Version revue le 9 Août 2002 : Wakodros, chers Compatriotes, Certains d'entre nous s'enfoncent dans l'illusion de croire que le problème de notre pays proviendrait essentiellement de son système de Chefferie. Maintenant il est évident que nous devons réorienter la discussion sur le système administratif, son mode de fonctionnement et le comportement de l'Elite Centrafricaine. Une seule question: pourquoi le TRESOR PUBLIC se substitue t-il aux Banques en RCA?

Vue sous l'angle de modernité et d'efficacité de l'Administration Publique Centrafricaine, l'informatisation des régies financières est la première solution. La refonte du système bancaire est la deuxième solutiuon
Deux solutions qui peuvent à court terme apporter un petit changement
Jean-Pierre MARA
Wakode ti leguesinga http://www.centrafrique.com

Si les Wakodros fouillent bien leur archives, ils trouveront que j'essaie de thématiser le sujet sans succès. J' ai passé tout un après-midi il y a un an avec un ancien Coopérant qui avait travaillé avec Koyagbélé à l' UBAC pour discuter du sujet. L'objet était de comprendre le POURQUOI de la restriction actuelle qui impose une somme minimum pour l'ouverture de compte courant alors que partout dans les autres pays du monde, l'ouverture d'un compte courant pour particuliers n'est subordonnée à aucune condition. Ma compréhension des raisons évoquées se résume comme suit: les Banques se protègent par cette restriction par ce que les titulaires de bas salaires retirent toute la somme d'une fois dès que le salaire est payé. Je pense en novice et non en spécialiste de questions monétaires ou bancaires: la solution est très simple Il suffit d' instaurer un système de Chèques hebdomadaires pour bas salaires, établis par l'établissement dès que le salaire est viré sur le compte par l' employeur. L'état , en instaurant une telle loi, pourra ainsi protéger les établissements bancaires. Cette protection se traduira pour les banques par la levée de cette restriction caduque ce qui mettra n' importe qu' elle personne avec bas salaire dans la position légale lui permettant d' ouvrir un compte sans restriction. Les salaires pourront dès lors être virés directement sur les comptes des fonctionnaires, libérant ainsi le Trésor Public d'une fonction qui ne fait pas partie de ses attributions qui se trouve être les questions de TRESORERIE PUBLIQUE.
Il faut se rappeller que le paiement des indemnités, Salaires et autres Dépenses de l' Etat par le Trésor Publique est à la base du malaise Centrafricaine dont les détournements en questions.
Monsieur le Président de la République a maintenant l'opportunité d' une vraie reforme de l' Etat. Il peut profiter de cette occasion pour mettre fin à cette pratique ancestrale de l' administration publique Centrafricaine. En effet, pour ceux qui ne se sont jamais souciés du sujet ou qui n' ont jamais eu l'occasion de se pencher sur la matière, voici quelques attributions du trésor publique, au service de l'Etat
• Encaisser l'impôt et les recettes publiques:
- Impôt sur le revenu
- Impôt sur les sociétés
- Taxes sur les salaires
- Redevances, Taxes,
- Recettes non fiscales de l'Etat, amendes et condamnations pécuniaires

• Contrôler les engagements financiers de l'Etat
• Contrôler et faire payer les dépenses publiques par les banques
- Dépenses de fonctionnement : y compris traitements et retraites des fonctionnaires
- Dépenses d'investissement : construction, terrains, matériels lourds....
4) • Tenir la comptabilité de l'Etat
- Enregistrement et centralisation des recettes et des dépenses de l'Etat
- Etablissement d'un compte de gestion destiné à la Cour des Comptes
5)• Contrôler les comptabilités des organismes publics et des associations gérant des derniers publics
- Organismes de Sécurité Sociale
- Etablissements d'enseignement
- Casinos
- Sociétés de courses
- Habitations publiques, et autres
Je laisse la parole aux spécialistes en la matière.

Restaurer la Trésor Public centrafricain : une question politique, technique et de spécialistes
par Jean-Jacques SANZE
Ancien directeur de budget
(23 juillet 2002)
Je rentre dans le débat sur la République Centrafricaine en remerciant l'auteur de l'article paru le 20 juillet 2002 sur SANGONET.com qui interpelle les " Wakodoros " sur la réforme des attributions du Trésor centrafricain.
Si je comprends bien, notre compatriote se soucie des attroupements quotidiens des personnes autour du Trésor public à Bangui et suggère qu'une réforme soit engagée, en permettant l'ouverture de comptes bancaires garantis par l'Etat pour les titulaires de " bas salaires ". Il pose la question de savoir pourquoi le TRESOR PUBLIC se substitue-t-il aux banques en RCA ?

