BOZIZE !? ça recommence
…au Pun
Par Dr Félix
YANDIA
Quand on a le pouvoir, on s’assoit, on mange et on
grossit. Le Parti de l’Unité Nationale (PUN) se trouve bel et bien au pied du
mur des « Libérateurs » et n’a plus d’idées pour sortir son pays du
chaos quotidien. Avant de retrouver les radios étrangères pour nous réciter ses
répertoires, qu’il parle aux Centrafricains et mette à l’œuvre ses recettes
miracles tant chantées. Mais avec ce PUN, je constate qu’en Centrafrique,
l’Histoire risque de s’écrire encore et toujours au présent. En effet, le thème
de l’éternel recommencement est abondamment traité ces derniers temps par les
Centrafricains de bonne foi, mais rien ne change dans leur pays au grand
bonheur de ses hommes politiques et au grand dam d’un peuple désabusé. Le
communiqué de presse du Parti de l'Unité Nationale (PUN) du 2 avril 2006, à
propos des tueries de Paoua, en comptant le décalage horaire, n’est pas un
poisson d’avril. Le PUN est très sérieux. Si nos brillants intellectuels, pour
qui le ridicule ne tue pas, ne parviennent pas à se remettre en cause, quel
avenir pour la RCA ? Pourtant celui-là était détecté par le Journal Le
Monde aux lendemains du second tour de l’élection présidentielle, au point
de lui octroyer la Primature ou le Ministère des finances. Peut-être pour mieux
justifier les bienfaits de la colonisation. Et c’est bien pour cela que le PUN
confirme et conforte, par le contenu de son premier communiqué allégorique et
alambiqué, les préoccupations des uns et des autres. Et le pays s’enfonce dans
l’abîme, la gabegie, la male gouvernance et l’insécurité généralisée. Mais là
pas un mot au PUN. Trois mois après le carnage de Paoua, le temps de l’analyse,
mais pas pour de sombres calculs d’intérêts perso, nous dira-t-on, suffisent pour
pondre un premier communiqué mal ajusté, depuis qu’on est Ministre d’Etat.
Simple question de tâter le terrain. Arriérés de salaire obligent, et tout
compte fait, au PUN, on vient de toucher son premier salaire de Ministre d’Etat
et ça remonte à la tête. On a certainement bu du Beaujolais impérial !
Sans doute ! Les Ministres d’Etat avaient donc travaillé jusque là sans
salaire, pour la gloire de leur pays. Et le résultat, on en voit les méfaits.
Pourtant et bientôt, ils viendront nous emmieller, avec les mêmes «Je
n’avais pas les mains libres ! C’est la faute du dictateur, de tel ou tel
groupe ethnique», sans nous présenter ces mêmes mains entièrement couvertes
aujourd’hui de miel et cette bouche inondée de lait. Bozizé est donc prévenu et
un Général averti vaut un Empereur. Les Centrafricains aussi ont compris.
Puisque le PUN est pour un dialogue constructif, démocrate donc, voici la
modeste contribution d’un démocrate, qui peut aider à sortir de ce monologue
jubilatoire et machiavélique.
Le Président fondateur de ce Parti, Jean Paul
Ngoupandé pour qui j’avais beaucoup de respect, déçoit aujourd’hui. Ancien
secrétaire général du Rassemblement Démocratique Centrafricain (RDC) parti
unique multi tendanciel du Président Kolingba, ancien Premier Ministre d’Ange
Félix Patassé, ancien Conseiller diplomatique du Président Bozizé, et peut-être
bientôt Ancien Ministre d’Etat du régime Bozizé, sort d’un silence
confortable. Un rituel bien rodé ! Et toujours, avec la même chanson sans un
brin de bilans et de mea culpa sur les motivations d’une rébellion militaire et
sur les accords du 21 avril 2005. En ces temps d’incertitudes, où ça chauffe
chez Into, le parrain tchadien, quelques questions de fond se posent :
pourquoi un parti de l’Unité Nationale ou une tautologie présidentielle «Le
Travail rien que le Travail» (KNK) dans un pays où la devise est pourtant Unité-Dignité-Travail
? Un éternel recommencement ? Et pourquoi ces recommencements ?
