Manifeste pour un dialogue politique
véritablement
Inclusif en Centrafrique
Depuis
plusieurs années la République Centrafricaine est plongée dans un cycle
infernal de crise politique, sécuritaire et humanitaire. Cette grave crise
trouve son origine essentiellement dans le refus obstiné des dirigeants du pays
d’accepter et de respecter les principes démocratiques d'accession au pouvoir et de
sa gestion.
Notre
pays et sa population sont pris en otage par des dirigeants qui ne
défendent pas les intérêts de la collectivité mais leurs intérêts
particuliers et égoïstes.
Sans vision adaptée aux réalités objectives de la
Centrafrique, ni projet économique et social de dimension nationale,
beaucoup de politiciens, cadres administratifs et militaires
du pays recherchent le pouvoir par tous les moyens y compris par la violence
d’où la permanence des putschs, des mutineries et des rébellions armées. Une
fois installés au pouvoir de l’Etat, ils se livrent à la prédation au détriment
de l’intérêt général, et de la population dont le sort n’a fait que s’empirer
d’année en année sans espoir de trouver une solution durable à terme s’il n’y a
pas une rupture avec cette pratique.
Le
pouvoir en République centrafricaine est confronté à une profonde crise de
légitimité. Si non, comment comprendre que moins de cinq mois après des
élections générales jugées « satisfaisantes » par la communauté
internationale, laquelle est toujours prompte à s’accommoder des situations
qu’à soutenir la démocratie, le pays soit plongé à nouveau dans un cycle de
violences et une crise sécuritaire et humanitaire jamais égalée sans parler de
la situation économique et sociale désastreuse.
Les
Centrafricains désireux de voir leur pays sortir du cycle de violences et de la
voie suicidaire dans laquelle les ont engagés ceux qui se sont succédés à la
tête de l’Etat veulent un dialogue politique véritablement inclusif dont le
contenu et les modalités doivent être clairement définis.
1-
Du contenu du dialogue
Le
point primordial du dialogue doit porter sur la question de la légitimité du
pouvoir.
Un pouvoir légitime ne peut tuer des centaines de ses
habitants dans le Nord-Ouest et le Nord-Est du pays ; provoquer la fuite
et le refuge de plus de 200.000 de ses ressortissants au Sud du Tchad, à l’Ouest
du Cameroun et au Sud du Soudan ; forcer à l’abandon de leurs foyers et au
déplacement intérieur plus de 500.000 centrafricains obligés de se terrer dans
des zones insalubres, inhabitables et dans le dénuement le plus
total ; incendier plus de 10.000 maisons d’habitation ; terroriser et
traumatiser plusieurs centaines de milliers d’habitants de zones rurales,
lesquels ont même peur à l’écoute de simples bruits de moteurs de véhicules
souvent associés à ceux des véhicules utilisés par les terribles « escadrons
de la mort » constitués des éléments de la Garde présidentielle.
Par
son bilan extraordinairement négatif ainsi que sa profonde remise en cause par
une importante frange de la nation centrafricaine, le pouvoir en place ne
saurait prétendre disposer de la légitimité nécessaire pour continuer à
conduire les affaires de l’Etat.
Comme
l’a indiqué le Groupe des Sages dans son rapport suite à ses larges
consultations relatives aux préparatifs du dialogue, et curieusement passées
aux oubliettes :
« Les facteurs qui génèrent et alimentent les crises
que connaît le pays, sans être exhaustifs, sont : le non respect des
droits humains ayant pour corollaire l’impunité, le mal-gouvernance
et le dysfonctionnement des services publics, la non-application
des recommandations du Dialogue National, le déficit de dialogue politique, le
tribalisme, la faiblesse de l’opposition démocratique, les entraves aux
libertés fondamentales, l’insécurité des personnes et des biens, l’absence
d’une armée vraiment républicaine, la fragilité du tissu économique, et la main
mise des forces extérieures sur la politique et l’économie nationales. »
2
- Du lieu du déroulement du dialogue
Afin
de rassurer tous les participants, de préserver un climat de sérénité dans les
échanges et par mesure de sécurité pour tous, le dialogue doit se
tenir à l’extérieur du territoire national dans un pays qui n’est pas impliqué
dans le conflit centrafricain.
3
- Des participants au dialogue
Il
ne s’agit pas de recommencer la grande messe du précédent dialogue national
mais d’avoir des participants réellement représentatifs des organisations
politiques et sociales du pays.
