Colonel MARBOUA : T.T.N ou Soldat de Dieu.

Dr Félix YANDIA

La République Centrafricaine est un état laïque, c'est-à-dire indépendant des sentiments, des conceptions ou des organisations religieuses. Or ses dirigeants vampirisent le peuple au nom de Dieu. Assoiffés de sang, ces d’abord vrais faux fervents croyants pratiquants, Pasteurs, diacres ou Muezzins ne quittent pas leurs masques confectionnés sur mesure tout juste pour la parade : parler de Dieu au peuple d’agneaux pour mieux le massacrer et amasser et célébrer les joyaux kimberlites. Pire qu’à l’époque coloniale ! Cette fois, le religieux et le politique ne font qu’un et ce ne sont pas des colons venus d’ailleurs, mais des vrais fils du pays. Cynique ! Et c’est ainsi que nos dirigeants utilisent plus la Sainte Ecriture que le Droit dans ce pays, l’un des plus pauvres de la planète. Et c’est ce qui explique la barbarie de leur comportement, l’incohérence et l’inconsistance de leur propos aussi bien par rapport à la Sainte Ecriture qu’aux valeurs républicaines et démocratiques dont ils se réclament pourtant en espérant tromper l’opinion internationale. Sinon, comment expliquer au monde civilisé ce paradoxe centrafricain, ces errements ? Si ailleurs la foi soulève des montagnes, en Centrafrique la foi trop brandie de ses dirigeants soulève au contraire des montagnes de cadavres, aussi bien dans les hôpitaux que dans les quartiers et les villages et par balles, même pas perdues. D’abord, la mort dont parle la bible n’est pas celle dont parle notre Ministre, et c’est ce qui montre l’incongruité, la fausseté du fidèle Marboua. Les théologiens KNK ne diront pas le contraire.

Les déclarations sans honte du Colonel Mohamed Mahdi Marboua n’en sont qu’une illustration : «Et ce qui se passe sur le terrain, j’aura aimé faire un déplacement pour voir, parce que ce sont des parents qui sont en train de payer et courir dans la brousse, y en a qui sont tombés. Mais en tant que membre du gouvernement, je ne peux pas, je ne suis pas libre de mes mouvements (…) En tant que responsables religieux, nous devons chercher à sauvegarder la vie, les vies humaines… je suis coincé, je ne peux rien faire du tout qui puisse donner la mort à quelqu’un».

Marboua ne va quand même pas dire aux Centrafricains qu’il est « l’otage du général rebelle» et pas de la mangeoire. Et pourtant, donner la mort et surtout gratuitement, c’est ce qui se passe au quotidien dans le pays du ministre Marboua. Un pays qui n’a pas d’argent pour son développement, mais de l’argent pour acheter des armes et des munitions juste pour tuer ses propres fils et de nourrir les fabriquants et les marchands d’armes.

 Cette déclaration du Ministre Marboua, membre du gouvernement, publiée sur le site leconfident.com a le seul mérite de révéler au grand jour les réalités centrafricaines et le calvaire, le drame de la population civile, abandonnée à elle-même dans l’arrière pays, longtemps dénoncé par les organisations humanitaires et toujours nié par le gouvernement et les députés. Et surtout le mutisme du ministre de défense sur les exactions de l’armée sur la population civile et qui laisse au ministre de l’intérieur le soin de  communiquer sur les affaires purement militaires. Cynique ! Cette déclaration a aussi le mérite de faire comprendre aux Centrafricains qui souffrent le martyr, que pour rester à la fois à la mangeoire et dans sa famille, il suffit de servir l’opium au peuple. Le problème, c’est justement parce que le Ministre Marboua intervient d’abord comme originaire de l’Ouham-Pendé donc le plus ou le seul concerné par ces crimes d’Etat et non comme Ministre centrafricain qui prend position devant ces graves atteintes aux droits humains qui constituent le sport national du régime Bozizé. Et Mbaïkoua, Ministre des édifices publics, qu’attend t-il pour élever des monument aux morts, à la place des seuls édifices coloniaux en ruine dans le pays ? Tous les autres, ministres, députés dits de la Nation, avec leurs Présidents font semblant de ne pas savoir ce qui se passe dans leur pays, sous leurs yeux. Et les autres se taisent ou agissent pour plaire à Bozizé, en attendent leur tour dans l’espoir d’accéder à la mangeoire - ou de ne pas se faire massacrer ? C’est pour cela que la paix n’est pas pour demain. Bozizé n’est qu’une marionnette qui est en train de se mettre le couteau dans son propre ventre. Il ne sait pas ce qu’il fait, car hier encore l’Ouham et l’Ouham-Pendé étaient les régions jumelles à abattre, puisqu’à elles deux elles représentent une force « démocratique » au niveau national. Faut-il dessiner un général président pasteur céleste avec un kalachnikov sur la tête  pour mieux le comprendre, un Général bien armé ? Bozizé ne fait que le travail, rien que le travail avec la complicité des Centrafricains eux-mêmes, types Marboua, car devant un refus collectif, Bozizé ne serait pas ce qu’il est et surtout pas là où il est.

