INTERVENTION DU GROUPEMENT DANS LE CADRE DE LA MISSION DE MADAME LA
REPRESENTANTE RESIDENTE DU PNUD A SIBUT
Madame, la Représentante Résidente du PNUD,
Madame la Chargée de Programme de Lutte contre la pauvreté
au PNUD
Honorables invités, chers amis et compagnons de lutte contre
la pauvreté
Le groupement des Femmes d’Action pour le Développement de sibut, en abrégé (C.F.A.D.S.) saisit cette unique occasion pour vous présenter sa ferme détermination et l’engagement des membres pour chasser la pauvreté hors de la sous-préfecture de Sibut, an particulier et de la Kémo, en général.
Madame la Représentante résidente,
Honorables invités,
Notre détermination va s’articuler sur 5 points essentiels :
1. Nous tenterons de faire l’approche de la pauvreté au sein
des communautés de Sibut où les femmes sont la cible la plus
touchée.
2. Nous présenterons le groupement, comme instrument adéquat,
approprié et indiqué pour chasser la pauvreté.
3. Nous présenterons les actions préconisées dans
le cadre du combat contre la pauvreté et le développement
participatif durable.
4. Nous dresserons le bilan partiel des réalisations avec quelques
témoignages de certaines Femmes, membres du Groupement.
5. et enfin, nous présenterons les difficultés en vue
et les problèmes rencontrés
POINT 1 : Approche de la pauvreté dans le contexte des communautés
à Sibut
Enfin, les communautés dites pauvres reconnaissent aujourd’hui
qu’elles sont pauvres et acceptent même qu’on dise qu’elles sont
pauvres.
Cette prise de conscience collective résulte des efforts, sans cesse déployés à travers le monde par le système des Nations Unies et les Communautés internationales, entre autres le P.N.U.D. que vous avez la plus noble mission de diriger en Centrafrique. La présente mission que vous avez bien voulu effectuer auprès des groupements de Sibut, en témoigne.
Madame la Représentante Résidente,
Nous, femmes de Sibut, représentées ici par le G.F.A.D.S.,
reconnaissons, comme les autres, notre pauvreté pour des raisons
suivantes :
1. le surcharge domestique, qui repose sur les femmes tous les jours,
n’offre pas les possibilités à celles-ci d’exercer des activités
économiques rentables, comme le commerce qui peut générer
de l’argent chaque jour.
2. La surcharge également des travaux champêtres, aussi
pénibles avec des moyens de production rudimentaires, comme la houe
(daba), est l’une des causes du vieillissement et de l’espérance
de vie très précoce des femmes, qui sont les véritables
chevilles ouvrières dans la production vivrière.
3. Les trois quart des ménages tirent leurs maigres revenus
des produits vivriers vendus localement à des prix dérisoires
sur une période limitée dans l’année. Par souci de
faire face aux besoins jugés indispensables, les ménages
sont obligés de vendre les réserves d’auto - consommation
et même les semences.
4. L’ignorance des règles d’hygiène du corps, du milieu,
hygiène alimentaire, de l’eau et les difficultés d’accès
aux soins médicaux, faute de moyens financiers, entraînent
plusieurs cas de maladie et de décès, surtout chez les enfants.
5. Les rations alimentaires incomplets et non équilibrées
dans les ménages, où l’on ne mange pas à sa faim,
entraînent beaucoup de cas de maladie liée à la malnutrition
et de décès chez les personnes âgées.
6. L’analphabétisme de retour chez les femmes ici est un véritable
frein à leur émancipation et à l’esprit de promotion
dans le contexte actuel de la lutte contre la pauvreté dans notre
sous région.
7. L’individualisme caractérisant les communautés rend
difficile, dans la sous région, le développement des organisations
communautaires.
8. L’inexistence d’un centre de référence et l’absence
d’une infrastructure d’encadrement des femmes constituent, un véritable
handicap pour l’épanouissement et promotion économique, sociale
et culturelle des femmes
9. L’inexistence d’une institution financière de crédit
de développement et les difficultés d’accès au système
de crédit en place ne facilité pas une politique d’auto développement
durable.
10. Les conditions de fréquentation scolaire lamentables des
enfants et l’état aussi vétuste des bâtiments scolaires
témoignent que nous sommes au dessous du seuil de la pauvreté,
pour ne citer que cela en passant.
Madame la Représentante Résidente
Honorables invités
Pour chasser la pauvreté, les femmes de Sibut, conscientes de
la dégradation de leurs conditions de vie et de celles de leur famille
respective, se sont données rendez-vous le 20 décembre 1998,
pour réfléchir ensemble sur l’instrument adéquat et
approprié pour un développement humain durable.
POINT 2 : Le groupement, instrument adéquat et approprié
pour chasser la
pauvreté
Mobilisées massivement le 20 décembre 1998, avec le concours d’un promoteur bénévole, les femmes de Sibut ont créé le groupement des femmes d’action pour le développement de Sibut (G.F.A.D.S.), comme instrument de la lutte contre la pauvreté et le développement humain durable, le G.F.A.D.S. a préconisé des actions à réaliser.
