Les
initiateurs du Manifeste pour un Dialogue Véritablement Inclusif en
Centrafricaine font le point de leur action.
Interview du 12 Novembre
2007
Sylvain Demangho : « Tout jugement
objectif doit reposer sur des faits si non ce n'est qu'un procès d'intention.
Donc ceux qui croient que cette initiative aurait pour objectif de rechercher
nous ne savons quel strapontin ministériel, sont libres d'é
Historien de son Etat et combattant de la
justice sociale, Sylvain Demangho est l'un des initiateurs du Manifeste pour un
Dialogue Véritablement Inclusif en Centrafrique. Alors que cette initiative
continue de faire de vagues et met les tenants du pouvoir à Bangui non
seulement dans une position inconfortable, mais devant leurs propres
turpitudes, Demangho revient ici sur l'esprit et la lettre du Manifeste. Il en
profite pour répondre également aux esprits malins qui jouent les troubles
fêtes et les défenseurs d'une cause perdue.
1) Quel bilan faites-vous moins d'un mois après le
lancement du Manifeste pour un dialogue véritablement inclusif en Centrafrique
?
A moins d'un mois après le lancement du
Manifeste, vous conviendrez qu'Il est difficile de dresser un bilan. Tout ce
que je peux dire à ce stade de l'action est que le message est bien passé
auprès de nos compatriotes en Centrafrique et de ceux qui résident à
l'étranger. D'autre part, les institutions gouvernementales et internationales
ainsi que les ONG à qui le Manifeste a été adressé ont exprimé des avis
satisfaisants. Enfin, la diffusion du document se poursuit et les compatriotes
ainsi que des amis du Centrafrique manifestent de plus en plus leurs intérêts
pour l'initiative engagée. La liste des signataires du Manifeste s'agrandit. Le
moment venu, un point d'information sera fait sur là où nous en sommes avec
cette initiative citoyenne et patriotique. Mais, pour le moment, nous
encourageons ceux de nos compatriotes qui n'ont pas encore donné leur accord de
signature et qui souhaiteraient adhérer à l'esprit de ce manifeste de le faire.
2) Parlez-nous un peu de son accueil auprès de l'opinion
publique ?
Du côté de la communauté nationale, nous
avons enregistré trois types de réactions : D'abord l'engouement et l'adhésion
de personnes déterminées qui estiment que le Manifeste répond parfaitement aux
préoccupations du moment en ce qu'il pose le vrai diagnostic de la crise au
pays. Pour ces derniers, la définition en amont du contenu du dialogue a le
mérite de clarifier les choses. Et, cette clarification est un gage important
pour le combat en vue de la réussite du dialogue. Ensuite, il y a le
scepticisme de ceux qui, désabusés par la récurrence des crises
politico-militaires et des échecs des différents forums censés y mettre un
terme, ne croient à plus rien ou du moins n'attendent plus grand chose
particulièrement des leaders politiques de la post-colonie ou néocoloniaux.
Enfin, il y a un rejet de la part de ceux
qui pensent qu'il s'agit d'une tentative de déstabilisation du pouvoir en place
ou qui voient derrière cette initiative une nouvelle stratégie pour le retour
aux affaires du parti MLPC tendance Patassé. D'autres rejettent les
revendications du Manifeste au motif que c'est une perte de temps de s'investir
dans un autre dialogue alors qu'il serait plus payant de concentrer les
énergies à la préparation des échéances de 2010.
3) Pensez-vous vraiment que ce dialogue politique
peut-il résoudre la crise centrafricaine ?
Le dialogue politique peut effectivement
résoudre la crise centrafricaine à condition qu'il n'y ait aucune exclusion et
que les gens soient animés par la volonté réelle de résoudre les problèmes en
abordant les questions de fond avec des décisions claires et exécutoires. Or
tout ce qui se met en place en ce moment pour ce dialogue est diamétralement
opposé à cet objectif : volonté du pouvoir de verrouiller ce dialogue en
choisissant ceux avec qui il veut dialoguer et en voulant limiter la portée
alors que le simple bon sens voudrait que face à l'impasse politique et
militaire où se trouve le pays, l'on recherche plutôt une solution globale et
durable aux vrais problèmes.
4) Ce n'est pas ce que croient certains
compatriotes ?
C'est compréhensif que les Centrafricains
qui vivent depuis deux décennies ces grandes messes de réconciliation nationale
et ces tragi-comédies où tout le monde joue à se pardonner pour sortir les
couteaux le lendemain soient devenus sceptiques mais en même temps,
l'opportunité de ce dialogue est une nouvelle chance qu'il faut saisir pour
arrêter une fois pour toute la descente du pays aux enfers. Car comme l'a dit
quelqu'un, « on a atteint le fonds mais on continue de creuser » Refuser le
principe d'un dialogue politique aujourd'hui en Centrafrique, n'est-ce pas
vouloir objectivement maintenir les conditions d'une « somalisation » du pays ?
Qui a intérêt dans une telle perspective nationale ? Si d'aucuns ont quelques
avantages à tirer de l'entrée totale de notre pays dans une situation
politico-militaire telle qu'en Somalie, il est indéniable que cela est loin de
correspondre aux attentes et aux intérêts du peuple centrafricain. En tous les
cas, pour les initiateurs du Manifeste le dialogue politique inclusif est plus
que jamais la seule alternative possible pour un réveil patriotique, une étape
indispensable pour l'enclenchement d'un processus de réconciliation de toutes
les filles et de tous les fils de Centrafrique afin que notre pays retrouve la
paix, la sécurité et s'engage dans la voie du développement. C'est pour cela
que nous voulons la réussite de ce dialogue.
