Le crépuscule des "libérateurs"
par Franck Saragba
Au crépuscule des "libérateurs"
sonne le glas d’un fatal dessein. L’horizon
déjà ocre-rouge d’une libération
combien aventureuse vire à jamais en une couleur noire cauchemardesque aux
relents macabres. La boucle a failli être bouclée d’une histoire sans reflet
par une horde venue du nord pour ainsi rappeler au soldat Deby les mêmes
chemins qu’il avait empruntés voilà
quelques dix-huit années. Si et seulement si la quatrième puissance économique
et militaire du monde ne s’était pas
immiscée directement pour la
énième fois pour sauver le soldat DEBY et indirectement BOZIZE, le monde aurait
assisté silencieux au « remake » d’un film qui ne fait plus rire
personne. Sûrement pas la population
civile du Tchad et par ricochet celle de
la vassalité de Centrafrique.
La condamnation par pure forme pour apaiser les esprits d’une part,
par la très décevante Union Africaine(U.A) et d’autre part, par la très
partiale organisation des Nations-unies (ONU) aurait été la démarche
coutumière. Il en a été ainsi de l’accession des soldats DEBY, SASSOU, BOZIZE à
la magistrature suprême par la seule force de leur biceps avec évidemment le soutien d’une certaine France en contradiction flagrante avec les idéaux des révolutionnaires
de 1789. Au point de se demander pourquoi cela n’arrive-t-il que dans les
anciennes colonies françaises ?
L’on se demande pour combien de temps encore la « patrie des droits de l’homme et du citoyens»
continuera t-elle à sauver ces dictateurs d’une époque révolue sans leur
imposer une pratique acceptable de la politique à défaut du respect de la vie
humaine, au risque de se mettre à dos complètement et définitivement une
jeunesse africaine jusqu’alors pacifiste et malgré tout pro-français.
La rupture avec la « françafrique » que
préconisait Nicolas SARKOZY lors de sa campagne
tarde à venir. Ce n’était donc qu’un bavardage de campagne électorale et
rien d’autre !Concomitamment à la tentative de la prise de pouvoir au Tchad, la
vraie nature de l’acte et des travers d’une histoire
politico-militaro-rocambolesque qui
avait été posé le 15 mars 2003 en Centrafrique, perçue en son temps,
condamné par les plus avertis d’entres-nous, apparait aujourd’hui au grand jour.
Même les plus aveuglés ont fini par
comprendre ce dont la nation centrafricaine est malheureusement la victime
expiatoire.Intrinsèquement violente par
leur nature même, les régimes issus des coups d’état s’en
retourneront à la violence ou finiront
par la violence dont ils sont l’émanation de la substantielle matière.
Si l’on ne peut changer sa véritable
nature, on peut toutefois se racheter
une conduite, or de cela, il n’en est rien. Pourtant les occasions ne manquent
pas.En commençant par le respect pur et simple de la constitution,
du droit légitime des partis de
l’opposition à s’opposer et à prétendre assumer une alternative, du
respect des droits élémentaires et fondamentaux du citoyen par les gouvernants.
Ce qui
du coup annihilerait la raison d’être d’un dialogue inclusif réclamé à
cor et à cri. Ce n’est pas faire du pléonasme mais tout simplement rappeler à
ceux qui l’auraient oublié que nul ne peut aller à l’encontre non pas des lois
et des règles concoctées et définies par l’homme selon ses convenances comme par
exemple le fait de retoucher arbitrairement à la constitution mais celles qui
sont inscrites et qui sont immanentes à chaque créature.
Ainsi, il en va de la problématique
existentielle, fut- elle en matière politique ou bien d’actes libérateurs.A
chaque fois que le régime du Tchad est menacé, c’est celui du Centrafrique qui
est en émoi et qui tremble au point qu’une marche de soutien au soldat DEBY
avait été organisée à Bangui sans une autorisation officielle quelconque.
Naïvement ou plutôt benoîtement oserions-nous
parler encore d’un Etat souverain en Centrafrique ?
L’indépendance est-elle vraiment
effective en Centrafrique ? Qu’en pensent réellement et sincèrement les «
libérateurs » entres -eux ? Eux qui se
disent des vraies patriotes ? En discutent-ils ? Comment envisagent-ils la fin
? Sont-ils prêts à éliminer physiquement tous leurs frères centrafricains qui
ne sont pas d’accord avec eux ? Préfèrent-ils
écouter les mensonges de tous ces étrangers qui viennent nous monter les
uns contre les autres ? Ces pompiers pyromanes
qui ne vivent que du désordre des autres et qui se sauvent à la première
occasion venue pour nous laisser faire ce sale
travail qui consiste à nous éliminer les uns, les autres ?
A moins que ce soit la solution finale qui
est en train de se préparer et qui nous est proposée par le recrutement de
millier de miliciens ? Les libérateurs doivent cesser leurs manœuvres de
destruction nationale et renouer avec le dialogue. Il n’y a que le dialogue qui
vaille. Les armes doivent se taire et se taire définitivement en Centrafrique.
La solution politique doit primer. S’il
nous semble que la fonction première d’un parti politique ou d’un groupe
politico militaire est la quête du pouvoir, il n’en demeure pas moins que l’une
des fonctions tribunitiennes d’une organisation dite politique demeure la
formation et l’éducation des militants, par extension du peuple par lequel il a
reçu mandat ou dont il se réclame
abusivement … par la force.
Les « libérateurs » devenus, dans le sens
de la « res-publica ou la chose
publique», les dépositaires de l’autorité publique par la force des
choses s’arrogent et déforment le sens noble et vertueux de la libération comme
ce fut le cas dans d’autres pays. Nul ne doute qu’au-delà des dégâts
collatéraux causés ici et là, le mot « libérateurs » au crépuscule de leur
règne se confond désormais avec famille,
clan, affairisme, violence, mal gouvernance.