POINT 3 : Actions préconisées
1. implantation du groupement et promotion des femmes exerçant
des activités génératrices de revenu à travers
les tontines
2. Promotion des ressources autonomes par la mobilisation et l’exploitation
de ces ressources sous forme d’épargne, crédit
3. valorisation du métier d’agriculteur et organisation des
marchés locaux par la coopérative agricole vivrière
(COOPAV)
4. Amélioration de la santé familiale par les consultations
gratuites, les visites à domicile, les conseils socio-médicaux
et l’exploitation des pharmacies de proximité familiales
5. amélioration des capacités de gestion des membres
du groupement et des cadres du projet d’appui
6. implantation d’un cadre de référence, idéal
pour les rencontres, les concertations, les échanges des idées,
les formations et les informations des femmes, comme « Maison de
la Femme et de la culture à Sibut »
POINT 4 : Résultats attendus
1. Dans le cadre de la mobilisation des communautés.
- Un cadre idéal mobilisant les femmes en groupement, dénommé
GROUPEMENT DES FEMMES D’ACTION POUR LE DEVELOPPEMENT DE SIBUT (G.F.A.D.S.)
- Un Bureau Exécutif élu par l’Assemblée générale
constituante, composée des membres actifs du groupement, chargé
de l’exécution du projet
- Cinq réseaux de dix tontines chacun dont trois à Sibut
centre et deux à NGOUMBELE, chargés d’organiser les femmes
en tontines
- Cinquante tontines améliorées implantées dont
trente à Sibut et vingt à Ngoumbélé
- Au moins deux cents cinquante et au plus cinq cents femmes, exerçant
des activités génératrices de revenu, mobilisées
à travers les tontines.
2. Dans le cadre de la mobilisation des ressources
En ce qui concerne les ressources propres
- production et vente des cartes d’adhérent dont le montant
varie selon la taille et le profil matrimonial des membres adhérents
:
- 1500 francs CFA pour un membre marié (e) avec enfant
- 1000 francs CFA pour un membre marié (e) sans enfant
- 1000 francs CFA pour un membre célibataire avec enfant
- 500 francs CFA pour un membre célibataire sans enfant
Ce type d’adhésion offre des avantages à tous les membres
de la famille pour la prise en charge des soins médicaux et octroi
des crédits.
- Les cotisations mensuelles dont les montants varient en fonction
de la taille et profil matrimonial des membres
- 150 francs CFA pour un membre marié (e) avec enfant
- 100 francs CFA pour un membre marié (e) sans enfant
- 100 francs CFA pour un membre célibataire avec enfant
- 50 francs CFA pour un membre célibataire sans
enfant
Ces cotisations offrent des avantages aux enfants orphelins et octroi
des crédits
- Cotisations spéciales tontines, sous formes d’un mécanisme
d’entraide pour soutenir les initiatives des femmes à travers les
tontines. (1000 francs CFA par membres et par semaine pour une tontine
donnée)
- Cotisations spéciales de 3000 francs CFA par membre pour l’ouverture
du compte ressources propres au Crédit Mutuel Centrafricain (C.M.C.A.)
de Sibut
- Initiation à la mobilisation de l’Epargne – Crédit
par les versements en compte les frais d’adhésion, les cotisations
mensuelles, les contributions spéciales, les intérêts
produits
- Sur les micro-financements, les remboursements des prêts subvention
etc
Cet épargne-crédit constitue la base de l’autonomie financière
locale pour la promotion d’un mécanisme « d’auto développement
»
En ce qui concerne les financements extérieurs :
- un plan de financement, présentant les charges d’exploitation,
préconisant plusieurs sources de financement, est établi
et soumis aux différents partenaires d’appui au développement,
entre autres le PNUD, le FNUAP, l’UNICEF, l’OMS, le FAO, l’Union Européenne,
l’Ambassade du Japon, etc.
