BOZIZE : VA-Z-Y FRANCO

Par Félix YANDIA

 

Après quarante ans jour pour jour, le message de la Saint Sylvestre 2006 du Président Bozizé s’annonce sur un air de déjà vu. A la Saint Sylvestre 1966 le Colonel Bokassa a renversé les institutions républicaines, a dissous l’Assemblée Nationale, a concentré entre ses seules mains tous les pouvoirs de l’Etat et a installé ainsi un régime d’exception, puis la dictature. Cette dictature fit son auto promotion et sa renommée personnelle au niveau international pendant près de 15 ans. Même aujourd’hui encore, Bokassa est plus connu que son Empire dans le monde entier, à tel point que situer la RCA à un interlocuteur étranger passe par une nécessaire référence à ce digne fils du pays, dernier «Empereur Français», qui se voulait l’image de Napoléon.

 

Mais, à la différence de notre Bokassa 1er, Bozizé est aujourd’hui, même après sa rébellion et son coup d’Etat contre un régime démocratique, un « démocratiquement élu », à plus de 64% des suffrages. Les atteintes répétées aux fondements démocratiques, aux droits de l’Homme, à la liberté de presse, à la bonne gouvernance depuis seulement six mois de consécration démocratique nous y avaient déjà préparé. Les députés n’ont qu’à voter cette loi. Maîtrise des dépenses publiques oblige, ce sera la Banque Mondiale, le FMI et les autres partenaires qui mettront la clef sous la porte de l’Assemblée Nationale qui ne sert plus à rien et renvoyer ainsi nos élus dans leur fief ou d        ans les quartiers de Bangui. Vive la Nation. Certains Présidents de partis dits présidentiels, qui ont vu que le pays va mal, voulaient faire des propositions concrètes au Président Bozizé en personne au sortir de leur congrès. Est-ce là un échantillon de ces propositions ? Ou bien ce sont les durs des durs, les extrémistes du régime qui veulent entraîner François dans cette galère ?

« Mon général, le pays va très mal » car, sur le plan des Droits Humains, la communauté nationale et internationale attend toujours un démenti formel de Bozizé, Président démocratiquement élu, à propos de la menace de mort qu’il a proférée de vive voix à l’encontre du Monsieur Prosper Ndouba directeur de Centrafrique Presse. Malheureusement, depuis, des exécutions sommaires de paisibles citoyens battent leur plein. L’ensemble de la presse centrafricaine, au delà des divergences idéologiques, doit condamner de manière unanime cette pratique, pour prévenir le sort des moutons conduits à l’abattoir.

Sur le plan du baromètre de popularité, depuis son onction démocratique, Bozizé évite le peuple, ne se déplace plus sur terre, mais dans les cieux (alléluia). Et bientôt sur les mers dans ce pays enclavé? Il manque ainsi les multiples occasions de prendre un bain de foule digne d’un «démocratiquement élu», seule manière de montrer aux yeux «du monde donateur» qu’il n’est plus camouflé dans une tenue. Les rencontres syndicales qui traitent du social auraient pu être pour lui comme pour tous Présidents démocratiquement élus et donc bien aimés par le peuple l’occasion d’un grand rendez-vous avec celui-ci. Mais le premier citoyen de la nation les boycotte systématiquement. Ce sont là des indices qui ne trompent personne et qui montrent les limites de tout démocrate imposé, ou auto proclamé. Comme nous l’écrivait le Pasteur Binoua, que demande un peuple facile à gérer ? Vingt mille (20.000) agents de l’Etat à gérer, avec un salaire en berne depuis plus de vingt ans, et le reste de la population abandonnée à elle-même, aux coupeurs de route et autres bandits armés, ne représentent même pas le nombre des employés d’un Bernard Tapie après ses bons et loyaux services dans la cour impériale du Napoléon Bokassa 1er.

Mais curieusement, en voyant Bozizé ravager tout le tissu économique par obsession de pouvoir et de prébende, le peuple désabusé a cru que le Général avait, peut-être, devant ou derrière le canon, un projet de reconstruction. C’était vraiment du peut-être dans ce cocktail militaro-cautiono-démocratico-démagogique. Les soit-disant-démocrates s’étaient spontanément portés cautions, se dandinant à travers la ville pour exhiber leur caution morale. Bozizé a dévoilé enfin son vrai projet de société et le peuple veut savoir davantage. Chers Ministres d’Etat, cher Médiateur de la République, bref, chers Démocrates convaincus, peut-on encore parler de gestion solitaire de pouvoir ? Alors, c’est le gouvernement ou la présidence ? Quelle différence ? C’est à la fois une démission du gouvernement et de celle de l’Assemblée nationale ? Le gouvernement manque t-il de communiquants ? Vers où menez-vous ce pays ? Pourquoi ne parlez-vous pas ? Pourquoi laissez-vous la société civile s’agiter dans le vide, contre le mur ?

 

Pourtant, en renversant le barbu qui ne voulait pas «tendre la main de mendiant» et en parcourant en vain le monde pour se faire payer de son sacrifice démocratique, Bozizé vient de comprendre après trois ans qu’il ne sert à rien de courir après un leurre (sic) et commence à sortir sa vraie nature. On comprend que l’arbre qui cache le désert perde ses feuilles en ce début de saison sèche. Les dernières pluies ont en effet eu raison du costume, du saupoudrage démocratique. En voulant légiférer par ordonnance, François ambitionne t-il d’être le Général Franco de Centrafrique comme Bokassa voulut être le Napoléon de Centrafrique ? Vite ! Bozizé a-t-il toujours ou attend-t-il des cautions pour parfaire le travail, rien que le travail, car dans cette nouvelle République Centr-à-fric-haine, l’histoire risque de se répéter. Faites le savoir, sinon en Centrafrique comme ailleurs, on est près de croire que Boz ou Bok, c’est du pareil au même.