Contre la vie chère et la famine en RCA

 

Par Jean-Pierre MARA

 

En République Centrafricaine, les régimes constitués de hauts cadres de l’enseignement ont paradoxalement contribué au déclin du système de formation scolaire et universitaire par l’instauration des mesures d’austérité dans l’enseignement et le durcissement des conditions d’admission en classe supérieure. Sous certains de ces régimes, les conditions d’attribution des bourses nationales et de coopération ont été modifiées ou durcies. A cela s’ajoutaient les difficultés structurelles de fonctionnement au grand dam des étudiants issus des milieux ruraux, des familles paysannes ou modestes ne pouvant subvenir aux besoins de scolarité. Ce durcissement des conditions d’admission était supposé améliorer la qualité de l’enseignement et rehausser l’image des diplômes centrafricains.

On peut constater que depuis cette époque, le niveau scolaire du pays décline continuellement vers moins l’infini, comparé aux autres pays de la région qui pratiquent le même modèle d’enseignement calqué sur la France. Vingt ans après ces mesures, la République Centrafricaine n’a que verbalement affirmé ou réaffirmé son engagement pour le développement humain et manque donc cruellement de cadres supérieurs, d’ouvriers ou d’artisans. Les gouvernements qui ont succédé n’ont pas consolidé de programmes politiques pour améliorer l’enseignement de base (primaire et premier cycle du secondaire) et l’enseignement universitaire. La pratique de séparation des compétences en ministère de l’enseignement général  d’un côté et ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique de l’autre n’a pas permis de trouver de réponse adéquate. On se demande d’ailleurs la pertinence des ministères de la recherche scientifique dans un pays ou les lacunes de l’enseignement fondamental restent les préoccupations majeures.

 

Depuis le milieu des années 1980, la croissance économique est faible en Centrafrique et tout le monde assiste inactif à la détérioration des conditions de vie aggravée par les faits d’un ajustement structurel mal pensé par les partenaires bilatéraux. En effet, sous les pressions des donateurs d’aide, les différents gouvernements ont réduit leurs dépenses publiques, en particulier celles concernant les personnels de l’État, sans tenir compte des effets multiplicateurs. Dans la logique d’un changement de méthode de gestion, la culture et l’éducation doivent être placées au centre des exigences de la pérennité de notre mode de fonctionnement global. Sans besoin de rappel sur la notion de la relation entre la richesse d’un pays et ses besoins en matière grise, le niveau de dépenses à consacrer à l’éducation doit dépendre du programme à long terme pour atteindre une couverture de la population scolarisée fixée selon les obligations d’atteinte de l’index du développement humain.

 

Quelle relation entre la vie chère et l’enseignement en cette journée du travail 2008 ?

La politique de la culture de rente, spécialement le café et le coton principalement destinée à l’exportation, a été privilégiée par opposition à la culture des produits vivriers depuis l’indépendance. Aucune politique agricole vivrière n’a été pratiquée pour encourager les populations vivant autour des grandes villes afin que ces derniers cultivent dans le but d’alimenter les villes en produits vivriers destinés à la consommation. Les cultures de produits vivriers comme par exemple le manioc, le maïs précoce, sorgho précoce, bananes, tubercules, fruits, légumes.

Le manioc qui constitue la source de nourriture la plus répandue en République Centrafricaine est aussi consommé par les élites à Bangui ou en province. Pourtant, il ne béfécie d’aucun appui de production industrielle du gouvernement ou du ministère de l’agriculture. On ne mange rien sans le manioc, sauf chez les nomades Bororo et dans les régions frontières du Soudan et du Tchad. Dans toutes les villes « B » comme Bangui, Bouar, Bozoum, Bangassou, Bossangoa, Berbérati, Boda, Baoro, Bouca, Bandoro ou autre Dékoa, Yppy, le manioc est roi. Pour la majorité des Wakodro (Centrafricains), le manioc représente tout. Pourtant la culture de cette plante ne demande pas trop d’investissement pour livrer ses tubercules qui donne le GOZO ou ses feuilles NGUNZA.

