Coupure d’électricité à Bangui

 

Un phénomène normal ou une fatalité : par Jean-Pierre MARA

 

Pour la plupart des Banguissois, être privé d’électricité est un phénomène normal. Dans tous les arrondissements, on sait exactement à quelle heure l’électricité va être interrompue et donc les bougies sont toujours prêtes pour le cas ou on est plongé dans le noir. Pour les habitants du 4ème arrondissement  et voisins de Notre Dame d’Afrique ou du Commissariat, c’est le vrombissement du groupe électrogène du seul voisin entrepreneur du coin qui va donner l’impression que quelque part dans ce monde, il y a encore des humains qui ont l’électricité en ce moment précis.

 

Une telle coupure peut durer entre une et deux heures.

 

Toutes les thèses sont possibles: ainsi, on parle de l’état de délabrement des infrastructures de la société Energie Centrafricaine (ENERCA) qui datent de la colonisation. On parle aussi d’un groupe Electrogène acheté et installé dans les locaux proche du siège de ENERCA du temps de son célèbre Directeur Général Mr NADO alors nommé par Papa BOK. NADO fut relevé peu de temps après l’achat et la livraison du groupe électrogène qui n’a jamais été  mise en service depuis lors. Parfois, on parle aussi du barrage Boali II construit avec l’aide Chinoise dans une première phase. La deuxième phase de ce projet qui prévoyait l’installation des turbines n’a jamais été lancé pour cause d’embrouille politique entre le pays livreur et les politiciens Centrafricains de l’époque.

 

Enfin, parfois, on touche aussi les questions relatives à la gestion chaotique  des différents Directeurs Généraux qui ont dirigé cette institution depuis KOLINGBA.

 

Bref, quoiqu’on en dise, ENERCA est le seul fournisseur d’électricité donc en position de monopole. Dans ce contexte, il est très difficile de comprendre les difficultés rencontrées par le Centrafricain moyen qui rencontre des difficultés lorsqu’il demande une connexion pour une alimentation en électricité. Il en est de même pour les fréquentes coupures dont font frais les privilégiés Banguissois bénéficiaires de ce produit de Luxe qui est l’électricité en RCA.

 

En effet, qu’il s’agisse des difficultés rencontrés lors des démarches de connexion au réseau électrique de ENERCA ou qu’il s’agisse des fréquents coupures d’électricités vécues dans Bangui, rien n’est objet à fatalité. C’est l’homme qui en est responsable.

 

Le citoyen vivant à Bangui trouve cela peut-être normal pour la simple raison qu’il s’estime privilégié par rapport à ceux qui n’ont même pas la possibilité d’avoir une seule ampoule dans leur case ou maison. Le Citoyen Lambda pense que le courant c’est l’affaire des riches et des politiciens. Il pense qu’en RCA,  l’électricité ou le courant électrique reste l’affaire des gens qui font la politique.  Il accepte alors et subit  la fatalité. 

 

Mais quand la situation de fatalité devient nationale, c’est grave. Oui elle devient inconcevable pour l’observateur, lorsque la coupure touche un point sensible de notre intégrité républicaine.

 

En ce jour du Mercredi 9 Août 2006, les partis politiques, les diplomates en postes à Bangui, les dirigeants des entreprises de la place Banguissoise, la société civile Centrafricaine, les honorables députés et les membres du gouvernement sont convoqués par le Président de la République pour une Concertation sur la question qui divise le gouvernement et l’opposition Centrafricains.

C’est donc avec toute la CLASSE réunie au sein de l’Assemblée Nationale qu’il y a eu en pleine séance deux coupures d’électricité successives qui ont plongé l’Assemblée Nationale dans le noir absolue alors que le Président de la République était en pleine séance avec toute la nationale et les représentants des pays amis.

 

Cette situation vécu, il aurait fallu ne fut-ce qu’une condamnation des faits même si les dirigeants de ENERCA ne peuvent être tenus responsables de la situation.

 

Se taire équivaut à accepter cette situation or on ne peut pas l’accepter.

 

On ne peut pas accepter que le Président de la République soit dans un bâtiment public et il intervient une coupure d’électricité rendant possible un  attentat contre sa personne ou contre la personne de ceux des diplomates étrangers.

 

Cette fatalité est inacceptable Tout comme il est inacceptable qu’il n y ai eu de débat sur ce scandale.

 

Dans d’autres pays, le DG de ENERCA aurait démissionné de lui même.

Dans d’autres pays, les parlementaires auraient demandé son limogeage.

Dans d’autres pays le Président de la République aurait déposé le Directeur Général de l’ENERCA pour ne pas perdre la face devant les diplomates étrangers.

 

Mais en RCA, c’est normal ; Et puisque le gouvernement, les parlementaires et les Hommes d’affaires trouvent que les coupures d’électricité sont normales.

