Déclaration
des ONG de défense et de promotion des Droits de l’Homme sur les graves
atteintes aux droits de l’homme perpétrées à Paoua.
Fait à BANGUI le 5 Mars
2006
Les
ONG des Droits de l’Homme avaient déjà dénoncé avec précision dans leur déclaration
du 5 Janvier 2006 les exactions et massacres subis par les populations des
préfectures de l’OUHAM et de l’OUHAM-PENDE
perpétrés par les éléments de la
sécurité présidentielle sous le commandement du Lieutenant Eugène NGAÏKOÏSSE
notamment à BOSSANGOA, NANGA-BOGUILA et MARKOUNDA.
Elles
avaient en son temps attiré l’attention des autorités sur la situation, estimant
qu’elle pouvait s’aggraver si aucune mesure n’était prise pour y remédier dans
les meilleurs délais.
Malheureusement,
comme d’habitude, rien n’a été fait. Les ONG des droits de l’homme seront
ensuite alertées des tueries et exactions commises par ces éléments dans la
ville de Paoua.
Le
29 Janvier 2006, la ville de Paoua aurait été l’objet
d’une attaque par « des éléments armés non identifiés ».
En
riposte à cette attaque et prenant prétexte de lutter contre les assaillants, l’Armée Centrafricaine va
engager plusieurs opérations en représailles contre les populations civiles de
PAOUA soupçonnées d’entretenir ou de soutenir une rébellion armée dont le
Gouvernement a pourtant toujours nié l’existence en la désignant par la
périphrase de « bande armée non identifiée ».
De
sources dignes de foi venant de personnes ou organisations ayant pu se rendre
sur les lieux, toutes les autorités de la localité sont considérées comme des opposants
au régime actuel et celles qui n’ont pu s’enfuir sont systématiquement tuées.
Environ
1200 maisons ont été brûlées par la sécurité présidentielle et 6000 personnes
vivent dans la brousse sans compter les fuites massives des populations de la
zone vers la ville de GORE au sud du Tchad où le nombre de réfugiés Centrafricains
a sensiblement augmenté selon les Agences spécialisées des Nations Unies,
confirment ainsi la gravité de la situation même s’il n’existe pas encore de
certitude sur le nombre de personnes de toutes catégories sociales non belligérantes
tuées, ( enseignants, élèves, chefs de village, paysans, etc
), le
chiffre avancé étant de l’ordre de la centaine d’où la nécessité impérieuse
d’ une enquête à confier à une
organisation indépendante de l’Etat.
En
conséquence, les ONG des Droits de l’Homme soussignées :
-
Rappellent leur ferme opposition à toute conquête ou tentative de conquête du pouvoir
par la force ;
-
Rappellent que les populations centrafricaines meurtries par les crises militaro-politiques
n’aspirent qu’à vivre en paix. Elles n’ont pas besoin d’une rébellion armée de
plus mais plutôt d’une lutte contre la pauvreté pour leur développement.
-
Condamnent de ce fait les agissements des personnes engagées dans une
quelconque
rébellion qui exposent inutilement les populations ;
-
Condamnent les exactions et massacres perpétrés à l’encontre des populations civiles
de la ville de Paoua et des villages environnants des
préfectures de l’OUHAM et de L’OUHAM-PENDE.
-
Exigent qu’une enquête internationale urgente soit menée, par exemple par la Fédération Internationale des Ligues des
Droits de l’Homme « FIDH » pour faire la lumière sur les exactions et tueries,
leur ampleur et leurs auteurs;
-Demandent
au Procureur près la Cour Pénale Internationale ( CPI)
compte tenu de l’incapacité de l’Etat Centrafricain de mener véritablement à
bien une enquête et des poursuites , d’ouvrir sans tarder une enquête sur les évènements
décriés conformément aux dispositions
des articles 17, 53 et 54 des Statuts de Rome de la Cour Pénale
Internationale
(CPI)
auxquels la RCA est partie.
-Attirent l’attention de l’opinion nationale et de la
communauté internationale sur le risque d’une grave crise humanitaire en
Centrafrique que comporte tout retard dans l’ouverture d’une enquête par le
Procureur près la Cour Pénale Internationale. Ce retard sera considéré par les
auteurs des violations des droits de l’homme en Centrafrique comme un
encouragement à l’impunité déjà consacrée par l’Etat Centrafricain.
Fait
à BANGUI le 5 Mars 2006
Action
des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture et de la Peine de Mort «
ACAT/RCA
» Me Guy DANGAVO
Association
des Femmes Juristes de Centrafrique « AFJC »
Me
Marie Edith DOUZIMA LAWSON
Ligue
Centrafricaine des Droits de l’Homme “LCDH”
Mr
Justin NDJAPOU
Mouvement
pour la Défense des Droits de l’Homme et d’Action Humanitaire « MDDH »
Mr
Adolphe NGOUYOMBO
Observatoire
Centrafricain des Droits de l’Homme « OCDH »
Me Mathias Barthélemy MOROUBA