La RCA n'est -elle pas malade d'elle- même ?
Par Jean-Pierre BETINDJI, théologien
et philosophe
Ayant séjourné à Bangui et à Sibut du
21 février au 6 mars 2008 pour les obsèques de mon père qui m'a inculqué non
seulement des connaissances intellectuelles en sa qualité d'enseignant, mais
aussi des valeurs qui m'aident à vivre encore debout , la tête haute
malgré les aléas de la vie que nous impose la condition humaine, j'ai choisi de
partager aux centrafricaines et centrafricains de bonne volonté ce
que j'ai vécu durant ces deux semaines.
De retour à Paris,j'ai
fortement ressenti le besoin et la nécessité de tenir les propos qui suivent
,non seulement par malveillance, ni par esprit de polémique , mais
par amour. Il m'a paru, en tant que Centrafricain ,
de mon devoir de témoigner ce que j'ai vécu telle que je la sens
intimement.
En effet,notre
société offre des situations d'apprentissage à toute occasion:deuil, cérémonie
religieuse, discussion entre amis, etc...mais c'est
surtout pendant les veillées mortuaires que l'occasion est propice aux
gens qui sont d'habitude peu bavards de s'adonner à des reflexions profondes
Ainsi, lors de mon séjour, j'ai été
frappé par l'usage du mot "Changement"qui
revenait souvent dans les propos des gens qui sont venus m'assister de même
ceux que j'ai rencontré.Oui, le changement ,désiré ou non , est un sujet qui
touche les activités humaines .Les conflits impliquent des changements de
croyances , de postures, de mode de vie.De la nécessaire adaptation à la
pénible rupture , lorsque nous sommes conduits à aquerir une compétence
nouvelle ou que nous devons faire face à une situation que nous n'avons pas
désirée, nous devons intégrer un changement.C'est pourquoi , parfois,le
changement est violent.Pertubant, voire boulversant en soi avant ou en même
temps qu'il est violent dans la vie extérieure .Il implique une rupture avec
toutes nos habitudes , manière de penser, d'être et manière de faire.
Une chose m'a boulversé à
travers ces diverses causeries:l'univers dans lequel s'enferme la RCA
officielle alors que au plus profond même des gens, il semble avoir une autre
appréhension.En d'autres termes, face à ces ménaces d'envahissement
et de probable disparition sur la carte de l'Afrique, la RCA gagnerait donc à
ne pas s'enfermer dans une bulle.Elle doit apprendre à rompre avec ses
mauvaises habitudes qui consistent entre autres à toujours compter sur les
autres.
En effet, l'idée de "ZO WALA A KE
SARA ANDE YE SO ZO WA ?" continue de faire son chemin.Selon
cette conception, le Centrafricain attend que quelqu'un d'autre lui
trouve une solution à ses problèmes récurents:éducation ,
travail, survie , stratégie,dot,etc... bref que faire
pour ne pas disparaître ? Manifestement, il n'a pas de solution et
ne se creuse pas la tête pour en trouver.Il est frappant de constater que face
à une crise ou une catastrophe,tout le monde attend
une hypothétique aide et secours même si on ne sait pas d'où cela
viendrait.On ne développe pas de stratégie de prévention(en dehors de la lutte
contre le sida) et on attend que le drame arrive pour s'exciter.
Ceci amène fatalement à se poser la
question de la gouvernance effective par une équipe cohérente et capable
d'innover dans tous les domaines. En la matière, l'immobilisme de notre
pays tient d'abord à l'immobilisme et à l'inertie de son équipe
dirigeante qui a plutôt l'habitude de se payer des mots à la radio au lieu
de se payer de l'initiative et de l'esprit de sacrifice à toute
épreuve. Fort de ce constat, on serait tenté de dire aux centrafricains
"Eh a kota Zo(puisqu'il n'y a pas de kette
Zo en Centrafrique) , revenez sur terre et aidez-vous pour que le
ciel vous aide",car il est ainsi dit dans la Bible,"aides-toi et
le ciel t'aidera". On serait tenter de dire aussi que nous devons
d'abord compter sur nos propres efforts .Cela passe par notre capacité à
rassembler toutes les intelligences susceptibles de créer des conditions d'un
développement endogène et autocentré de la RCA.Cela passe aussi par le
goût du résultat de l'efficacité et de l'efficience.Cela passe enfin par un
combat implacable à mener contre la politique d'exclusion , de la
dévalorisation de l'autre, le tribalisme, le népotisme et le clientelisme
.Toutes ces choses concourent à créer des frustrations sociales et
politiques, à diviser davantage le pays et à favoriser la violence physique et
armée.
Pourquoi restons -nous
à regarder le ciel ? revenons sur terre.Revenir sur terre, suppose d'avoir le
courage de savoir que ni Paris, ni Bruxelles, ni le FMI et la banque mondiale,
ni l'ONU via BONUCA, ni l'EUFOR , ni les supers Médiateurs... ne pourront
régler à notre place les problème de fraternité, d'unité, de gouvernance , de
respect des droits de l'homme , du manque de partage équitable des ressources
du pays , de l'inégalité de chance.A mon humble avis ,c'est cela qui doit être
le "Changement"tant désiré.
Notre pays n'est-elle pas malade
d'elle même?
dans ces conditions d'existence,le changement s'impose à nous tous.Hommes, femmes,
jeunes et personnes âgées;gouvernants et gouvernés, pauvres et riches
forts et faibles. Cette tâche imcombe à tous et dans tous les
domaines, car dans l'histoire de l'humanité , il y eu
un temps pour détruire et un temps pour construire.Nous avons assez
détruit, prenons un peu le temps de reconstruire sur les ruines du passé
.Ainsi, notre passage sur terre aura du sens.
Mbi Bala ala Koué
Na Bévoulou oh oh !