Alors, avec « ce qui est signalé à Paoua et ses environs », à
Markounda, à Bossangoa, à Boguila, à Bangui etc.…, moi aussi j’ai trouvé. Je signale
que je crée mon Parti de la Dignité Humaine en Centrafrique (PDHC) avec comme
slogan Zo Kwé Zo. Le Ministre de l’intérieur et porte parole du Ministre de la
défense connaît déjà mon programme. Qu’il me délivre mon récépissé. Et on
recommence ! Que des mots et encore des maux dans mon pays. Comment
peut-on concevoir qu’un parti politique sérieux, le PUN donc, fonde toute son
existence sur le thème de l’unité du peuple lorsqu’il s’agit d’une même nation,
de la paix et de la réconciliation nationale ? S’il y avait une réelle
volonté politique du régime Bozizé, il suffirait de respecter notre devise, pas
seulement d’appeler l’esprit de Boganda, ce Jésus sans disciples, cet homme qui
a servi son pays au lieu de se servir, tous les 29 mars, et d’appliquer les
recommandations du Dialogue National pour qu’un tel type de parti cesse
d’exister. Mais c’est un fond de commerce, il faut l’entretenir et le PUN,
épaulé par Bozizé, sait bien le faire. Boganda est mort avant les indépendances
et la RCA indépendante, depuis bientôt un demi siècle, n’a jamais eu un fils
digne et responsable, même pas Ngoupandé qui, paraît-il, selon ses propres
révélations en temps de campagne électorale, ressemblerait physiquement à
Boganda. On entend tout et on ne voit
rien ! Et comme on mange dans ce pays au nom de Dieu, pourquoi ne pas
manger au nom de l’Abbé Boganda, cet «élu de Dieu et des Centrafricains»?
Par ailleurs le PUN, dans son communiqué, appelle à la
négociation, à la concertation. Bien sûr qu’il faut négocier. Mais comme le
fait remarquer Clément Bouté Bamba, le PUN ne désigne pas le ou les
interlocuteurs du Gouvernement et du Général d’armée François Bozizé, l’homme
fort du 15 mars. Négocier avec qui ? Avec le Saint Esprit ? Une
rencontre entre rebelles, ex, actuels, futurs ? Avec des bras armés, Avec
simplement le corps du bras armé ? Et les autres
Centrafricains comment les impliquer dans le processus du développement de
leur pays ? Aussi, il est temps de faire comprendre au PUN qu’il ne s’agit pas
simplement de «l’émergence d’une rébellion revendiquée..», mais il s’agit bel
et bien des attaques armées, des tueries, des massacres des pauvres civils. Le
PUN nous dit aussi dans ce même communiqué, qu’une rébellion aujourd’hui
«repose la question de la sécurité et de la réconciliation
nationale…» et non le problème. Le PUN à
la mangeoire sait minimiser et relativiser la souffrance du peuple. Le PUN
manque de sérieux et de courage, de volonté et de programme applicable. Aussi,
il « considère que l’élargissement de la base politique du pouvoir actuel
s’inscrit dans le difficile processus de réconciliation nationale » et
tout est dit.
Pourtant, ce communiqué du PUN aurait dû remonter aux
origines des faits qui entraînent aujourd’hui ces «vives protestations »
aussi maladroites qu’intempestives du même Parti de l’Unité Nationale. Le PUN a
déjà sa part de Gâteau. Sa devise pour le moment peut-être « s’asseoir,
manger, calculer». On ne comprend pas pourquoi le PUN, tête pensante des
Libérateurs, ne dénonce plus les gestions mafieuses et l’affairisme actuel au
sommet de l’Etat. Faut-il donc croire que les choix qu’ont faits nos champions
démocrates à GONESSE dans la banlieue parisienne étaient réellement «fondés sur
la paix, la réconciliation nationale, la démocratie et la bonne gouvernance… la
défense des institutions de la République... ?». Tous vrais bons
démocrates auraient laissé Patassé, le deux fois démocratiquement élu, dans sa
merde jusque la fin imminente de son mandat, en raison des crises militaires à
répétition et compagnes orchestrées sur les ondes internationales. Un
recommencement voulu donc ! Ce sont ces choix là qui ont initié et
implanté les germes de la rébellion en Centrafrique comme mode d’accession à la
magistrature suprême et la consécration d’un nouveau régime militaire. Ensuite,
en plus de cette carte blanche donnée au Général Bozizé, et peut-être bientôt
empereur, rajoutons les virées nocturnes d’entre deux tours des élections
présidentielles de mai 2005, à Brazzaville, dont les conséquences étaient
prévisibles. Il y a beaucoup de criminelles de guerre dans le pays et même à la
tête de l’Etat. Si la cour pénale centrafricaine est incompétente parce que
soumise, le TPI et les organisations des droits de l’Homme doivent prendre le
problème dans sa globalité pour espérer soulager la peine des Centrafricains.
Et si ce n’est pas fait, c’est ce que l’Histoire retiendra.
Et trois mois plus tard, les faits établis par des
organismes indépendants, le vocabulaire sobrement utilisé dans ce communiqué
pour désigner l’inacceptable, est très malsain : «...les tueries signalées
à Paoua et ses environs» au lieu de «les tueries, les massacres perpétrés…».
Jean Paul Ngoupandé devait pourtant aimer la source et donc l’eau de la rivière
Pendé dans l’Ouham-Pendé. Aussi, on relève cette petite phrase subconsciente
qui indique que le PUN se trouve déjà sur la défensive : « le PUN est
en droit d'élever une vive protestation… ». Qui a demandé ou interdit quoi
que se soit au PUN ? Non et non ! Messieurs du PUN ! Ce n’est
pas un simple droit, mais un vrai devoir puisque c’est le fondement même du
parti et votre communiqué le démontre avec brio. Des mots et toujours des maux.