Sa préoccupation est louable et je voudrais d'abord faire quelques observations en ajoutant à la liste des attributions du Trésor qu'il a dressées, une autre activité importante qui est celle de la gestion du " Compte de dépôt ". Le Trésor gère donc un " compte de dépôt "
A ce titre, il peut fonctionner comme n'importe quel organisme financier : ouvrir des guichets, payer des espèces, émettre des chèques etc. Ce rôle n'est pas spécifique au Trésor centrafricain. Il s'adresse par ailleurs à tous les usagers confondus, salariés et autres fournisseurs de services de l'Etat. Cette explication succincte répond peut-être à l'interrogation posée.
Cependant, pour revenir à la préoccupation essentielle de notre compatriote, il faut dire que la réforme préconisée pourrait s'orienter de deux manières : La premières consisterait à restaurer le fonctionnement des " Chèques postaux ". Le Trésor centrafricain pourrait alors disposer d'un compte courant à la Poste pour y virer en partie ou en totalité les salaires des fonctionnaires. Libre à chaque salarié d'aller ouvrir son compte aux CCP (qui est un organisme déjà garanti par l'Etat) ou opter pour percevoir son salaire en numéraire au guichet des CCP à partir d'un chèque global émis par le Trésor. Je crois que cette pratique existait jadis. Il convient seulement de la restaurer en commençant d'abord par restaurer les services postaux.
La même formule existait aussi (ou existe encore) dans les banques en place, UBAC et BIAO, devenues respectivement CBCA et BICA. Le Trésor centrafricain disposait (ou dispose encore) des comptes ouverts dans ces banques. Mais le problème posé était que, à la fin du mois, les virements du Trésor tardaient à venir. Il était souvent demandé à ces banques de faire des avances de fonds sur leur propre trésorerie pour financer une partie des salaires. Dans ces conditions, je ne crois pas beaucoup à la gestion de " petits comptes " bancaires des fonctionnaires qui pourraient être garantis par l'Etat pour protéger les banques en place et " libérer " le Trésor des ses attroupements quotidiens.
Pour conclure, je dirais que les réformes préconisées ne pourraient apporter de résultats escomptés que lorsque le Trésor centrafricain cesserait d'être une passoire pour le denier public..

La problématique du trésor public Centrafricain vue par un ancien dirigeant de Banque sous anonymat

Concernant les attributions du Trésor Public Centrafricain, il y a un principe qu'on ne doit jamais perdre de vue : le caissier (Tresor) ne peut pas jouer en même temps le rôle de comptable car il lui sera aise de falcifier les documents. Par ailleurs, le système de billetteurs favorise le détournement des salaires des plus défavorisés parce que le billetteur peut encaisser les salaires et ne jamais les reverser aux intéressés. Certains se sont enrichis de cette manière, poussant le vice jusqu'a prêter à un taux d'usure son propre salaire à l'ayant droit. Il lui disait : "je n'ai pas pu me faire payer les bons de caisse, mais si tu as besoin d'un peu d'argent je peux t'aider, tu me rembourseras avec interêt quand je toucherai ton salaire".
La spécialisation du Trésor telle que escomptée dans ce débat est incontournable, mais elle se heurtera certainement aux problèmes des competences qui font cruellement défaut ou qui s'orientent vers d'autres débouchés parce que l'Etat n'est pas un bon payeur...
Un chèque hebdommadaire ! Pourquoi pas, mais comment le faire émettre, parce que les agents chargés de sa gestion vont trouver le moyen de se faire de l'argent sur le dos des pauvres "bas-salaires". Et si le détenteur du chèque doit attendre la fin du mois pour se le faire payer par la banque, il va s'instaurer un marche ou les "papiers" seront vendus au rabais, par les plus fortunés.

