CENTRAFRICAINES,
CENTRAFRICAINS
Il est des moments dans la vie d’une personne, d’une
communauté, d’un peuple où s’opèrent les choix décisifs qui engageront à jamais
leur destin.
Avec les présentes élections, présidentielles et
législatives groupées, nous sommes confrontés à l’un de ces moments héroïques
et forts.
En effet, par votre suffrage, vous déterminerez les
modalités de la nécessaire reconstruction de notre pays meurtri, par plusieurs
années de crise et celles de son intégration dans une Afrique
renaissante ; mais aussi et fondamentalement, vous déterminez celles de
son insertion dans cette unique civilisation planétaire qui se déploie sous
nos yeux avec le processus de mondialisation
et de globalisation.
Par votre suffrage, vous donnerez donc les réponses à
ces trois (3) défis majeurs qui conditionnent le Centrafrique, l’Afrique, et le
Monde que nous aurons à léguer à nos enfants et petits enfants.
Pour ce faire, vous avez été et serez encore
sollicités de toutes parts :
q
Certains, par crainte de perdre leurs privilèges
actuels, agiteront devant vous le spectre de la peur, espérant ainsi vous
livrer à son réflexe habituel : le repli sur le clan, la tribu, l’ethnie,
ou tout simplement sur soi – même. Mais en y cherchant la sécurité à tout prix
vous risquerez fort de faire le lit du démon de la dictature et de la guerre.
q
Pour acquérir des privilèges et immunités, les
professionnels de la démagogie et affairistes de tout poil, quant à eux
tenteront de vous persuader, en dénonçant
pêle-mêle les désordres existants, les hommes politiques ou les
intellectuels, que seul est digne d’intérêts le chapelet de bonnes intentions
sans cohérence aucune qu’ils vous égrèneront.
En vous laissant séduire par l’esprit d’aventure, vous
risquez fort de faire le lit du démon de l’anarchie et du chaos.
Filles et fils de Centrafrique, frères et sœurs,
chers cadets,
Pareille alternative, d’anarchie ou de dictature, de
repli ou d’aventure, est inacceptable, car se sont deux (2) manières d’avilir
et d’opprimer la personne humaine.
Pour y faire face, il n’est pas d’autre issue,
croyez-moi, que
o
d’affronter courageusement les obstacles, à la
liberté, à la justice, au progrès,
o
d’inventer et
de promouvoir de nouvelles formes de relations sociales, empreintes de tolérance, bienveillance, et de
solidarité,
o
D’avancer tous
ensemble et résolument, vers un
changement d’avenir, un changement de vie avec une vision claire du lendemain que nous souhaitons.
Et c’est tout là le sens de ma candidature aux
présentes élections présidentielles.
Peuple Centrafricain !
La Transition Consensuelle qui s’achève a été le fruit d’une lutte victorieuse de
libération nationale fondée sur la conjonction de forces politiques, militaires
et civiles.
Elles étaient toutes décidées à briser un régime
dictatorial qui ne se souciait ni du sang versé, ni des chairs violées.
Par la suite, « certains » ont voulu
s’approprier à eux seuls la victoire et réécrire l’histoire en oubliant la
contribution, parfois anonyme, mais essentielle, de nombreux
compatriotes :
On ne reconstruit pas la vérité historique avec des
morceaux de mensonges et une absolution.
Cela dit, il convient de se rappeler que la grande
manifestation organisée le 28 mars 2003 a offert une légitimité populaire aux
nouvelles autorités permettant ainsi de s’attaquer en toute confiance aux
problèmes minant le pays.
Elle n’était pas un blanc – seing pour s’affranchir
des lois, s’isoler dans un système de faveurs et de bons plaisirs.
C’est pourquoi, nommé Premier Ministre, j’ai jugé
nécessaire d’ouvrir la page d’une véritable révolution démocratique avec la
pleine conscience que si le mot pouvait faire peur, de nombreux compatriotes
souhaitaient la chose.
Cette révolution démocratique signifiait en un sens
socio-économique un nouveau mode de répartition des pouvoirs, des richesses et
des mérites relativement favorables au plus grand nombre.
Je suis fier de ce qu’avec mes Ministres, nous avons
pu accomplir en huit mois et demi de Gouvernement pour aller dans cette
direction.
J’en avais déjà parlé de manière succincte à
l’occasion de la cérémonie de mon départ de la Primature.
…
Devenu Vice – Président de la République et, dans la
réserve qui sied à la fonction, je me suis attaché à tout faire pour que soient
préservés les droits et libertés chèrement acquis pour déboucher sur l’exercice
d’un pouvoir représentatif désigné par élections.
Aujourd’hui, la transition se referme avec ses hommes
et ses institutions.