3. Dans le cadre de l’amélioration des capacités de gestion
des ressources disponibles du Groupement
- Formation des membres du groupement sur les techniques de gestion
des ressources propres sur le plan social
- Participation des responsables du groupement pour des échanges
d’expériences en gestion des groupements dans le contexte de la
lutte contre la pauvreté, sur le plan africain
- Amélioration des conséquences des partenaires d’appui
technique local et cadre du projet d’appui dans les domaines de la promotion
et développement des organisations communautaires
4. Dans le cadre de la promotion de la santé familiale
- souscrire le groupement à une vacation médicale dans
le domaine des prestations de service suivants :
- consultations médicales gratuites
- visites à domicile
- conseil médico-social et sanitaire
- suivi pharmacie de proximité familiale
- appui médical aux enfants orphelins et femmes veuves
5. Dans le domaine de l’exploitation de la COOPAV (Coopérative
agricole vivrière)
- organisation des planteurs en dix groupements fermiers
- formation des groupements sur les techniques d’exploitation des fermes
agropastorales
- installation des groupements fermiers à crédit agricole
- création de quatre marchés hebdomadaires (un à
Sibut centre et trois à Ngoumbélé) pour écouler
et promouvoir la production alimentaire
- création de cinq magasins de Coopav dont deux à Bangui,
un Sibut, un Bambari et un à Bria
6. Dans le cadre de l’auto développement
- création de l’epargne – crédit communautaire pour faciliter
l’accès rapide aux crédits de développement
- mobilisation des ressources autonomes d’appui, aux initiatives locales
constituant l’épargne – crédit pour soutenir le développement
participatif durable
- un comité de gestion efficace et disponible pour une exploitation
juste et transparente des ressources autonomes locales
7. Dans le cadre d’appui aux enfants orphelins à Sibut
- recensement des orphelins à Sibut
- organisation des orphelins en groupements pour leur auto-prise en
charge
- formation des orphelins responsables sur les technologies d’auto
prise en charge
8. Dans le cadre du soutien aux femmes veuves
- Recensement des femmes veuves à Sibut
- organisation des femmes veuves en groupements pour leur auto-prise
en charge
- formation et intégration des veuves dans les tontines pour
leur auto-développement économique, social et culturel
9. Dans le cadre d’un centre de référence et d’accueil
des femmes
- un cadre idéal, adéquat et approprié pour les
rencontres, les concertations, les échanges d’idées, les
formations, les informations etc. pour la promotion économique et
social et culturelle des femmes.
POINT 5 : Réalisation et résultats obtenus
10. Dans le cadre d’un centre de la mobilisation et de l’organisation
des femmes
- un groupement dénommé « Groupement des femmes
d’action pour le développement de Sibut (G.F.A.D.S) créé
à Sibut
- un bureau exécutif élu en assemblée générale
assure le développement du groupement
- trois réseaux de dix tontines chacun implantés à
Sibut centre (un SOCADA, deux à Adramane)
- Trente tontines d’au moins cinq et au plus dix femmes sont mises
en place à travers les trois réseaux
- Cent cinquante femmes au moins, exerçant des activités
génératrices de revenu sont mobilisées à travers
les tontines
11. Dans le cadre d’un centre de la mobilisation des ressources locales
- Soixante neuf femmes ont déjà versé leurs frais
d’adhésion pour un montant global de 65 000 francs CFA
- Quarante sept femmes ont versé leur contribution spéciale,
fonds de caisse pour un montant global de 141 000 Francs CFA
- Cent tee shirts sont produits à 1500 francs CFA l’unité
dont quarante cinq sont vendus à 2000 francs l’un
12. Dans le cadre de l’initiation au système crédit
- Vingt un membres sont initiés à l’école du crédit
- Sept ont bénéficié de micro crédit de
5 000 francs CFA pour 100 francs CFA d’intérêt soit 700 francs
CFA d’intérêt global produits
- Quatorze ont bénéficié de micro-crédit
de 10000 francs CFA chacun pour 200 francs CFA d’intérêt,
soit 2800 francs CFA d’intérêt global produit
13. Dans le cadre du mécanisme d’entre aide entre les tontines
- Au moins 300 000 francs CFA de cotisations spéciales tontines
sont distribués aux femmes pour soutenir leurs activités
génératrices de revenus en attendant les subventions
14. Dans le cadre de l’identification des veuves
- Deux cent onze femmes sont recensées dont cent deux par le
réseau de tontine ADRAMANE, quatre douze par le réseau de
tontine de SOCADA et dix sept par le réseau de tontine MUSULMANE
des témoignages seront donnés
15. Dans le cadre de l’identification des enfants orphelins
- Cinq cent neuf enfants orphelins sont recensés dont trois
cent cinquante huit par le réseau ADRAMANE, cent soixante quatre
par le réseau SOCADA et Soixante dix sept par le réseau Musulmane.
Des témoignages vous seront livrés.
16. Dans le cadre de l’épargne crédit
- Un compte ressources propres est ouvert au crédit mutuel pour
la mobilisation et l’épargne des ressources initiales
Madame la Représentante Résidente
Honorables invités
Le programme est déjà amorcé à Dékoa
où un Bureau exécutif et quatre réseaux sont implantés
et à Ngoumbélé dans le cadre de la sensibilisation
des communautés
POINT 6 : Difficultés en vue
Pour que le schéma de la lutte contre la pauvreté et le
développement humain durable préconisé par les femmes
intègres de Sibut devienne un vaccin contre la pauvreté,
il faut le concours des partenaires d’appui pour le multiplier et le diffuser
partout où besoin sera.
Madame la Représentante Résidente
Honorables invités
Nous voudrions saisir cette occasion pour exprimer notre reconnaissance
au coordinateur des groupements, promoteur bénévole qui a
bien voulu se sacrifié pour nous encadrer.
Tous os hommages à votre endroit et à toute la délégation qui vous a suivi pour avoir accepté de venir à Sibut partager avec nous aujourd’hui, toutes nos peines.
Au nom du groupement G.F.A.D.S. et à mon nom propre, je vous remercie
Fait à Sibut le 23 octobre 1999
Le Bureau Exécutif