Concernant le système bancaire de notre pays, il ne prête qu'aux riches et au pouvoir. Mais l'Etat peut imposer le paiement des salaires par virement bancaire, quitte à lui de verser une commission de gestion aux banques. Pour les salaries des provinces, pourquoi ne pas restaurer les caisses d'épargne postale soumises aux mêmes conditions que les banques ?
Il y a beaucoup à dire là-dessus, mais je pense que le remue-menage actuel doit nécessairement aboutir à une réorganisation de fond en comble du système financier de l'Etat.
Vu de la Banque Centrale par exemple, tout le monde sait que plusieurs milliards circulent chaque jour en Centrafrique. Les responsables connaissent très bien le chiffre actuel de la circulation fiduciaire, qui ne doit pas être loin de 100 milliards par jour, ce qui veut dire que si l'on réunissait tout l'argent qui va de main en main en Centrafrique, il se chifferait à 100 milliards. Mais tout se passe comme si l'Etat était en marge de ce grand flux monétaire et ses caisses n'y voient que du feu. Tout ceci simplement par cequ'il n y a pas de volonté politique et les dirigeants ne montrent aucun intétrêt à ce qu'il soit mis fin au laxisme. Les fraudeurs de tout bord depuis le haut jusqu'en bas, les libanais, le commerce informel dit "Bouba Ngéré" et ... les agents des régies financières font la fete! Si on doit arrêter tout ce monde, c'est toute la République qui se retrouverait en prison !

Je me rappelle avoir une fois de plus lu à la sauvette ce texte. Le temps faisant défaut, je me suis tenu à l'écart d'un sujet qui nécessiterait une bonne connaissance du système bancaire au Pays et surtout la façon dont il fonctionne vraiment pour poser un diagnostic et espérer trouver un remède qui soit efficace. Faute de réunir les conditions minimales requises, je me contenterais d'offrir non pas une opinion avisée, mais bien une contribution qui est loin d'être un essai technique sur le sujet.
par Valentin W. Konza
(juillet 2002)

Ita wa Kodro
Pour juger de l'état du système bancaire au pays et surtout sa finalité, il faut prendre du recul et constater certains faits. Tous les compatriotes à l'étranger ne jurent que par la Western Union pour envoyer le moindre sou aux parents et amis en dépit du fait que ses services coûtent très chers.
La popularité et la croissance fulgurante de la Western Union en Afrique en général et en Centrafrique en particulier atteste, à mon humble avis, de l' échec lamentable du système bancaire au pays tant dans le développement de l'esprit que de la pratique des affaires. Les banques ont joué pendant longtemps chez nous le rôle de boîte de résonance, de simples boîtes postales pour les salaires des fonctionnaires qui pouvaient encore se permettre de déposer dans les comptes. Elles n'ont pris aucunement part de façon active dans le développement de l'esprit d'entreprise latent qu'on constate chez les jeunes, les Bouba Nguérés par exemple; ni dans la formation d'une relève agricole et encore moins dans certaines activités économiques ou commerciales. J'aimerais tant me tromper!
La fonction principale des banques repose sur la possibilité de créer de la monnaie grâce aux crédits générés par les déposants. Partant du principe que tous les déposants ne retirent pas leurs dépôts en même temps, toutes les banques sont régies de manière à conserver une partie des dépôts de leurs clients en réserves pour faire face à des besoins de liquidité alors que l'autre portion peut servir à prêter à d'autres clients. Ce système bien rodé dans d'autres pays ne fonctionne pas dans notre pays en raison d'une combinaison de facteurs. D'abord les gros clients des banques sont les " Kotazos " avec tout ce que cela implique d'évolution en dents de scie (les hauts les bas) de leur statut social détermine la qualité de leur solvabilité et surtout de leurs créances. Par ailleurs, la précarité de leurs conditions fait en sorte qu'ils préfèreront aussitôt qu'ils/elles sont en position d'engranger déposer l'essentiel de leurs revenus honnêtement ou non gagnés à l'étranger plutôt que d'alimenter le système bancaire local. De plus, aussitôt qu'ils occupent des postent de responsabilité et par conséquent juteux, ils se lancent dans des projets de prestige financés largement soit à même le budget des services publics dont ils ont la responsabilité, soit par des emprunts auprès des banques sur la base de leurs revenus de fonction nécessairement plus élevés que leur revenus de grade (des peanuts!). Aussitôt qu'ils/elles sont relevés de leur fonction, adieu aux revenus élevés et aussi à la capacité de paiement.
En occident et ailleurs il y a un prix à payer pour l'incapacité à gérer ses affaires, son insolvabilité. Les banques nous forcent à déclarer faillite. Ainsi les banques peuvent récupérer en partie ou en totalité leur mise. Dans le système qui est le nôtre, il n'y jamais rien à saisir. On assiste donc à un système qui s'accommode de fuites structurelles importantes. Tant que le secteur public était vigoureux pour pallier à ses insuffisances, il pouvait continuer de peser lourdement sur les fonds générés par l'État (par des apports extérieurs d'aide au développement par exemple), mais maintenant que l'État est devenu une véritable peau de chagrin. Elle doit trouver d'autres moyens pour survivre. L'imposition d'un solde minimal est donc pour les banques dans le contexte actuel une nécessité pour leur survie.
Je ne suis pas en train de justifier cette pratique, plutôt donner en quelque sorte les fondements même de l'évolution dont elle est la résultante. Elle soulève une question d'équité et de justice sociale. Je comprends que l'équité soit le moindre des soucis des banques dans nos pays.
En plus des " Kotazos ", il y a également l'inefficacité de notre système bancaire. Une expérience qui m'a marqué et m'a complètement désillusionné quant à la qualité des services dont nos banques sont capables d'offrir est le fait de constater qu'un transfert bancaire par câble/télex peut mettre plus de quatre à six mois avant d'être payé au bénéficiaire (15 minutes avec la Western Union!). Si nos banques étaient le moindrement efficaces, de nombreux centrafricains de la diaspora voudraient faire affaires avec elles!
Désolé, je n'ai pas abordé le véritable sujet qui nous préoccupe et qui a trait à la façon de remédier à l'attroupement devant le trésor.....
On y reviendra si le temps nous le permet. En attendant, je pense que l'État devrait intervenir pour obliger les banques à réduire au minimum le solde minimal exigé pour l'ouverture et le maintien en opération d'un compte. Cela aiderait à répartir les risques et les frais de services sur une large clientèle et ainsi permettre aux moins nantis qui le souhaitent de maintenir un compte bancaire.
Ce n'est pas une sortie souhaitée mais c'est celle que le temps disponible me permet. Bref à bientôt!