Nous devons écrire une nouvelle page de l’histoire de
notre nation, et pour ce faire
q
parachever la libération nationale
q
poursuivre la révolution démocratique
q
amorcer et réaliser la véritable évolution
sociale : l’émancipation du
peuple tout entier.
Pour aborder cette nouvelle phase, il n’est pas
fortuit de faire un bilan de la situation finissante, de revoir l’héritage de
quatre (4) décennies d’indépendance.
Et croyez-moi, c’est avec une profonde amertume que
je voudrais l’évoquer en quelques mots.
L’évidence aujourd’hui, c’est que notre pays est
tombé bien bas.
Entre les années 1990 et 2000, l’indicateur de
développement humain pour la République Centrafricaine est resté
inchangé :
Classée au 154ème rang sur 174 pays en
1995, elle a régressé au 165ème
rang depuis 1996.
Ainsi, notre pays se voit relégué dans le peloton de
queue, parmi les dix (10) pays les plus pauvres de la planète.
Sept (7) centrafricains sur dix (10) se retrouvent en
dessous du seuil de pauvreté, fixé au niveau international à 1 dollar américain
par jour.
De nombreux compatriotes n’ont pas accès aux services
de santé.
La possibilité d’être examiné par un médecin reste
faible d’autant plus que la plupart d’entre eux exercent à Bangui.
Le taux de scolarisation, qui était de 37 % en 1994
est tombé à 24 % en 1999, niveau plus bas que celui de l’année de
l’Indépendance du pays.
Près de 60 %
des enfants de 6 à 11 ans ne sont pas scolarisés en raison de l’insuffisance du
dispositif scolaire et du manque de personnel enseignant.
La situation désastreuse des systèmes sanitaire et
éducatif, sans conteste, procède de la faiblesse chronique des ressources de l’Etat.
Nous avons un budget qui atteint péniblement les 60
milliards de francs CFA alors que bien des pays d’Afrique qui étaient hier loin
derrière nous au moment de l’Indépendance, ont aujourd’hui des budgets
avoisinant les 300 milliards de francs CFA l’an.
En réalité, la gestion laxiste et opaque des finances
publiques reste l’une des causes fondamentales des crises à répétition, que
traverse le pays depuis plusieurs années.
Elle n’a pas permis l’amorce d’une véritable relance
économique pour l’amélioration des conditions de vie de nos populations.
On a pu souligner que la gestion opaque du patrimoine
de l’Etat et l’affairisme des dirigeants politiques au plus haut niveau,
handicapait le pouvoir de l’Etat.
De fait, les Institutions de la République sont
affaiblies, créant ainsi des conditions favorables à la criminalisation de
l’Etat.
Le Centrafricain n’a d’ailleurs plus confiance en la
justice de son pays du fait de son faible rendement.
Un climat permanent d’insécurité et d’instabilité
s’est installé depuis plusieurs années.
Le pays connaît une criminalité multiforme allant des
vols simples aux vols à mains armées auxquelles il faut ajouter le phénomène
des coupeurs de route dans l’arrière pays.
C’est dans ce contexte que de plus en plus les
valeurs triomphantes sont devenues celles du clientélisme, de la délation, du
tribalisme et de la corruption, comme si le pays était aspiré sur tous les
plans dans un gouffre sans fond.
Très chers
Compatriotes
Sachez-le, nous ne sommes pas condamnés à subir
l’évolution vers une clochardisation sans retour.
Il est plus que temps de nous investir, ensemble,
dans l’inversion de cette tendance, en montrant à la face du monde notre
capacité propre à édifier un Centrafrique nouveau, notre capacité propre à
prendre en main notre destin en nous appuyant sur des femmes et des hommes
pourvus de l’expérience, de la sagesse, et de l’autorité nécessaire à la
conduite responsable des affaires de l’Etat.
Ensemble, il nous faut remettre la personne humaine
au cœur du choix de société, de civilisation, remettre chaque personne en état
de pouvoir vivre comme personne humaine pour ainsi sécher les pleurs les
larmes, et souffrances du centrafricain.
Ensemble, il nous faut remettre le Centrafrique en (ordre de) marche pour ainsi
développer le pays en valorisant son
fabuleux potentiel de richesses.
Aussi est-ce pour répondre à ces attentes que j’ai
ancré vos espérances dans une démarche cohérente faite
-
d’une perspective : l’éradication de la
pauvreté ;
-
d’une méthode : l’application rigoureuse des
principes de bonne gouvernance ;
-
d’une exigence : l’établissement résolu d’une
paix durable.
Cette démarche, à mon sens, dessine un Centrafrique
pour tous.
LA PAIX ?
Elle n’a pas le même contenu selon la bouche qui
prononce le mot :
-
les partisans de l’autoritarisme ne la conçoivent que
comme paix du désert et des tombeaux
-
la plupart de nos concitoyens l’imaginent simplement
comme absence de guerre armée ou de sang versé
Je me refuse à donner le nom de paix à un monde du
silence couvrant la haine, les rancœurs et les ambitions les plus viles.
