MISE AU POINT DES ORGANISATIONS DE
DEFENSE ET DE PROMOTION DES DROITS DE L’HOMME SUR LES MOUVEMENTS DE REBELLION
ARMEE ET SUR L’INSECURITE EN
CENTRAFRIQUE.
Depuis le 15 Mars 2003, les Organisations de défense et de promotion des Droits de l’Homme, à partir de faits précis, avérés et sans être démenties ni contredites, ont régulièrement dénoncé les graves violations des droits de l’homme imputables à certains éléments des Forces de défense et de sécurité et tout récemment, les exactions commises sur la population civile à PAOUA après l’attaque de la ville par des éléments armés le 29 Janvier 2006.
Elles n’ont cessé d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur le danger que représente la consécration de l’impunité qui, selon elles, à terme, risque de mettre en péril la cohésion nationale et la paix.
Les autorités politiques qui, comme toute réponse à ces faits gravissimes et établis, se sont toujours murées dans un silence total ont changé de stratégie en soutenant ouvertement les comportements criminels de certains éléments des force de défense et de sécurité.
Ces mêmes autorités ont choisi de rechercher un bouc émissaire à travers les Organisations de défense et de promotion des Droits de l’Homme à qui elles reprochent leur prétendue partialité au lieu de chercher des solutions appropriées au grave problème de sécurité dans le strict respect de la loi.
Contraintes de reconnaître l’existence des mouvements de rébellion armée dont elles ont nié l’existence en les désignant par la périphrase de « bandes armées non identifiées », les autorités politiques veulent une fois de plus manipuler l’opinion.
Elles tentent insidieusement d’accréditer l’idée selon laquelle les Organisations de défense et de promotion des Droits de l’Homme n’ont jamais condamné les mouvements de rébellion armée et ne défendent pas les Institutions républicaines et démocratiques.
Pourtant dès la révélation par la presse de l’existence de ces mouvements de rébellion armée, les Organisations de défense et de promotion des Droits de l’Homme les ont condamnés dans leur Déclaration du 5 Janvier 2006.
Il ne saurait être sérieusement reproché à celles-ci de ne pas défendre les Institutions républicaines et démocratiques, ce qu’elles s’évertuent quotidiennement de faire en dénonçant les atteintes aux Droits de l’Homme et les violations de la Constitution par les dites autorités.
Elles n’ont jamais refusé à l’Etat le droit de se défendre contre une attaque illégitime mais que cela se fasse dans le strict respect du droit humanitaire.
Aussi bien dans le cadre du Dialogue National que dans le processus de retour à la légalité constitutionnelle, les Organisations de défense et de promotion des Droits de l’Homme se sont largement impliquées dans la recherche de la stabilité politique en faisant de la sensibilisation et en appelant les Centrafricains à voter massivement au référendum constitutionnel du 5 Décembre 2004 et aux élections générales pour renforcer la démocratie dans le pays.
Elles avaient appelé tous les partis politiques à accepter les résultats des urnes.
Leurs actions tirent leur légitimité de la défense du droit, de la justice et du respect des Institutions républicaines.
Par conséquent, une rébellion armée se trouve par nature à l’antipode de leur vision et de leur conception du mode d’accession au pouvoir qui doit toujours rester les élections libres et démocratiques.
L’objectif d’une rébellion armée c’est la remise en cause des institutions et l’accession au pouvoir par la force.
Les Organisations des Droits de l’Homme ne peuvent tolérer qu’une nouvelle rébellion, quels qu’en soient les motifs, puisse remettre en cause le choix d’une majorité de Centrafricains.
Il importe de rappeler que c’est sur l’initiative d’une Organisation des Droits de l’Homme, la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme « LCDH », avec le concours de l’organisation à laquelle elle est affiliée, la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme « FIDH », que les crimes de guerre, les crimes de génocide et les crimes contre l’humanité imputables à Martin KOUMTAMADJIM alias Abdoulaye MISKINE, Jean Pierre BEMBA et Ange Félix PATASSE ont été, après une enquête, portés à la connaissance du Procureur près la Cour Pénale Internationale de la HAYE.
Ce sont les Organisations des Droits de l’Homme qui continuent de se battre pour que le Procureur près la Cour Pénale Internationale ouvre sans délai une enquête sur ces crimes tandis que le Gouvernement qui prétend défendre les Institutions ne montre aucun empressement.
Comment les Organisations de défense des Droits de l’Homme, et au-delà, les démocrates sincères pourraient-ils accepter que le présumé criminel de guerre, Martin KOUMTAMADJIM alias Abdoulaye MISKINE, puisse narguer ses victimes et les Centrafricains en déclarant qu’il anime une rébellion armée aujourd’hui pour défendre le peuple Centrafricain après avoir massacré une partie de cette population en 2002 ?