 

On observe aussi que les agronomes qui ont gouverné notre pays n’ont laissé aucune trace en matière de sécurité alimentaire notamment  dans la production des denrées alimentaires de première nécessité comme le manioc. On peut affirmer que la politique agricole centrafricaine n’échappe pas à la confusion et à l’incompréhension dont les seuls responsables sont les élites politiques. Malgré la facilité de plantation et de traitement, et alors que toutes les conditions climatiques et commerciales sont réunies le manioc et autres céréales ainsi que d’autres de première importance sont des denrées rare.

 

C’est la faute de notre système éducatif inadapté :

Si savoir « écrire » permet de mettre sur papier une idée ou une critique afin de les partager avec les concitoyens, savoir « lire » permet par contre de saisir et de connaître l’expérience des autres pour s’enrichir. Le but de l’école n’est pas de nous apprendre à copier ou d’apprendre par cœur des façons de parler ou de s’exprimer. L’école doit nous permettre d’apprendre à nous servir de l’écriture et des vocabulaires pour exprimer des idées pour améliorer notre quotidien. Le rôle de l’école, son aspect linguistique et culturel dans l’éducation, celui de la formation, sont ainsi des sujets de base pour une société ayant vocation à se développer. La politique ne peut et ne doit pas ignorer l’école dans sa stratégie. L’école doit donc être l’instrument aux fins d’apprendre à l’individu comment exprimer des idées, comment les communiquer dans son milieu culturel dans le but d’améliorer sa condition socio-économique. La première ambition politique à nourrir par chacun est celle autour des concepts de l’école, de l’éducation, de la formation et leurs corollaires la culture et l’identité culturelle. Une fois le sens de l’école compris, il faut souligner le rôle du savoir-écrire car la transmission des connaissances est plus aisée dans une langue que l’on maîtrise (la culture). Or l’élite politique néglige le rôle de l’école dans le développement socio-économique et culturel.

 

Nous devons faire de l’école le lieu ou l’homme apprend à moderniser sa vie en harmonie avec la nature par une planification humaine de son développement. Lécole doit être le lieu ou nous apprenons la modernité et le bien-être ainsi que les méthodes pour y parvenir.

 

Un enfant qui n’a pas vécu l’école avec les instruments de culture et de développement que représentent l’eau, l’électricité, les transports, l’alimentation équilibrée, la santé et l’hygiène ne trouvera jamais la nécessité de concevoir les structures de leur mis à disponibilité. Une fois dans la vie active, un tel enfant ne se sentira jamais concerné par la nécessité de travailler à ce bien-être. Il ne comprendra jamais les revendications de ces compatriotes en ce qui concerne les aspirations au bien-être suite à un programme politique élaboré dans le but d’un développement humain.

 

Les cadres dirigeants ne comprennent  pas la nécessité d’un repas régulier pour leurs enfants, eux mêmes ayant évolué dans un manque de régularité en matière de nutrition. Ils trouvent normal qu’il y a un seul repas par jour, préférant mettre le tiers de leur budget dans la bière. Ils  refusent de comprendre la nécessité de ces infrastructures telles qu’un système électrique parfait car ils n’ont pas fréquenté l’école équipée d’électricité. Ils trouvent normal qu’il y a d’électricité toute la nuit et toute la journée. La normalité pour eux c’est quand cela ne fonctionne pas ou quand cela nexiste pas. En lisant ce texte certains cadres diront immédiatement « voilà encore un qui a oublié que cela a toujours été comme ça ici ». Mais ces cadres oublient que cest à eux de changer le cours du bien-être:

 

v     Les cadres dirigeants ne comprennent la nécessité des infrastructures sanitaire et de distribution. Normal. L’école qu’ils ont fréquentée n’avait pas de points d’eau. Ils sont restés toute la journée dans une école sans boire de l’eau courante et par conséquent le fait que SODECA ne fonctionne pas est une normalité

 

v     En mettant l’accent sur l’école, en équipant l’école de point d’eau DO MO NYON, lETAT habituera le future cadre à la normalité d’avoir l’eau courante 

 

v     En équipant les écoles de système solaires pour la production d’électricité, lETAT habituera le future DG  à la normalité de l’électricité

 

v     En soutenant financièrement et sensibilisant les villages déquiper leurs écoles de cantines alimentées de produits locaux, lETAT habituera le future cadre à la normalité du repas régulier avec des produits vivriers locaux

 

 

Le 1er  Mai 2008 : Contre la vie chère et la famine na KODRO, Contre les systèmes et idées réçues

Jean-Pierre MARA