Aussi, le Parti de l'Unité Nationale, à la mangeoire, estimait à lui tout seul
que l’«élargissement de la base politique du pouvoir actuel » et donc la
«réconciliation nationale» était largement suffisante, puisque c’était à cause
de «la gestion solitaire du pouvoir » qu’il a cautionné une rébellion militaire.
Le PUN, au pouvoir, ne nous dit pas ce qui a véritablement changé depuis sa
caution au régime militaire de Goumba-Bozizé-Ngoupandé-Massi. Mêmes les Wafio
et les Gonda qui lorgnaient de ce côté là, pas question, ils n’avaient pas
apporté la caution de départ. Pourtant ils constituent la réserve du
Général au cas où le PUN récidiverait ? Et Wafio qui se débat et le PUN
qui s’arque boute.
Le PUN tient aussi à rappeler l'Accord Politique
Tripartite signé entre Charles Massi, Jean-Paul Ngoupandé et le candidat Bozizé
le 21 avril 2005 pour concrétiser les roublardises de Gonesse et dont les
objectifs étaient clairs (voir le communiqué en référence), mais aucun réalisé
à ce jour ou même en cours de réalisation et pas même en cours d’étude. Bref,
pas de KNK, ce programme minimum commun arrêté depuis Gonesse. Et la situation
du pays de Bokassa devient de pire, empire, comme le souhaite le grand
législateur François Bozizé. Et le pays se meurt comme le dit Jean-Pierre Mara
et mêmes les militants et sympathisants du PUN qui ne peuvent se faire soigner
ailleurs que dans leur pays agonisent. Après tout, le PUN éternel, refera le
même coup avec les rescapés et les orphelins de ses négligés. Le même pas
électeur Kolingba, lui au moins, avait exigé avec franchise des milliards comme
prix de ses électeurs, au lieu de subir un folklore d’un aussi fraîchement auto
gradé comme lui. Comme le confirme le rapport du représentant de la France au
HCR, les régions productives vivent le martyr, les ressortissants de ces mêmes
régions sont opprimés, pourchassés, et empêchés de simplement travailler pour
leur pays. ET Jack Gryberg, ce Président de RSM production Corporation qui
accuse Bozizé d’entretenir l’insécurité (Jeune Afrique n°2352, 12/03/2006). Et
Amnesty International très préoccupé et inquiète de ce qui est juste signalé au
PUN, c’est-à-dire des «homicides» (Bull d’information n°089/2006). Et c’est
dans ce contexte que la tête pensante de Bozizé ose nous parler de
développement de notre pays. Saint Augustin l’aura compris dans ce pays de
Yam-yam des Mandja, Gbaya, Nzakara, Sango, Banda, Pana, yakoma, Sara, Kaba,
Mbati etc... où le chef d’Etat n’est qu’un simple chef de tribus surarmé. Et le
compte rendu du conseil de Ministres publié sur le net, vu les points inscrits
à l’ordre du jour et le niveau du débat, c’est pour souligner l’insouciance de
nos dirigeants au regard des vrais problèmes du pays. Alors et pourquoi !
Maintenant qu’on défile officiellement devant des
corbillards avec des banderoles de haine, appelant à la guerre tribale, et
qu’on tire sur des ambulances pour tuer des médecins, les Centrafricains, eux,
ont le droit d’espérer que ce 21 avril 2006, premier anniversaire de ces
accords salutaires pour leur pays, que Ngoupandé et compagnies feront la java,
comme cela a été le cas pour le troisième anniversaire du coup d’état de Mon
Général élu démocratiquement il y a seulement 10 mois. Après tout, nous ne
sommes pas à une contradiction près. En voulant réhabiliter BOKASSA, le message
de Bozizé aux Centrafricains et à la communauté internationale est sans
ambiguïté : « Les cautions ne me sont pas encore retirées et avec des
têtes pantagruéliques et bien pansantes (panse), comme ces messieurs du PUN à
mes côtés, je suis pire que Bokassa mon idole et je vous propose un an pire. Et
les monuments et les célébrations du 19 janvier dédiées à la jeunesse, je m’en
fous des jeunes et de leur sang versé, et dans la seule ville de Paoua, à
Gobongo vous l’avez vu. Et le bilan humain de la rébellion ! Et le tissu
économique du pays. Je viens de nommer un Libérateur, le célèbre Gbadora comme
sous préfet à Paoua pour finir le travail … !». Et ça, ce n’est pas
un aveu d’incompétence et de cruauté.
Nous pouvons juste investir pour restaurer le Palais
de Bérengo et en faire un patrimoine historique. Soyons à l’écoute de nos
compatriotes véritablement soucieux de leur pays, mais pas des renards et du
PUN. Retirons ce projet et n’en parlons plus. Ou bien commençons par rectifier
l’Histoire inscrite dans ces pauvres Petit Robert et Petit Larousse
qui peuvent contredire les rares idées lumineuses d’un Président, même de la
République Centre-à-fric-haine.
Dr. Félix Yandia