GOUVERNEMENT DE « TRES HAUTE
MISSION »
Franck SARAGBA http://franck-saragba.skyrock.com/
Enfin !, après moult tergiversations et un
rapide aller-retour à Libreville du président Bozézé,
histoire de ne pas déroger aux usages d’une règle non écrite d’allégeance,
désormais obligatoire pour les autorités de Bangui qui est celle de soumettre
toute initiative au « patriarche » Bongo afin de lui requérir une autorisation
de mise en application, nous voilà finalement avec un gouvernement de...
"Très Haute Mission". Un gouvernement de mission composé de trente et
deux (32) membres dont l’un des premiers
objectifs retenus parmi les recommandations du dialogue politique inclusif
serait de préparer la transition démocratique, autrement dit les élections présidentielles de 2010.
A la lumière de cette composition gouvernementale,
on peut remarquer qu’il s’agit d’un gouvernement sans doute large par son
effectif mais certainement pas de large
ouverture comme le réclamait les différentes entités présentes lors du dialogue
politique inclusif. Toute proportion gardée, certaines entités sont restées à
la porte ou sont représentées en deçà de ce qu’elles espéraient obtenir.
Qu’adviendront-elles dans les mois à venir de ces frustrations ?
La deuxième observation que l’on peut
faire, c’est qu’il s’agit d’une équipe complètement hétéroclite que le premier
ministre TOUADERA tentera d’animer, de motiver et de mobiliser en essayant
d’insuffler un souffle de vie à travers duquel il espère secrètement percevoir
la lueur d’une cohésion et d’une solidarité gouvernementale afin de donner du
sens pour conduire sa mission jusqu’au bout. Une tâche s’il en est qui reste
toutefois difficile à réaliser tant les disparités, les susceptibilités sont
presque palpables. Ensuite, on constate que la majorité de membres de ce
gouvernement émanent du KNK et de ces alliés objectifs d’où la question de
savoir, quel sera la marge de manœuvre des autres ministres qui n’appartiennent
pas au groupe majoritaire ? Seul un rééquilibrage des ministres provenant de
ces différentes entités dans ce gouvernement aurait pu entrainer une dynamique
de résultat.
Par ailleurs, en lieu et place d’un
premier ministre de consensus comme le stipule les recommandations du dialogue
politique inclusif, on assiste à la reconduction d’un premier ministre jusque
là correcte appliqué et studieux mais
plutôt effacé. Un premier ministre de consensus aurait sans doute profité de sa
légitimité toute relative pour rentrer en conflit ouverte avec le président. Bozeze ne pouvait se permettre de prendre le risque
d’entraver sa marche vers la victoire à
une année des élections de 2010. Il lui faut donc des hommes sûrs et il en a
sous la main, il tient à le faire savoir. Ils ne sont plus nombreux, le temps a
eu raison des premiers compagnons qui n’étaient pas loyaux. Certains ont du
quittés précipitamment le navire de leur gré ou de force pour redevenir
aussitôt des opposants, aussi c’est
l’occasion de remercier les plus fidèles
d’entres les fidèles, les derniers caciques qui ont aidés et soutenus
jusqu’au bout le rebelle puis le président Bozézé
dans sa quête de pouvoir en les élevant au rang de ministre d’état pour bien
les différencier de ceux qui sont importants mais pas assez et qui occupent
toutefois des postes clefs dans le gouvernement en tant que ministres et enfin
tous les autres ministres et autres ministres délégués qui ont forcés leur
entrée.
D’autre part, on peut noter également
l’apparition de quelques novices pour la plupart venu de l’opposition armée
pour occuper des postes de ministres délégués. Ainsi, la boucle est bouclée
d’un gouvernement verrouillé pour une très haute mission, celle de préparer la
victoire à l’élection présidentielle de 2010. A présent la campagne électorale
de 2010 peut commencer, face à une opposition en totale déshérence dont les
unions de circonstances n’ont pas tardé à imploser, où chacun joue désormais
désespérément sa carte en solo en essayant de ramasser les quelques miettes.
S’il ya une chose à reprocher un jour au régime de Bozézé, ce n’est certainement pas celle d’être en cohérence
avec lui-même, ni avec ses méthodes dont tout le monde s’accorde à reconnaitre
le fonctionnement arbitraire et le caractère prédateur. A défaut de prendre
toute la mesure des véritables enjeux de ce dialogue politique inclusif,
l’opposition n’a-t-elle pas raté une fois de plus lamentablement ce grand
rendez-vous et cette confiance que le peuple centrafricain a placée en elle ?
Du début à la fin, n’a-t-elle pas subit et acceptée les diktats de Bozézé pour d’égoïstes raisons ? A un moment où il fallait
se serrer le coude, les ambitions démesurées des uns et des autres n’ont-elles
pas eu raison de l’objectif fixé au départ ? Chacun se voyait déjà
présidentiable ou ministrable. Pourquoi
l’opposition n’avait t’elle pas ouverte, imposée puis arrêtée en bloc la
négociation sur le quota ainsi que la
répartition des postes ministériels
au moment opportun ?
Quoiqu'on en dise ou quoiqu'on en pense
l'opposition, Bozézé est celui d'entres les hommes
politiques centrafricains qui a su rester cohérent avec lui même depuis le début
de son coup d’état. En politique, il nous semble que le fait d'avoir raison
importe moins que celui d'être cohérent. En cela, l’homme du Kwa Na Kwa a plutôt une longueur
d’avance sur une opposition à la mine déconfite, inconstante dans ses
revendications, toujours étonnée et surprise de leur chronique incohérence.
Alors silence ! Avons-nous envie de le crier haut et fort à toute l’opposition
démocratique qui n’a finalement récolté que ce qu’elle a semé en voulant
attaquer le régime au pouvoir dans un ordre dispersé. Et n’oubliez surtout pas
de revenir en ordre serré lorsque vous
auriez mis en place une vraie opposition démocratique unie et cohérente aux
revendications claires et précises pour se faire respecter par le régime en
place. Sinon laisser Bozézé gouverner par défaut avec
ces hommes dans sa singulière cohérence en somme toute relative.