Résumé de la problématique du trésor public Centrafricain d'une point de vue technique.
Vue sous l'angle de modernité et d'efficacité de l'Administration Publique Centrafricaine, l'informatisation des régies financières est la première solution. La refonte du système bancaire est la deuxième solutiuon
Deux solutions qui peuvent à court terme apporter un petit changement

Nous avons compri depuis 1995 que les agents impliqués dans les décisions d'informatisation des différents services publics Centrafricains ne sont pas pressés de voir changer le mode fonctionnement des départements clés du système Centrafricain. Il s'agit des services comme le ministère des finances, celui de la fonction publique, les services du trésor public ainsi que toutes les régies financières.
MTECH rappelle aux internautes qu'un séminaire avait été organisé par Nicolas Gourna-Douath, en 1995, à cette époque Directeur Général de l'Office National d'Informatique. Peut avant la prise de fonction comme Trésor Payeur Général, Monsieur Gourna-Douath avait organisé ce séminaire cooerdonné par l'actuel Directeur Technique Monsieur Oguiawo. MTECH a eu l'honneur de présenter les avantages de la mise sur Réseau Informatique des entités publiques ainsi que les possibilités de faisabilité pour la réalisation de la fiche unique. Plusieurs Directeurs notamment des Finances, le service informatique du Fond Routier , le personnel de l'ONI, la direction de Système et Méthodes de la Fonction Publique, etc.. avaient participé à ce séminaire sur invitation de Monsieur Oguiawo.
L'idée de l'informatisation de la fonction publique par la fiche unique fût discutée pour la première fois lors de ce séminaire.
La réalisation de cette idée tarde à se concretiser simplement parce que les responsables et prenneurs de décision sont contre l'effet de contrôle que pourrait donner l'informatisation des régies financières
Une autre raison du retard réside dans la mauvaise interprétation. En effet, pour beaucoup, il n'est toujours pas claire, que "Informatique ne veut pas seulement dire Bureautique". Aujourd'hui, le fait d'avoir quelques micro ordinateurs dans un service est déjà interpété comme "INFORTISATION" dutdit service.
Dans le sens de la fiche unique installée sur un ordinateur Central et accédée par les différents services de l'Etat, nous entendons par INFORMATSATION la mise sur Réseau Informatique des ressources permettant un contrôle Centralisé. Or c'est précisement cétte forme de modernisation du système de fonctionnement que redoutent les malfaiteurs de l'Administration Publique Centrafricaine