Nganatouwa
GOUNGAYE WANFIYO
Avocat
Avenue
Barthélemy BOGANDA
Immeuble
New Montana
B.P.
1883 BANGUI
République
Centrafricaine
Téléphone :
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Mobile :
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Europe
( 00 33) 6 25 24 95 66
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E-mail :
goungaye@yahoo.fr
A
Monsieur Nicolas SARKOZY
Président de la République Française
55, rue du Faubourg Saint Honoré
75008 Paris
Monsieur le Président,
Notre pays, la République centrafricaine, est
en proie à une grave crise politique ayant débouché sur des conflits armés avec
des conséquences extrêmement désastreuses pour la population.
Selon une idée assez répandue en France et au
sein de la Communauté internationale, les conflits ravageurs en Centrafrique
seraient les conséquences directes de la situation de guerre qui prévaut dans
le Darfour au Soudan.
Sans denier l’existence des répercussions de
la guerre du Darfour dans notre pays, nous voudrions attirer votre attention
sur le fait que les causes des conflits en Centrafrique sont d’abord et
essentiellement internes. Elles sont dues au mode d’accession au pouvoir par la
violence et à la gestion de l’Etat.
Certes, après la rébellion armée et le coup
d’Etat du Général Bozizé du 15 mars 2003, sur le plan strictement formel, des
institutions démocratiques ont été mises en place suite à l’adoption par
référendum de la Constitution du 27 décembre 2005. Cependant, ces institutions
ne fonctionnent pas parce qu’elles sont en réalité sous le contrôle de
l’exécutif et en premier lieu du chef de l’Etat.
A titre d’exemple et sans être exhaustif,
l’on peut relever les violations constantes de la Constitution par l’exécutif
lorsque celui-ci considère que le texte fondamental ne sert pas ses intérêts.
L’Assemblée Nationale est une coquille vide.
L’indépendance de la justice est
quotidiennement menacée par les interventions intempestives et directes du chef
de l’Etat sur le travail des juges considérés à tort ou à raison comme
corrompus ou comme des adversaires du pouvoir exécutif. Les juges ne peuvent
dire le droit dans la liberté. La Cour Constitutionnelle, lorsqu’il lui arrive
de faire preuve d’une certaine indépendance est placée sous pression et il est
exigé de ses membres de démissionner. Cette instance est en ce moment suspendue
de fait.
Sur le plan économique, les affaires de
l’Etat sont contrôlées par un cercle familial et clientéliste ou sont gérées
dans une opacité totale.
Les droits de l’homme sont bafoués et les
nombreux rapports établis par des organisations nationales et internationales
sérieuses sont unanimes sur les graves crimes commis par les mouvements de
rébellion armée mais surtout par la Garde présidentielle, notamment dans le Nord-Ouest et le Nord-Est
de la République centrafricaine où l’on dénombre plus de 10.000 maisons
d’habitation incendiées, plus de 500.000 personnes forcées aux déplacements
intérieurs dans des zones insalubres et inhabitables ainsi que de centaines de
milliers d’autres contraintes à l’exil dans les pays voisins.
La République Centrafricaine donne
l’apparence d’un Etat mais en réalité s’est installée une anarchie totale.
Face à cette situation, des voix se sont
élevées pour demander la tenue d’un dialogue entre tous les protagonistes du
conflit pour ramener la paix et la sécurité.
Opposé dans un premier temps à cette demande
exprimée par les forces sociales et vives du pays, le Général Bozizé a fini par
en admettre l’idée mais sous réserves d’en fixer lui-même les conditions en
excluant certains protagonistes de la crise et en limitant sa portée.
C’est dans ce contexte que des citoyens
centrafricains de toutes origines sociales ainsi que d’opinions diverses et
variées ont décidé, face à la démarche du gouvernement qui va indubitablement
aboutir à une impasse, de réagir en publiant un Manifeste appelant à la tenue
d’un dialogue politique inclusif selon des modalités raisonnables et réalistes
pour parvenir à une paix durable.
Ce document qui vous est transmis en annexe
de la présente est une base de revendication citoyenne et démocratique. Signé
au départ par quelques citoyens, des personnalités intellectuelles et
politiques, il continue de recevoir de nombreuses adhésions.
La table Ronde qui a réuni les
bailleurs de fonds nationaux et multilatéraux, dont la France, sur la situation
en Centrafrique à Bruxelles le 26 octobre 2007 s’est achevée par des promesses
tendant à appuyer le projet de redressement de l’économie nationale et de lutte
contre la pauvreté présenté par les autorités gouvernementales de notre pays.
Ces promesses ont aussi été faites sous réserve de la tenue d’un dialogue
politique, du respect des droits de l’homme, de la bonne gouvernance et du
rétablissement de la stabilité.
Nous savons que le régime du Général Bozizé
sans base populaire mais reposant sur une gestion familiale et clanique, la
violence politique ainsi que la terreur militaire survit grâce au soutien
important que lui apporte la France, particulièrement dans les domaines
budgétaire, diplomatique et militaire.
La France peut-elle se prévaloir d’être la
patrie des droits de l’homme et du citoyen et en même temps continuer à
cautionner, par la permanence de son soutien, un régime aux antipodes de l’Etat
de droit, des droits de l’homme et de la bonne gouvernance ?
Les populations centrafricaines ont retenu
vos propos très forts lors de la campagne électorale française selon lesquels
vous alliez dans les relations de la France et de l’Afrique opérer une rupture
avec les pratiques passées empreintes de paternalisme, voire de
néo-colonialisme.
Les Centrafricains épris de démocratie et de
paix et aspirant à vivre en toute quiétude dans leur pays ne relèveront-ils pas
un double langage de votre part si vous ne cessez tout soutien qui risque
d’être considéré comme une complicité active avec un régime autocrate, de
terreur militaire, d’oppression sociale tel que celui représenté par le Général
Bozizé ?
Devant l’impasse dans laquelle se trouve
notre pays, la seule chance qui s’offre aux Centrafricains c’est un vrai
dialogue sans exclusion afin de ramener durablement la paix et la sécurité.
C’est pourquoi les signataires du Manifeste
pour un dialogue politique véritablement inclusif en Centrafrique vous
exhortent à apporter tous vos concours possibles à leur pays et au peuple centrafricain
pour la concrétisation de cette ultime alternative politique nationale.
En effet, seul ce dialogue sans exclusion
pourra permettre de trouver les voies et moyens en vue de la résolution du
conflit politico-militaire en cours mais aussi de déclencher un véritable
processus de sortie de crise dans notre pays.
Nous vous prions de croire, Monsieur le
Président, en l’expression de notre haute considération.
Grenoble, le 15 Novembre 2007
Pour les signataires du
Manifeste,
Me Nganatouwa GOUNGAYE WANFIYO
Avocat au Barreau de
Centrafrique.
Pièce jointe (1)
Texte intégral du Manifeste pour
un dialogue politique véritablement inclusif en Centrafrique.