Comme l’affirmait remarquablement en son temps le Pape
Pie XI : ‘’il faut une paix qui pénètre et apaise les
esprits, les incline et les forme à une bienveillance fraternelle…’’.
Cette paix là, dont l’assise première est la JUSTICE,
exige des réponses claires au plan moral et socio–économique, tout autant qu’au
plan diplomatique et militaire.
C’est pour l’établir durablement que je frapperai au
cœur le désordre et l’injustice qui se nourrissent de l’intolérance et de la
discrimination.
Cette action commande d’abord un désarmement général,
progressif, contrôlé, et la réalisation du Programme DDR des Ex - Combattants
(…)
Afin de garantir la sécurité intérieure et aux
frontières, la Force Publique sera réhabilitée et redéployée territorialement
en assurant la restructuration des FACA, la réadaptation de la Gendarmerie et
la modernisation de la Police.
(…)
Le deuxième axe de mon action pour l’établissement
d’une paix durable visera à l’effondrement de l’Etat patrimonial au profit d’un
véritable Etat de droit :
En renforçant la lutte contre la corruption,
l’impunité et la délinquance mafieuse, je m’attacherai à rétablir la confiance
de nos partenaires extérieurs et des citoyens vis à vis des décideurs publics.
L’assainissement résolu de l’Administration dans ses
composantes Finances Publiques, Fonction Publique, Biens et Marchés Publics, en
sera le facteur – clé qui s’appuiera sur la promotion de l’éthique et du
professionnalisme.
Le dernier axe de mon action sera la promotion d’une
véritable éthique de paix pour appeler chacun à réaliser un citoyen nouveau,
une communauté nouvelle.
·
la réhabilitation de la culture et de la
communication
·
la rénovation de la politique du sport et des loisirs
·
la restauration d’une diplomatie active
seront les vecteurs et le ferment du raffermissement
de la nécessaire réconciliation entre nous mais aussi avec nos amis extérieurs.
Parce que la conduite des affaires d’un Etat est une affaire trop
sérieuse pour être abandonnée aux appréciations et émotions subjectives, il
importe qu’un postulant à la Magistrature suprême définisse clairement les principes (ou les critères d’évaluation)
de son action.
En désignant la Bonne Gouvernance comme méthode, j’entends veiller à la
stricte application de ses sept (7) principes pour redonner vie à la devise de
notre République qui elle même peine à en transmettre le sens.
Je prends donc ici et maintenant, solennellement et devant vous, trois (03) engagements
essentiels en la matière.
Je reste convaincu qu’au sortir
des périodes de partis uniques, nous n’avons pas su ou voulu organiser
le pluralisme nécessaire à la cohésion sociale, à organiser la coexistence
entre communautés.
Cela explique à mon sens que l’unité nationale ait été à maintes
reprises soumise à rudes épreuves. Je discerne donc ici plusieurs progrès nécessaires à traduire en objectifs
opérationnels pour asseoir la Bonne Gouvernance :
- l’exercice indépendant de la justice, notamment l’indépendance du
juge vis à vis des pouvoirs et de l’argent, du rang ou du sang ;
- la formation indépendante de l’opinion, notamment par l’accès des citoyens à des sources d’information, de connaissances, de science, indépendantes de l’Etat ;
-
L’organisation des
rapports et des tensions entre l’Administration et les citoyens, notamment par
l’institution de Médiations ;
-
Le contrôle véritable
et efficace des gouvernants par un Parlement aux capacités renforcées ;
-
La garantie de la
liberté constitutionnelle d’aller et
venir.
Elle m’impose l’impératif catégorique de rechercher la possibilité pour tous, c’est à dire plus exactement pour chacun, de devenir pleinement homme à savoir pleinement une personne humaine éminemment digne.
En ce sens,
-
La formation intensive
de notre jeunesse pour relever les défis du futur;
-
L’émancipation de la
femme dans le cadre du concept genre ;
-
La responsabilisation
des Autorités locales représentatives et élues dans un cadre décentralisé
;
-
Le renforcement des
capacités des organisations de solidarité et de protection des Droits de
l’Homme ;
-
la dynamisation des
organisations professionnelles
m’apparaissent comme des
processus par lesquels les citoyens et les divers groupes, de manière
efficace, exprimeront leurs intérêts, exerceront leurs droits juridiques et
assumeront leurs obligations pour recouvrir leur dignité.
Je prends donc ici mon deuxième engagement de rendre la dignité
concrète.
Mon troisième engagement sera de rendre le travail
décent.
Bien sur, le souci de beaucoup de nos compatriotes,
surtout parmi les jeunes, est de trouver du travail.
