MDDH : les liaisons dangereuses d’Aboukary.

 

Mr Aboukary Tembeley Président National en exil du Mouvement de Défense des Droits de l’Homme (MDDH) résident en France a adressé une lettre ouverte aux Centrafricains, en date du 12 avril 2005, et publiée sur Africatime. Il y fait un malin clin d’œil représentatif des hommes de convictions centrafricains. Mais surtout, cette lettre est très instructive car elle pose un certain nombre de problèmes. Exilé dans un pays démocratique, patrie des Droits de l’Hommes, il faut plutôt appartenir au Mouvement de Défense de Droit à l’Humiliation (MDDH) pour agir de la sorte.

D’abord, au regard des autres réfugiés, particulièrement ceux de Souroungba au Tchad qui se sentent abandonnés désormais et qui ne comprennent plus rien à ceux qui, eux-mêmes exilés, prétendent les défendre. Pourront-ils vraiment compter sur des institutions de défense des droits humains pour s’en sortir ? De même, le HCR et la Croix Rouge qui, sur le terrain, joignent l’acte à la parole auprès des victimes de la guerre du Général Bozizé, ne s’y retrouvent plus. Mais il faut bien comprendre. Aboukari est à bout et ne rit plus. Et ce n’est un tabou pour personne. Visiblement, l’homme veut rentrer tout seul au bercail. Il veut manger... et c’est tout ! Nous l’avons compris.

Le clin d’œil que vous adressez à Bozizé trahit votre engagement et des milliers de réfugiés centrafricains. Mais surtout il risque de vous jouer un sale tour à la Préfecture de Police, puisque votre situation de réfugié ne s’expliquerait plus. A moins de prendre le Président Bozizé pour un dupe, cette lettre est en contradiction flagrante avec vos déclarations administratives, nécessaires à l’obtention du droit d’asile.

Aussi, je vous assure également que votre situation de réfugié politique en France ne peut honorer un régime, même le plus démocratique au monde. Alors, ne discréditez pas les nobles organisations qui oeuvrent inlassablement dans le monde pour le respect des droits humains.

Je constate, sans doute avec d’autres compatriotes, que vous n’avez  rien trouvé à dire, ou à redire, ni sur le candidat Ziguélé, ni sur son merveilleux programme qui vise tout simplement à réconcilier les Centrafricains entre eux après leur gauche réveil en «sursauts mitraillés». Vous vous acharnez sur Patassé, un non-candidat, et sous lequel Bozizé a exercé comme Inspecteur Général des Armées, puis comme Chef d’état major et durant les graves crises que le pays a connu. 

Votre démarche, dont les motivations réelles n’échappent à personne, traduit la mentalité ambiante qui veut que les gens de peu de convictions se convertissent, rien que pour la mangeoire. Vous n’êtes pas le seul, heureusement pour vous, à l’heure où les convictions politiques se sont évanouies dans la brousse à l’exemple des déplacés et des réfugiés de Bozizé. Même certains partis politiques ont laissé leur porte grande ouverte, tellement grande ouverte que le forum se vide peu à peu, sans la modernité, et peut-être même sans l’unité nationale et sans militants. Les convictions politiques se sont envolées depuis que le RDC décide de ne pas se décider. Le FODEM et le PUN ne s’alignent ni sur Bozizé, ni sur Ziguélé, mais vraisemblablement sur Kolingba dont ils lorgnent depuis des semaines la température. Et tout cela sans leurs militants (…), quand on veut suivre deux lièvres à la fois ! Nos Généraux ne sont pas si dupes ! (Kolingba ne peut signer de contrats sur le dos de Grélombé, de son frère d’arme Djadder ou du Commandant Gbodo. C’est l’honneur militaire qui commande tout cela). Les raisons bien connues remontent à la messe et aux discours de Brazzaville. Et c’est justement cette classe qui maintient le pays dans cet état de chaos permanent comme le qualifie si bien le Président Bozizé dans sa profession de foi.

            Pour être sérieux et conforme à votre engagement, votre lettre aurait pu être tournée de la manière suivante. Depuis le 13 Mars 2005, nous nous sommes rendus massivement aux urnes pour accomplir nos devoirs de citoyen. Le premier tour des élections présidentielles a donné les résultats que vous savez déjà, malgré les fraudes massives. Et maintenant nous nous apprêtons à voter pour le 2ème tour, tout en espérant que nous allons enfin prendre la bonne décision pour ne pas avoir à la regretter par la suite.

Nous avons encore à l’esprit l’itinéraire du Président Bozizé qui fut Chef d'Etat Major des FACA et dont on connaît la violence en matière des droits de l’homme et du respect de la personne humaine. Aboukary Tembeley, Président National en exil du Mouvement de Défense des Droits de l’Homme (MDDH) résident en France en a personnellement fait la triste expérience et se trouve toujours réfugié en France.

Souvenons-nous de Bozizé et de ses assassinats, du corps du député de Bozoum II déterré pour s’assurer de son identité puis abandonné aux vautours, des enfants raflés pour en faire des soldats, des viols de femmes et de filles par ses mercenaires étrangers, Zagawa, ces véritables bourreaux et auteurs de graves exactions sur le peuple. Allons-nous oublier tout cela en un temps, un tour ? Tout Centrafricain sérieux a l’impérieux devoir de voir les choses en face pour barrer la route au maintien de la barbarie et de l’intolérance incarnées par le régime honni de Bozizé, le véritable bras armé de l’Ange de la Mort.

Mr Aboukary et chers compatriotes, ne nous trompons pas, puisque c’est connu, Bozizé n’est pas un homme de consensus. Certains en ont déjà fait l’expérience, mais restent tentés par les milliards franc-maçonniques de Sassou Nguesso en contradiction flagrante avec le silence éloquent du Sage Bongo du Gabon. Le pays appartient à toutes les Centrafricaines et tous les Centrafricains. Il n’est pas normal que certains, comme vous, doivent se réfugier sous d’autres cieux pour préserver leur vie. Luttons donc ensemble pour les respects des droits humains et pour une véritable vie démocratique en RCA de manière à ramener dans notre beau pays tous nos compatriotes qui le désirent, militants et exilés ou pas. Tous ensemble, nous avons un devoir à accomplir ce 8 Mai 2005 : voter pour Martin Ziguélé, en «deux tours, un temps».

 

Dr. Félix Yandia