La Chambre Criminelle de la Cour de Cassation vient, dans un Arrêt du 11 Avril 2006
de confirmer son renvoi devant la Cour Pénale Internationale.
Quant à Florian NDJADDER qu’a-t-il de mieux à proposer aux Centrafricains, à part ses ambitions personnelles démesurées ?
Si le régime actuel doit être désavoué, il devra l’être par les voies démocratiques sans quoi la République Centrafricaine sombrera dans un cycle infernal du changement de ses dirigeants politiques par la violence.
Il existe, grâce au droit, des possibilités de mener un combat pour le respect de ses droits voire un combat politique par des moyens légaux à l’exclusion de la violence.
La meilleure preuve en est que les défenseurs des Droits de l’Homme dont l’intégrité physique est sérieusement menacée, continuent avec courage et avec détermination à rappeler fermement et sans complaisance au pouvoir ses obligations de respect des Droits de l’Homme malgré les intimidations et menaces dont ils sont l’objet.
Les personnes qui estiment que leurs droits sont bafoués, y compris leurs droits civils et politiques, doivent utiliser les moyens légaux pour les défendre.
Le peuple Centrafricain a décidé dans sa majorité de bannir à jamais les coups d’Etat, les rébellions armées et tous autres moyens de prise du pouvoir par la force.
Toutefois, si les autorités politiques sous le prétexte de défense des Institutions républicaines et démocratiques attendent un quelconque soutien à leur action malgré leur lourde responsabilité dans les violations des Droits de l’Homme, cela ne proviendra jamais des Organisations de Défense et de promotion des Droits de l’Homme qui continueront à dénoncer toutes les violations quels qu’en soient leurs auteurs, qu’il s’agisse du pouvoir légalement établi ou des forces de la rébellion sous ses diverses formes.
Les Organisations de défense et de promotion des Droits de l’Homme ne peuvent que condamner fermement toutes rébellions armées qui sont une nouvelle forme de terrorisme puisqu’elles utilisent la violence et se livrent à des assassinats de personnes innocentes.
Conscientes que la République Centrafricaine ne peut plus s’offrir le luxe d’une nouvelle crise politico-militaire et de la nécessité de rassembler toutes les énergies en vue de la lutte contre la pauvreté et pour le développement, les Organisations de défense et de protection des Droits de l’Homme appellent au dialogue avec toutes les forces vives de la nation.
Elles s’inquiètent des enlèvements et des arrestations de personnes soupçonnées d’être des complices des mouvements de rébellion sans le moindre respect des règles de la procédure pénale.
Enfin, elles déplorent l’immobilisme du Gouvernement qui ne prend aucune mesure urgente pour une assistance aux 50.000 personnes dispersées dans la brousse sans secours dans la région de PAOUA et des environs (selon une note du Bureau de Coordination de l’action humanitaire des Nations Unies du 27 Mars 2006) mais qui préfère s’engager dans une opération de communication en préparant une mission de paix sans avoir au préalable assuré une garantie de sécurité.
Le retour de la paix dans la région de PAOUA et des environs passe par la vérité sur les comportements des forces de défense et de sécurité et le retour de la confiance entre celles-ci et la population.
En conséquence, les Organisations de défense et de promotion des Droits de l’Homme :
- Réitèrent leur ferme condamnation du recours à une rébellion armée comme mode de résolution des contradictions de la société et d’accession au pouvoir,
- Considèrent la rébellion comme une forme de terrorisme,
- Condamnent les assassinats de Monsieur Ali MAHAMAT, Président de la Délégation Spéciale de la commune de SOUNGBE, Monsieur Jean Bruce GUENEFEÏ, Président de la
Délégation Spéciale de la ville de BOSSANGOA, Monsieur Augustin KOSSI, Président
de la Délégation Spéciale de la Commune de KORO- MPOKO dans la préfecture de
l’OUHAM et les assassinats des médecins, Joachim KABA MEBRI et Eric KELEMBHO
KASSA.
- Condamnent les exactions commises par certains éléments des forces de défense et de sécurité sur les populations civiles de PAOUA et ses environs :
- Réitèrent leur demande d’une enquête internationale pour faire la lumière sur les tueries de PAOUA ;
- Demandent au Gouvernement de prendre des mesures urgentes pour une assistance humanitaire aux 50.000 personnes dispersées dans la brousse à PAOUA et ses
environs
- Exhortent le Gouvernement à recourir au dialogue avec toutes les forces vives de la nation.
Fait à BANGUI le 11 Avril 2006
Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture et de la
Peine de Mort «ACAT-RCA »
Me Bruno Hyacinthe GBIEGBA
Association des Femmes Juristes de Centrafrique « AFJC »
Me Marie Edith DOUZIMA LAWSON
Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme « LCDH »
Me Nganatouwa GOUNGAYE WANFIYO
Mouvement pour la Défense des Droits de l’Homme et d’Action Humanitaire « MDDH »
Mr Adolphe NGOUYOMBO