5) L'une des reproches qu'on fait de ce Manifeste,
c'est que ses signataires roulent pour l'ex président Patassé et son ancien
ministre de la défense Jean-Jacques Demafouth. Qu'en pensez-vous ?
C'est normal que les personnalités qui se
sentent exclues du processus se retrouvent dans cette démarche qui en réalité
se situe au-dessus des considérations partisanes et des organisations. Mais les
initiateurs du Manifeste ne sont et ne se réclament ni du MLPC ni des autres
partis de l'échiquier politique national et encore moins partisans de l'ancien
Président PATASSE ou de l'ancien Ministre de la Défense Demafouth. Lorsque vous
regardez la liste des premiers signataires du Manifeste vous verrez bien en
première ligne des personnalités qui ont combattu le MLPC quand il était au
pouvoir hier. Ce qui est fondamental dans cette démarche c'est l'idée de
vouloir régler une fois pour toute la crise politico-militaire dans notre pays
et on ne peut le faire en excluant certains des acteurs historiques ou actifs
de cette crise. Car cette exclusion continuera à alimenter la crise. Et si l'on
veut un exemple concret afin de se convaincre de l'absurdité de la logique de
l'exclusion, point n'est besoin de chercher loin que de se référer aux
résultats du dialogue national organisé par le pouvoir en 2003.
6) Que répondez-vous à ceux qui accusent les initiateurs
de ce Manifeste de rechercher des strapontins ministériels ou encore de vouloir
rejoindre la mangeaille nationale ?
Tout jugement objectif doit reposer sur
des faits si non ce n'est qu'un procès d'intention. Donc ceux qui croient que
cette initiative aurait pour objectif de rechercher nous ne savons quel
strapontin ministériel, sont libres d'émettre ce type de jugement, mais de
notre point de vue, ils se trompent.
7) Le 19 novembre prochain, soit un mois jour pour
jour après le lancement du Manifeste, François Bozizé sera reçu par son
homologue français, Nicolas Sarkozy, qu'attendez-vous de cette rencontre ?
Nous n'attendons pas grand-chose de
l'éventualité de cette rencontre car nous savons le soutien apporté par les
autorités politiques et militaires françaises au Général Bozizé. Nous disons
simplement que l'on ne peut se prévaloir d'un statut de patrie des droits de
l'homme et cautionner un régime aux antipodes des droits de l'homme, donner des
leçons aux africains sur l'absence de démocratie, de bonne gouvernance, etc. et
refuser toute évolution démocratique par un soutien à un régime autocratique et
de terreur.
8) Avez-vous un message en direction des autorités
françaises ?
Nous demandons que cesse le double langage
par rapport à notre pays mais aussi de tous les pays africains. On ne peut, à
l'occasion d'une campagne électorale, promettre la rupture dans les relations
de la France avec ses anciennes colonies et consolider ces rapports de type
néocolonial qui avilissent l'Afrique et l'homme africain.
La génération d'aujourd'hui est bien
consciente de ce double langage, c'est pourquoi on note partout en Afrique dite
francophone ses exigences du respect de son identité, de son droit inaliénable
à être acteur à part entière du destin social, politique et économique du
Continent. Cette génération exprime sa ferme volonté de créer les conditions
pour l'avènement de la démocratie pluraliste et le progrès social de chacun et
pour tous dans une Afrique où ses enfants veulent vivre libres comme ceux
d'Amérique, d'Europe et d'ailleurs.
9) Et des Chefs d'Etat de la sous région CEMAC,
François Bozizé prend ses directives chez ces derniers, dit-on ?
La stabilité de la République
centrafricaine est nécessaire pour la sous-région.
La crise politique et militaire qui
affecte notre pays a nécessairement des conséquences sur les pays voisins et on
le voit bien avec l'afflux massif d'exilés et de réfugiés centrafricains au
Tchad, au Cameroun, au Soudan pour ne citer que ces pays. Donc si cette crise que
vit le Centrafrique se poursuit et se complexifie, à terme elle peut
bouleverser les équilibres précaires de cette sous-région.
C'est pourquoi, au lieu de soutenir un
régime impopulaire et à bout de souffle, un régime qui n'a visiblement aucune
autre alternative à proposer que celle de solliciter sans cesse l'aide de la
communauté internationale afin d'acheter des armes et d'embaucher des
mercenaires pour faire la guerre à son propre peuple, les responsables de la
sous-région devraient appuyer la demande d'un dialogue politique véritablement
inclusif venant des forces sociales et vives du pays.
10) Quel est votre message à l'endroit du peuple
centrafricain ?
Personne d'autre ne règlera nos problèmes
à notre place. Pour retrouver la paix, la sécurité, la dignité, le goût au
travail pour le bien-être de soi, de sa famille et de la nation ; il faut que
tous les Centrafricains se parlent, même ceux à qui nous avons des choses
graves à reprocher. On reconnaît les grandes nations en la capacité de leurs dirigeants
et citoyens à surpasser leurs querelles intestines lorsque l'intérêt supérieur
de leur pays est en grand danger. Et vu l'état dans lequel se trouve en ce
moment le Centrafrique, nous pensons que chaque centrafricain doit se surpasser
humainement et accepter de tendre sincèrement la main à ses concitoyens sans
exclusion. Les Centrafricains doivent toujours se souvenir que leurs dignes
fils ont été par le passé les fers de lance de la liberté et le progrès de
l'Afrique noire. Qui ne connaissaient Karinou et Boganda sous l'empire colonial
de l'Afrique équatoriale française (AEF) ? Que ces deux figures de la fierté
nationale puissent guider notre peuple dans sa lutte pour retrouver son unité
et sa place au sein de la communauté des nations du monde.
Lundi 12 Novembre
2007
Propos recueillis
par Adrien de Saint Serge Poussou