Doivent
être représentés de manière paritaire et égale, l’opposition non armée,
l’opposition armée, la société civile et le pouvoir en place.
De
manière générale, aucun centrafricain acteur connu et reconnu de la crise
politique, sécuritaire et humanitaire que traverse notre pays depuis plusieurs
années ne doit être exclu sous quelque prétexte que ce soit. En conséquence, doivent
être conviées à ce dialogue politique inclusif, toutes les personnalités qui
ont joué à de degrés divers un rôle dans les dernières crises militaires et
politiques du pays (mutineries, coups d’Etat et rébellions)
4
- De l’application des décisions du Dialogue
Les
décisions et résolutions du dialogue politique inclusif doivent être totalement
et impérativement exécutoires et opposables à toutes les parties prenantes. Ce
principe doit être non négociable.
Afin
d’éviter les erreurs et manquements du précédent dialogue national, des mesures
précises et claires doivent être arrêtées afin de garantir l’application de ce
principe.
5
- De la médiation pour le Dialogue
Face
au problème de légitimité du régime en place dans notre pays et, vu l’expérience
du précédent dialogue national, lequel en fin de compte est un échec, il est
préférable que le dialogue politique inclusif revendiqué par toute la
communauté nationale se fasse sous la médiation de la Communauté
internationale.
Etant
donné que le Conseil de sécurité des Nations Unies a autorisé par sa Résolution
1778 le déploiement en Centrafrique d’une force internationale ONU/UE qui va
s’impliquer dans la recherche de solutions à la crise humanitaire et
sécuritaire dans nos régions frontalières du Tchad et du Soudan, il serait
logique et utile que la Communauté internationale accompagne notre pays dans la
recherche d’une solution politique globale.
En
ce sens, pour permettre au dialogue politique inclusif de se tenir dans les
meilleures conditions de liberté, de transparence et d’équité ainsi que pour
garantir l’application de ses décisions et résolutions à toutes les parties
prenantes, il est hautement souhaitable que ce dernier bénéficie de la
médiation internationale des Nations Unies avec le concours de l’Union
Européenne et de l’Union Africaine.
Un dialogue simulacre sera le pis aller. Seul un dialogue
vrai, sincère, abordant les questions de fond et n’excluant aucun
centrafricain peut ramener la sécurité et la paix.
Pour
donner une chance à notre pays de retrouver sa cohésion sociale, la paix, la
sécurité ainsi que la possibilité de s’inscrire dans un vrai processus de
réconciliation nationale, de modernisation des institutions de la République,
de développement et de progrès national,
Nous,
signataires du présent Manifeste, exigeons un dialogue dont le contenu et les
modalités doivent correspondre aux points fondamentaux définis ci-hauts.
Nous
lançons un vibrant appel aux citoyens de notre pays, à tous les républicains et
démocrates à se joindre à nous en vue de mener des actions, au-delà des
positionnements partisans, des intérêts catégoriels, claniques et/ou
politiciens pour l’objectif prioritaire : la tenue d’un dialogue politique
véritablement inclusif en Centrafrique.
Fait
à Paris, le 19 Octobre 2007.
Les premiers signataires du Manifeste
Nganatouwa GOUNGAYE WANFIYO, Avocat
Sylvain DEMANGHO, Historien
Jean-Jacques DEMAFOUTH, Avocat, ancien Ministre de la
Défense
Djim-Arem MAÏTAR, Ancien Député de Paoua 2, ancien 1er Vice-président de
l’Assemblée nationale
Léon OUANGANGO, Avocat
Prosper N’DOUBA, Ancien Conseiller spécial à la
Présidence de la République
Ruben NAMKOÏSSE, Economiste
Prince Ambroise SARAGA, Ancien Président de la Cour
Constitutionnelle
Aubin KOMOTO, Ingénieur Consultant SI Atos Origin France
Claudilde LEMARIE FAYANGA, Agente médico-sociale
Franck SARAGBA, Politologue
Adrien POUSSOU, Journaliste
Félix YANDIA, Archéologue
Michel MABOU, Docteur en Géographie
Jean-Pierre MARA, Ingénieur en télécommunication
Lin BANOUKEPA, Avocat
Dominique Christian
DARLAN,
Chef d’entreprise, fondateur du site SELEKA..ORG
Pour signer le Manifeste ou pour
connaître l’agenda des actions qui seront menées
Veuillez contacter :
Téléphone : 00 (236) 04 41 04
E.mail : goungaye@yahoo.fr
Téléphone : 06 88 64 40 61
E.mail : demanghos@yahoo.fr