La RCA, ce malade chronique

Par Jean-Pierre MARA

Mon pays, la RCA, est un grand malade, probablement séquestré par des marabouts, se faisant appelés docteurs. Faut-il l’évacuer en France ? La santé socio-économique et socio-politique de la République Centrafricaine devient de plus en plus préoccupante. C’est ce qui m’amène à rompre le silence en cette fin d’année 2005 pour lancer ce cri de détresse en espérant interpeller les vrais responsables, les Centrafricains eux-mêmes, pour qu’en 2006, nous puissions entendre d’autres sons de cloche : avoir des raisons d’espérer ou des alibis pour faire la promotion de notre pays.

La République Centrafricaine m’a donné les bases intellectuelles qui  m’ont permis d’acquérir des connaissances de haut niveau dans les universités étrangères. La rigueur dans le modèle de scolarisation de mon époque a favorisé les jeunes personnes de ma génération dans l’apprentissage de  plusieurs langues étrangères, notamment l’Allemand, l’Anglais, l’Espagnol et le Russe. Cela aurait pu être un atout en cette ère de mondialisation. Beaucoup, parmi nous sont acteurs directs, d’autres comme moi, se confinent à leur technicité, ce à quoi ils ont été formés pour servir leur pays. Pourquoi sommes-nous incapables de mettre nos diplômes à profit pour mettre les bases solides d’un développement  afin d’améliorer notre  condition ainsi que celle de nos concitoyens ?

Comment faut il comprendre mon pays la République Centrafricaine et ses différents acteurs politiques depuis plus d’un quart de siècle, une génération donc ?

Après la lutte des élèves et étudiants en 1979 contre la dictature de  L’Empereur Bokassa (Papa Bok), après celle contre du Général André Kolingba (AndreKo), de 1990 à 1993, pour accéder à une démocratie pluraliste, il n’y a toujours aucune visibilité à valeur différentielle.

Dans ce système d’équation bilatérale de 2005, les autorités Centrafricaines n’ont pas tenu  compte de conséquences latentes de la Réunion de la Baule ou François Mitterrand avait déclaré au nom de la France que l’aide aux pays africains est désormais assujettie à certaines conditionnalités. Dans cette France qui est un pays épris de la continuité de l’Etat, le discours de Mitterrand reste toujours valable. Cette France demandera toujours à ce que des efforts économiques ou politiques soient avalisés par les institutions du Breton Wood avant de bénéficier de son soutien financier conséquent. La RCA sera-t-elle entrain de se préparer pour replonger dans une crise du type celle qui a fini par fragiliser le régime «démocratique» de Patassé pour favoriser l’arrivée du Général François Bozizé aux affaires de l’Etat. Avec du recul aujourd’hui, quelles sont alors les différences idéologiques des ce que les partisans des uns et des autres appellent « notre régime» ou que les intellectuels ont pris l’habitude d’appeller régime d’un tel ou d’un tel ? Pour le peuple centrafricain, il n’ y a pas de différence de régime depuis Kolingba puisque le schéma économique est toujours le même. Celui-ci consiste à emprunter de l’argent (Aide, Projets) à l’occident, utiliser une partie pour payer les fonctionnaires et l’autre pour préparer son maintien même précaire aux commandes. Si Patassé n’était pas obligé de vivre au Togo, il serait aujourd’hui en France. Kolingba a-t-il fini son exil en France ?  Aux dernières nouvelles, la plupart des dignitaires des anciens régimes sont tous en France. Pour le paysan Centrafricain, gouvernement rime avec une classe de fils du pays dont la seule préoccupation c’est de quitter BANGUI pour partir en France après leurs forfaitures. Mon propos ne remet pas en cause la volonté de cette classe d’aller vivre en France. Ils sont libres de s’installer où ils veulent, mais sans saboter leur pays, leur patrie, leur mamelle.  Je constate que la logique du perpétuel recommencement se fortifie : Aucune critique n’est permise, aucun texte respecté, les hommes du pouvoir se mettent au dessus de la loi et des institutions, les structures de la sécurités se focalisent sur ceux qui osent pointer du doigt les injustices ou les irrégularités.

Le dénominateur commun de ces pouvoirs est encore flagrant car mêmes pour les candidats aux dernières élections présidentielles les seuls espoirs étaient placés dans des hypothétiques aides extérieures. Malgré cela le problème réside non seulement dans l’incapacité des gouvernants à concevoir et à présenter un programme cohérent de développement, mais dans le suivi l’évaluation des résultats, en un mot une volonté de concrétisation de projets même financés par l’extérieur. Dans le cas d’espèce de la RCA, les autorités se sont focalisées sur l’organisation des élections sans un effort spécifique pour l’élaboration d’un programme de relance de l’économie Centrafricaine. Pire, les acteurs et leurs partenaires politiques ont cru q’il suffirait d’organiser des élections pour que le monde des bailleurs de fonds et autres financiers internationaux se jettent dans leur bras. Ainsi, après les élections, nos Représentants sont partis à la rencontre des partenaires  bilatéraux sans un programme indiquant clairement pourquoi ils ont besoin de l’aide. Ils ont manqué pour cela de temps, le temps du travail préalable. Nos gouvernements oublient facilement qu’il est facile de tirer des conclusions sur la destinée de l’aide sans un programme claire, structure et vérifiable.  C’est ainsi que, nous serons toujours témoins des petits geste de l’ordre de 5 Millions €, comme fut le cas lors de la première visite officielle du Président Bozizé en France.

Il est temps pour nos dirigeants de comprendre que la Banque Mondiale, le FMI, la CEE et autres grandes Banques Internationales ont catégorisé leur méthode de gestion de l’aide. On ne peut pas leur demander aujourd’hui d’annuler purement et simplement les dettes et en même temps continuer à vivre sans perspectives viables.

Les partenaires ont donc facilement conclus qu’il est inutile de se lancer dans un dialogue avec une équipe qui ne sait pas ce qu’elle veut et surtout pourquoi elle est là. Peut-être que l’équipe gouvernementale a son idée et son programme. Mais le Président, seul comme Hercule, prend à corps tous les problèmes. La constitution  prévoit l’existence de plusieurs organes dont Judiciaire, Exécutif et Parlementaire et donne au Président le pouvoir constitutionnel de dissoudre l’Assemblée. Les députés ont le pouvoir constitutionnel de le démettre en cas de Haute Trahison ou même de Forfaiture. Vouloir légiférer porte atteinte à l’existence de ces organes et rend la RCA peu crédibles face à ceux de la part de qui tous les espoirs sont placés. Ces derniers attendent plutôt que l’exécutif leur présente un vrai programme chiffré pour la reconstruction nationale pour la période de 2006 à 2010.

Si le FMI ou la Banque Mondiale hésitent, c’est peut-être parce que ces institutions attendent un document sur les objectifs clairs de l’exécutif et c’est en cela que les conseillers du Président de la République doivent mesurer leur talent politique.  

 Pour finir, je souhaite à tous mes compatriotes un Joyeux Noël et une meilleure année 2006. Je prie vivement les privilégiés de partager cette lecture avec ceux de nos compatriotes qui n’ont pas la chance que nous avons pour accéder aux informations de ce genre.

Jean-Pierre MARA  Paris, le 25 décembre 2005