Le CFA et la valeur de la monnaie
européenne,
Prao
Yao Séraphin, économiste et président du
MLAN
l’Euro ne cesse
de battre des records face au dollar. L’euro est passé à 1, 45 dollar début
Février 2008. Entre temps, l’économie américaine est en passe de connaître une
récession, ce qui laisse croire que Ben Bernanke baissera encore les taux
directeurs de
Si les pays de la
zone dollar en tirent des bénéfices, ce
n'est pas le cas pour les pays qui ont en commun le franc CFA (zone
euro). Au delà des passions politiciennes, la surévaluation du franc CFA est un
lourd handicap au regard de la structure de l’économie des pays membres et des
biens qu’ils exportent. La dévaluation de 1994 et ses effets immédiats restent
gravés dans les mémoires. Qualifiée à l'époque de "brutale et [de]
douloureuse" par le président du Bénin Nicéphore Soglo, la possible et
éventuelle dévaluation reste très discutée. Il convient dans ce cas de revenir
sur ce débat qui hante les économistes africains de la zone franc.
La dévaluation en question
Un pays qui
connaît un désajustement de sa balance de paiement peut le corriger par une
variation du taux de change. Cette dernière provoque une modification des prix
nécessaire à l’ajustement des importations et des exportations et au
rétablissement de l’équilibre. Le taux de change peut faire donc l’objet d’une
dévaluation qui se traduit par une baisse de la valeur de la monnaie nationale
par rapport aux monnaies étrangères, ou une réévaluation, qui s’exprime comme
une hausse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux monnaies
étrangères. Dans le cas des pays africains de la zone franc, le débat porte sur
une baisse de la valeur de la monnaie, la montée de l’euro surévaluant de facto
cette dernière et décourageant les exportations.
Les conséquences de la dévaluation
Une dévaluation a
de forte chance de produire les effets escomptés que si les prix internes
augmentent. En réalité et surtout pour les pays dont le secteur domestique est
très important, la hausse des prix intérieurs sera, dans l’ensemble moins
rapide et moins forte que la dépréciation du taux de change. En effet, de
nombreux produits sont obtenus dans le pays et ne souffrent d’aucune
concurrence étrangère (secteur abrité) si bien que leurs prix ne subissent
qu’avec retard, ou faiblement, la contagion de la hausse due à la dépréciation.
Il en va de même des prix des services et des facteurs de productions qui
peuvent être déconnectés des prix étrangers. Pour les pays africains de la zone
franc, leur dépendance plus ou moins grande à l’égard des importations va les obliger
à alourdir le déficit commercial si les exportations ne sont pas stimulées.
L’accroissement des exportations peut alors, dans certains cas, provoquer une
perte de substance pour l’économie nationale. Or, à la suite d’une dévaluation,
l’accroissement de la valeur des exportations (en monnaie nationale) sera
d’autant plus important que l’élasticité de la demande étrangère sera forte.
Etant donné que les pays membre de la zone franc CFA sont essentiellement
exportateurs de matières premières de base et face à une demande léthargique,
accompagnée d’une concurrence des pays asiatiques, il s’ensuit que les
bénéfices de la dévaluation sont maigres.
De l'avis des « pro-dévaluation », la surévaluation du franc
CFA oblige les pays membres à déprécier leur monnaie car «le coût de la main
d'œuvre, déjà élevé en comparaison avec les pays asiatiques, en est
artificiellement gonflé. Il encourage les importations au détriment des
productions locales, y compris l'importation de biens qui ne sont pas
nécessairement indispensables». Une dévaluation, selon cette
« école » va renforcer la compétitivité des produits, permettre une
augmentation des exportations et de leurs revenus, et une atténuation de la
pression des importations. Il est vrai qu’à l'exportation, les productions
locales deviennent moins compétitives que celles qui concurrencent des pays
hors zone euro. Il en est ainsi du coton béninois, de la banane camerounaise,
du café ou du cacao ivoirien face aux produits analogues américains et
latino-américains qui exportent en dollars, et qui sont, de surcroît,
subventionnés. En conséquence, le revenu
des exportations de matières premières africaines facturées en dollars diminue
conséquemment. A contrario, les économistes hostiles à une nouvelle dévaluation
ne manquent pas d’argument. Pour eux, une dévaluation du franc CFA aurait pour
conséquence une hausse vertigineuse du coût des importations, un
surenchérissement de la facture pétrolière, une inflation globale. Cela n’a
rien d’entonnant quand on sait que la croissance que connaît l’Afrique est
tirée par les pays exportateurs de pétrole. La faiblesse du dollar diminue la
facture énergétique des pays et le prix élevé du baril ne peuvent donner
l’illusion de résister à cette surévaluation du franc CFA. Mais pour combien de
temps, la manne pétrolière
contrebalancera les effets pervers d’un déficit structurel de balance des paiements ? La
dévaluation peut être bénéfique pour un pays considéré, au regard de
l’explosion de ses exportations mais à condition que les autres monnaies ne se
déprécient pas dans les mêmes proportions. Historiquement, les dévaluations
concurrentes ont été malheureusement adoptées par un grand nombre de
gouvernement entre 1930 et 1940. L’exemple le plus éloquent fut la concurrence
faite aux dévaluations britanniques et américaines supprimant du même coup
l’effet prix favorable aux exportations britanniques et américaines. Lorsque la
hausse des prix est plus rapide dans un pays tiers qu’à l’étranger, le
gouvernement peut être contraint à la dévaluation. Cette situation est
indéniable lorsque le déficit de la balance des paiements est structurellement
considérable. Une surévaluation de la
monnaie peut aggraver les difficultés d’exportation. Une croissance inflationniste
ne peut durer indéfiniment car elle compromet gravement la compétitivité des
entreprises sur les marchés extérieurs. Les pays qui marchent en tête dans la
progression des prix se condamnent aux dévaluations successives et sapent la
confiance dans la monnaie.