Et voila l’amalgame, digne d’un ministre de centre-à-fric, qui tue le pays, avec ses parades et incontournables convictions religieuses ostentatoirement mal affichées, mais aussi ses carences en convictions politiques et son inculture bien placardées sur les fondements de la République. La solidarité gouvernementale au nom de Dieu dans un état laïc, sans vendre son âme comme disait J.P. Ngoupandé alors que tout le monde a fini par savoir où et comment cette âme a été troquée. Hier c’était les Mandja avec l’affaire Sanzé, on n’a pas écouté Marboua, ni Jean Paul d’ailleurs, ni le Premier des Ministres. Aujourd’hui l’affaire Paoua et tout l’Ouham-Pendé et Mohamed Marboua, « coincé » entre la marmite et la peur, sort la bible mais pas le coran. Et demain …. ? Et puis d’où viendront le KNK où l’Unité Nationale et la modernité dans ce chaos consciencieusement et savamment orchestré ? Que fait le médiateur de la République ? Dieu qu’on évoque à tour de bras regarde t-il vraiment cette « race» d’homme politique? Même El Adji Marboua ne saura pas répondre à cette question, encore moins le diacre céleste, parce que Dieu lui-même, s’il existe, serait dépassé par leur cynisme. Des individus ont le droit d’avoir peur, mais quand ils incarnent des institutions, les intérêts de leurs concitoyens, de leur pays, la peur est interdite, c’est le droit rien que le droit qui prime dans un Etat laïque, dans un Etat de droit.

En effet l’homme Marboua est un militaire qui a appris le métier. Mais il connaît aussi Dieu qu’il craint par-dessus tout. Pour lui, il y a deux réactions possible face aux massacres organisés par Bozizé lui même, avec la complicité du gouvernement dont il fait partie et avec la complaisance de l’ensemble de la classe politique centrafricaine: démissionner et prendre les armes contre ses frères d’arme, les bourreaux des civils de l’Ouham et de l’Ouham-Pendé ou bien rester au Gouvernement. Et son choix est vite fait : rester au gouvernement, manger par solidarité, pour le meilleur et pour le pire. Pour non assistance à personne en danger et pour complicité de génocide au nom de cette solidarité gouvernementale, que dit Dieu le miséricordieux à tous ces diacres, pasteurs et surtout à ce Mahdi El Adji Mohamed Marboua qui nous gouvernent ?

Les Centrafricains en ont marre des rebellions et des crises militaires à répétition. Le Colonel Marboua peut simplement offrir, à Bozizé et à ses militaires, en plus des houes libyennes qui sont en train de rouiller sans le KNK, un coran dédicacé « Dieu a crée l’homme à son image ; tu ne tueras point ; tu aimeras ton prochain comme toi-même;  sous le régime Kolingba, on tuait, on incendiait les maisons dans mon village natal, je suis resté au gouvernement, ensuite j’ai servi le régime Patassé toujours comme Ministre » et leur dire de vive voix : non Mon Général ! C’est pas bien ce que vous faites ! Et de continuer de dilapider tranquillement le pays. Et Allah sera vraiment Grand !

 

Ce n’est pas la peine de laisser les organisations de défense des droits humains, les organisations humanitaires et la presse privée s’indigner devant vos œuvres et de vous enfermer dans votre galaxie pour poursuivre vos basses besognes. Cyniques ! Le contraste est flagrant et ne trompe personne. En attendant, Dieu omniprésent a vu le chateau acheté, en bord de Loire, au 522 rue du Paradis en Touraine (37), dans le centre de la France pour une offrande de seulement 366.000 Euros début 2005. Et puisque d’après les affabulations des célébrités centrafricaines, Bozizé aurait le soutien de ce côté-là pour mater, mater les ressortissants de certaines régions de son propre pays, la France serait-elle encore la Médina, terre promise pour Mohamed Marboua ? Qui peut croire un père de famille même «normal», sain d’esprit, qui exécute froidement ses propres enfants sous prétexte qu’il a le soutien, même d’un bienfaiteur étranger ? En tout cas, «Allah n’est pas obligé» d’aider les Centrafricains qui resteront le dondon de la farce et des négriers.

 

;Paris le 5 Mars 2006 , Dr Félix YANDIA