient et aggrave cette crise chronique. Le Président Kolingba, après 12 ans, avec des grèves et des villes mortes a laissé une ardoise de 14 mois. Patassé après 10 ans, avec mutineries et rebellions armées, 12 mois. Bozizé, après seulement 4 ans et la sécurité rétablie, affiche déjà 9 mois au compteur. Avec, près de 60 mois de salaires impayés depuis 10 ans (cinq ans donc !), avec les salaires bloqués depuis 1985, dix ans avant la dévaluation du Franc CFA, et la hausse du coût de la vie depuis 20 ans, les plus véreux des fonctionnaires ont eu le temps de développer un comportement de survie. Un tiers des actuels ministres en fait partie, c’est dire… Au bout de 4 mois de fonction, aucun des trois ministres pris les deux mains dans le sac et sanctionné n’a touché son salaire de ministre, mais le train de vie était pourtant celui d’un ministre. Les autres ministres, parentocratie oblige, bénéficient de l’impunité du Roi Soleil. Dans tout ça, où se trouverait la responsabilité de l’Etat ? Le gouvernement camerounais, pour marquer le coup, s’est confondu en excuses auprès de ses agents après seulement trois jours (72 heures) de retard dans le versement des salaires de septembre 2005. Chose impensable en RCA où un salaire versé au bout «d’un mois de 120 jours» est orgueilleusement claironné sur les ondes.

Gouverner, c’est prévoir dit-on. Depuis le temps qu’on fête les milliards dans ce pays, maintenant que les oiseaux émigrent vers l’Afrique, avec le risque de pandémie de la grippe aviaire ou « le masque de la mort» d’Edgar Poe, osons poser dès aujourd’hui les vrais problèmes avant que les mêmes ne reviennent, par une porte secrètement gardée, nous raconter la même histoire… à dormir débout : c’est la seule faute du dictateur prédateur qu’on n’a pas fabriqué. Mobilisez-vous… il est parti avec 1000 milliards de dollars ! Et ainsi de suite... Certains l’on fait pendant un demi siècle de vie politique et s’en portent éternellement très bien.

 

 

Dr Félix YANDIA