En ce qui concerne l’effet bénéfique de la dévaluation du franc CFA de 1994,
les tests empiriques restent peu enthousiastes.
L’assainissement des comptes extérieurs et les mesures de traitement de
la dette (neuf PAZF[i]
ont pu obtenir une réduction de leur dette en Club de Paris,
- l’échec en matière de croissance
de la consommation par tête ;
- l’échec (relatif) en matière de diminution
de l’endettement ;
- l’échec (relatif et limité aux pays côtiers)
de la substitution de produits vivriers locaux aux produits vivriers importés.
Le nœud du problème est l’arrimage du franc CFA à
l’euro
Avant même
l’arrimage du franc CFA à l’euro, les institutions financières internationales
tiraient la sonnette d’alarme. D'après une étude de
Quand la recherche d’une stabilité monétaire
devient déstabilisante
Il est désormais largement admis que la
stabilité des prix constitue un objectif désirable en soi, puisque l'inflation
génère des coûts importants. Cette stabilité des prix nécessite un
"ancrage nominal" (Mishkin 1999, p. 580-581)[iii],
qui signifie la fixation d'une contrainte sur la valeur de la monnaie
domestique. L’ancrage nominal, qui peut signifier une parité monétaire fixe,
permet de déterminer le niveau général des prix, et de contrôler les
anticipations d'inflation des agents économiques en les guidant vers une valeur
de référence, fournie par l'autorité monétaire. En d'autres termes, en imposant
une contrainte sur l'évolution de l'inflation, l'ancrage nominal permet de
réduire (voire de supprimer) les problèmes de crédibilité et
d'"l’incohérence temporelle". L'ancrage nominal permet ainsi de
casser les pressions inflationnistes, et de se libérer des problèmes de
crédibilité. L’arrimage à un taux de change fixe permet donc d'imposer une
contrainte sur les autorités monétaires et, sous réserve du choix de la devise
de référence, peut permettre "d'importer" de la crédibilité.
L’ancrage nominal peut être un choix difficile à soutenir en certaines
circonstances. Ainsi, dans le cas d’une appréciation importante de la monnaie
de référence, la monnaie locale devient de plus en plus forte et il apparaît
alors un différentiel avec les conditions économiques internes qui affaiblit
progressivement le mécanisme d’importation de crédibilité. Toutes choses égales
par ailleurs, si les coûts d'un arrimage à l'euro devenaient par trop
importants, et étant donné les
inconvénients d'un système de changes flottants, les pays de la zone franc pourraient être confrontés
au même type de choix que les pays européens lors de la crise monétaire de 1993
: soit renforcer ses institutions dans le sens de la stabilité monétaire, soit
s'engager plus avant dans une intégration économique avec ses voisins. La
balance commerciale de la zone franc étant très fortement, et structurellement
déséquilibrée, une appréciation du franc CFA rend les produits locaux particulièrement
élevés ; Lorsque l'euro
s'apprécie, la quantité de monnaie par rapport au DTS augmente et les Banques centrales (de la zone
franc) créditent le compte d'opérations auprès du Trésor français, diminuant
ainsi leurs réserves et pénalisant le mécanisme de crédit. Ce mécanisme permet
de contrer l'effet inflationniste de l'euro fort. La balance commerciale des
pays africains de la zone franc, vis-à-vis de la zone euro se détériore
particulièrement puisqu’ils vendent en dollar et achètent en euro. Ces pays
piégés par le franc CFA sont obligés de vendre certaines de leurs productions
en dollar parce qu’elles sont cotées en dollar sur le marché mondial, alors
que, dans le même temps, ils achètent en
euro puisque la plupart de leurs industries, de leurs infrastructures
fonctionnent avec la monnaie unique européenne. Cette forme d’arrimage rigide
du franc CFA à l’euro pose réellement problème. Dans le passé, un autre débat, tournait autour des conséquences
des fluctuations du franc français, car la valeur du franc CFA dépendait
pendant longtemps des impératifs des relations économiques et financières entre
La
coopération monétaire avec Paris, à travers
Au total, il est
temps de renoncer à cette monnaie coloniale qui retarde le développement des
pays membres, pour créer une monnaie libre et au service des économies car le
maintien d'un lien entre devises garanti par le Trésor français ne fait que
perpétuer le néo-colonialisme français.