C’est aussi un de mes soucis majeurs qu’il soit
interdit à de millions d’êtres alors qu’il est un moyen fondamental de
s’assurer une subsistance.
L’examen de la situation qui lui est faite et des
changements à accomplir doit conduire à définir une vraie politique en
la matière à l’occasion de la tenue d’Etats Généraux.
Pour ma part, je suis déterminé :
-
à garantir un revenu décent, notamment aux
fonctionnaires, aux salariés du secteur privé, aux paysans et producteurs
directs ;
-
à agir pour l’emploi et la formation
professionnelle ;
-
à défendre la protection sociale et restructurer le
système de prévoyance sociale ;
-
à renforcer le dialogue social
tripartite[Gouvernement, Employeurs et Travailleurs] ;
-
à rénover et faire respecter la législation du
travail.
Je vous ai parlé de mon exigence : la Paix.
Je vous ai parlé de méthode : la Bonne
Gouvernance.
Je voudrais à présent vous entretenir de ma
perspective :
L’ERADICATION DE LA PAUVRETE
Aujourd’hui, dans de nombreux Etats, mais
particulièrement en Centrafrique, la pauvreté se répand de manière
dramatique et affecte de nombreuses franges de notre population.
Fléau aux multiples visages, elle s’illustre de
façon angoissante par l’ampleur de la malnutrition, la dégradation de l’état de
santé due particulièrement aux ravages du SIDA et du paludisme, la progression
inquiétante de l’analphabétisme et de l’illettrisme, le défaut de logement et d’environnement salubres, etc.
Les groupes les plus vulnérables, en particulier les
femmes, les enfants et les personnes âgées sont le plus gravement affectés.
Dans l’ensemble, la pauvreté représente une menace
pour la société elle-même et pour son développement. C’est pourquoi nous devons
à moyen terme tout mettre en œuvre pour l’éradiquer.
J’ai l’intime conviction que seule une démarche de
pensée combattante peut traduire le nécessaire effort collectif permettant
l’évolution sinon, l’émancipation sociale des populations.
Elle appelle la formation des masses et de
l’opinion publique, appuyée sur une mobilisation par des élites dotées d’une
grande capacité d’animation et de dynamisation.
C’est l’enjeu de notre politique économique, sociale
et financière.
Le premier volet de cette politique consiste à mettre
en œuvre une gestion macro économique rigoureuse et des reformes structurelles
vigoureuses au service de l’entreprise et du secteur privé.
En ligne avec la stratégie de développement global
endogène et intégré, orientée vers une forte augmentation de la productivité,
je m’attacherai dans un deuxième volet à valoriser les richesses de la Nation
par :
-
La réalisation de l’autosuffisance alimentaire et la
réorganisation du système productif ;
-
Le désenclavement et la promotion des exportations ;
-
L’amorce de l’industrialisation dans le cadre de
l’intégration régionale.
Enfin, le troisième volet de cette politique portera
sur la décentralisation d’un certain nombre d’activités vers les régions.
Cinq [5] programmes régionaux de développement rural
intégré seront mis en œuvre
comprenant :
·
Le programme des zones forestières et caféières du
sud ouest et de centre sud ;
·
Le programme des zones de savanes vivrières et
pastorales du centre sud ;
·
Le programme
de développement des savanes cotonnières et pastorales du Nord Ouest et du
centre ;
·
Le programme de développement des savanes
cynégétiques et touristiques du Nord et du Nord – Est ;
·
Le programme de développement des zones périurbaines.
PAIX,
BONNE GOUVERNANCE,
ERADICATION DE LA PAUVRETE :
Ces orientations que je fixe pour la politique de la
nation se traduiront dans le programme d’action du Gouvernement que vous me
donnerez.
Il aura à cœur de les mettre en œuvre.
Aussi, est – ce pour aller vers ce changement radical
de votre vie quotidienne, vers ce changement radical de votre avenir que je
vous convie à vous rassembler dés le
1er tour sur ma candidature et celle des députés de mon Parti, le Front
Patriotique pour le Progrès ( FPP).
Le rassemblement que je propose ne sera pas celui de
la confusion, de la haine, ou de l’illusion.
J’ai la ferme conviction que vous agirez en votant
non pas en fonction de la situation qui est mouvante, mais en fonction de la
capacité que vous prêterez aux candidats d’affronter les défis de demain.
§
Je ne serai pas le Président qui vient pour voler et
s’enrichir
§
Je ne serai pas le Président qui vient pour tuer et
terroriser
§
Je ne serai pas le Président qui vient pour tromper
et mentir
§
Je ne serai pas le Président qui vient pour diviser et rejeter.
Je
vous ai dit ce que je ferai.
Vous
savez que je le ferai réellement.
Je
compte sur vous pour que vive la République Centrafricaine,
Vive le Peuple Centrafricain.
Je vous remercie.