 

Quelles sont perturbations sur le réseau électrique :

Coupure complète de tension: ceci provient généralement d'une panne de l'installation du fournisseur électrique.

 

Sur-tension, la tension du réseau est supérieure à la tension nominale des alimentations(pensez aux diodes d'entrées). Ceci est spécifiques aux installations proches des cabines électriques "haute tension". Même si cela n'est par forcément dangereux pour les installations informatiques, elles provoquent des contraintes des composants électroniques de l'alimentation qui, à terme, la mettent en panne.

 

Sous-tension, la tension est inférieure à celle pour laquelle les alimentations sont conçues et l'alimentation ne sait plus fournir une tension suffisante en sortie. Ceci est généralement provoqué par une augmentation soudaine de la consommation électrique sur le réseau par le démarrage de dispositifs électriques lourds: moteurs, compresseurs, ascenseurs.

 

Transitoires. Ces transitoires sont des signaux parasites transitant en même temps que le signal électrique de base.

 

Micro coupures. Coupures du signal électrique pendant quelques milli-secondes.

 

Pics de tensions: sur-tensions de durée très faible (moins de 1/120 seconde), mais d'intensité pouvant atteindre 4000 V et plus. Elles sont provoquées par l'arrêt de différentes machines de fortes puissances (climatiseurs, électroménager, ...) qui dissipent la tension excédentaire sur le réseau. Ici aussi, on assiste à une usure des composants électroniques

 

Foudre. Une sur-tension brusque et importante. La foudre vient de ..., sur le réseau électrique et sur le réseau téléphonique. La troisième source de foudre remonte de la terre et là, vous ne pouvez quasiment rien faire, aucune protection efficace n'existe réellement même si cela représente moins de 1% des cas. Ces remontées vers de la terre sont souvent localisée dans la même zone (un quartier par exemple).

 

Délestage :  http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9lestage_%C3%A9lectrique

Dans un réseau électrique, le délestage consiste à stopper volontairement l'approvisionnement d'un ou de plusieurs consommateurs pour rétablir rapidement l'équilibre entre la production et la consommation du réseau. Il s'agit d'une mesure de sauvegarde destinée à éviter les risques d'effondrement en tension ou en fréquence qui pourraient entraîner la coupure de la totalité d'un sous-réseau. Il existe trois types de délestage:

- sur ordre, en fonction des heures de pointe de consommation;

- sur comptage de l'énergie, en mesurant la moyenne de la puissance consommée en 10 secondes comparée à la puissance souscrite (tarif vert) sur seuil de puissance et/ou de courant: dès qu'un seuil est dépassé, un relais de délestage coupe les départs non prioritaires

 

 

Quelle solution ?

 

Tout d’abord, il faut sortir du complexe consistant à considérer l’électricité comme un produit de Luxe destiné seulement aux habitants de Bangui.

Pour l’insuffisance d’électricité, la solution réside en définitive dans la réforme structurelle et la rupture du monopole, afin de laisser la demande du marché décider la construction des installations d’électricité.

 

L’insuffisance d’électricité s’atténuera  seulement si plus d’un barrage existe ou alors si le réseau électrique Centrafrique est reconstruit pour permettre une interconnexion avec les réseaux Camerounais et Congolais

 

En ajustant le réseau, on peut s’imaginer qu’il y aura moins de problème de transport et de distribution et donc de délestages

 

Quel est le fond du problème :

Aujourd’hui, il n’y a réellement aucune technique de conservation de l’Energie électrique, ce qui veut dire que si on produit l’électricité, il faut le consommer. Ceci implique que si les turbines sont installés à Boali II pour doubler la capacité en Energie électrique, il faut bien transporter cette énergie de Boali et le distribuer dans les grandes villes de la RCA et non se limiter seulement à Bangui.

 

La réforme structurelle d’électricité

Pour résoudre la pénurie d’électricité, il faut résoudre le problème du réseau de transport et de distribution. Ensuite, il faut modifier la politique de commercialisation et  vulgariser l’utilisation en intensifiant les investissements dans la construction des branchements des ménages et moderniser les installations de centrale de transformation électrique. La plupart de ces travaux peuvent être entrepris à la demande régionale, mais son initiation est politique

 

Or lorsque toute la classe subit et accepte les coupures d ‘électricité comme une fatalité, ce n’est pas l’occident qui viendra leur proposer une solution qui ne les intéresse pas.

 

Dans d’autres pays, les parlementaires obligerait le Président de la République à revoir sa politique de nominations aux poste stratégiques notamment ceux des responsables à la charges des infrastructures.

Or en RCA, et ceci depuis tous les gouvernants qui ont succéder à BOKASSA, nos infrastructures Routières, Télécommunication, Electriques, Aérogares, Gare Routières pourrissent alors que la sécurité nationale en dépend

 

Jean-Pierre MARA

Paris, France