Le franc CFA n’apporte rien aux pays membres si ce n’est la pauvreté, la
corruption, et surtout un instrument d’asservissement entre les mains de
Que Dieu bénisse
l’Afrique et ses enfants !
Prao Yao Séraphin
Economiste et
président du MLAN
Commentaires
Commentaire sur www.centrafrique.com par Jean-Pierre MARA
Pour être valable
une monnaie doit avoir une certaine valeur d'échange et être garantie par une
autorité reconnue. Ainsi en est-il du garant ou de la caution pour un prêt. La
garantie ne tient souvent qu'à la croyance dans la valeur de l'argent, en son
acceptation par un grand nombre de personnes. Cela montre bien que la
conception d'une monnaie est essentiellement subjective et liée aux réalités d’un
marché aux spécificités économiques déterminées. La monnaie et sa valeur en
devise tient de cette relation et ne saura échapper aux influences entre les
pays économiquement puissants et les pays anciennement colonisés.
Depuis 2005, on ne
cesse de nous raconter que le taux de croissance en zone CEMAC est plus élevé
que celui de la zone UE sans préciser comment, pourquoi et avec quelle répercutions
pour la population. Dans les zones CFA de la CEMAC ou de l’UMOEA ou CEDEAO, les
richesses engendrées liées à cette question de la forte croissance ne sont pas
perceptibles par le paysan ou le rural.
En terme de réduction de la pauvreté, un CFA fort à cause de sa parité
fixe par rapport à l’euro n’a pas encore, de mémoire de consommateurs, apporté
un allègement. Les banques commerciales, accumulent des liquidités sans
directives politiques sur les stratégies économiques d’encouragement de
particuliers ou des entreprises à en faire usage. .
Ce débat sur
l'arrimage du franc CFA à l’euro tombe à un moment historique ou sa relance va
poser de nouveau la question relative à une éventuelle (nouvelle) dévaluation
du franc CFA. Mais qui en a peur ?
Ce sont les africains francophones eux-mêmes infantilisés par un système
économique qui remet à l’ancien colonisateur la responsabilité de la rigueur
pendant que les gouvernants africains se préoccupent d’autres sujets comme
l’enrichissement personnel et l’accumulation personnel de matériels mobiliers
et immobiliers.
L’élite politique
africaine (CFAistes) peine à élaborer une solution convaincante qui
préconiserait les réponses éventuelles aux problèmes de compétitivité des pays
d’Afrique utilisant le CFA comme monnaie commune. Elle compte seulement sur le
soutien politique de Paris qui a lui même ses propres problèmes économiques.
D’ailleurs, il n’est un secret que les solutions françaises supposées apporter
les réponses (ADN, Expulsions des Sans Papiers africains, etc) n’ont toujours
pas apportés les résultats escomptées. Donc attendre Paris est une peine perdue
de la part des politiques en Afrique.
Au
contraire, CEMAC et CEDEAO feront mieux de
revoir un model de calcul du PIB qui reste contestable dès lors que les
chiffres sont utilisés sans explication sur la répartition. En effet, si nous
nous en tenons à la réalité que le PIB représente le résultat final de
l’activité de production des unités productrices résidentes et que c'est un
agrégat des comptes nationaux, obtenu en additionnant des grandeurs mesurées
par catégories d’agents économiques
(ménages, entreprises, administrations publiques), on peut simplement
affirmer que le modèle de calcul est complètement faux.
Sur ce point
l’élite politique africaine doit faire confiance à François Lequiller selon qui
le PIB ne constitue pas une mesure satisfaisante de la croissance. Pour mesurer
la croissance d’un pays africain, il faudrait encore définir la lettre P qui
renvoie au terme de « produit », et clarifier les méthodes de production de la
richesse, en précisant d’où provient la richesse des nations africaines qui
n’ont pas d’industries, pas d’infrastructures de production d’énergie, pas de
routes, etc. ;
Il n’est
malheureusement pas facile pour un français de l’admettre cette réalité des
rapports actuels entre le trésor français et les pays qui ont en commun
l’utilisation du Franc CFA. Or personnes
ne peut nier le contrôle qu’exerce le trésor français sur toutes les
transactions financières entre l’Afrique francophone et le reste du monde. Pour
cette structure, une parité fixe entre le CFA et l’EURO reste préférable
Il revient donc
aux africains de poser le problème au lieu d’attendre une autre tornade sur les
économies africaines placées en situation de sujétion monétaire envers la
France (http://www.humanite.fr/1995-01-13_Articles_-La-devaluation-du-CFA)
comme le 12 janvier 1994, quand les
quatorze pays de la zone franc ramassaient de plein fouet un « ajustement » aux
allures de saignée dévaluant le franc CFA 50%, avec la bénédiction du FMI de Michel Camdessus.
L’échec
économique des pays qui utilisent le Franc CFA est l’échec de la France puisque
c’est elle qui soutien l’arrimage.