De tout cela, il n'en fût rien à la veille du départ de Papa Bok en 1979. Le signal de la détérioration des conditions de l'enseignement est scellé par une insulte envers les élèves du Lycée Boganda et leurs Professeurs de mathématiques d'origine Soviétique par le fameux << Dondo Mama ti âla na â Soviétique nî kûê >> du Maréchal Bokassa. Cet acte va en effet amorcer le ternissement de la splendeur de l'écolier, du Collégien, du Lycéen et de l'étudiant Centrafricain. C'était fini la certitude d'obtenir une bourse régulière, fini l'espoir d'entrer dans la fonction publique après deux années passées dans une université nationale ou étrangère avec ou sans succès.
Devenu << Majesté Impériale >> toujours sous la bénédiction de son cousin Giscard D'Estaing, et fort du soutien militaire de la puissante France, Bokassa n'aurait plus besoin de se préoccuper de la formation d'une jeunesse qui l'agace. Il engloutira ainsi toute l'aide de la Coopération, traditionnellement destinée à la formation des cadres dans un sacre aux frasques de mégalomanie à la connotation Napoléonienne.
L'arrivée de David Dacko (Dacko II) semble redonner un dynamisme à la formation et à l'éducation mais ce rêve ne restera que de courte durée, le temps de la prise de pouvoir par le prochain dictateur soutenu par les barbouzes venus une fois de plus de France, DGSE et loges Africaines de la Franc Maçonnerie confondues.
Une fois au pouvoir par un soi-disant Coup d'état contre David Dacko, André KO (ou Grand K), le général Centrafricain entouré de son marabout Béninois Odégbé et de son Maître à penser de la DGSE le Colonel Mansion, vont définitivement enterrer l'espoir et l'avenir de la future génération
Très vite, les années scolaires passent de neuf à six mois. Les journées continues que son Excellence Grand K importe de son dernier poste d'Ambassadeur à Bonn en Allemagne rendent l'école inefficace. Sans avoir compris le rapport du climat nordique, Kolingba va imposer une journée continue qui tourne à la catastrophe économique, contribuant à détruire l'élan et le goût du travail des Centrafricains. A partir de la fameuse pause de 9 H, personne ne revenait au travail. La RCA passe ainsi en tête des pays où on travaille le moins au monde. Le système scolaire n'est pas épargné par ces importations de nouveaux horaires ramenés d'un pays qui ne connaît 30 degrés Celsius à midi que deux mois l'année. Cette méthode, soutenue par la régularité des bas salaires et la température tropicale, constitue le frein moteur du système Economique, Médical, Administratif et Scolaire Centrafricain.
Au lieu de perdre leur temps dans des écoles sans avenir et sans soutien de l'état, la plupart des jeunes se lancent dans des aventures qui leur garantissent des revenus pour la survie dans un pays enclavé où tout produit importé se vend à son double prix. Ils vont effectuer des voyages à Mbaïboum pour acheter des effets et denrées de premières nécessités qui manquent sur le marché des grandes villes du pays. A leur retour, ces produits sont vendus à des prix qui défient toutes concurrences.
Le phénomène BUBANGUERE est ainsi né
Le principe:
Observer le marché et la demande
Aller à Mbaïboum au Nigéria pour acheter les produit
les plus demandés
Revendre avec un objectif tout simple au retour
Cet objectif consiste à viser juste un minimum de bénéfice
Les Moyens:
démarrer avec un minimum de 200 FF (soit 10.000 F CFA en 198l)
empruntés chez les parents ou les connaissances
Le succès de ces jeunes incitent de plus en plus d'autres Collégiens,
Lycéens voire même des Etudiants de l'université à
se lancer dans cette aventure qui permet un gain sûr.
Les nouveaux dignitaires comprennent très vite l'enjeu et se
rendent donc complices en se portant garant ou emprunteur. Les ventes qui
se faisaient autrefois en cachette, vont se réaliser de plus en
plus en public.
On voit ainsi apparaître les premiers Bubanguérés
devant les édifices publics, les ministères et autour du
marché Central. Désormais, avec la complicité des
barons du régime de Grand K, Les Bubanguérés vont
parfois jusqu'à s'installer carrément devant les magasins
des Libanais. Ils proposent tout type d'articles dans les ministères,
devant les banques de la place, devant le trésor, devant les grands
magasins, enfin partout où ils peuvent défier et casser les
prix.
Que faut il faire Aujourd'hui?
Aujourd'hui, il n'est point question de combattre voire interdire les
Bubanguérés. Il serait plutôt judicieux d'intégrer
le phénomène dans le système socio-économique
de notre pays.
L'idéal serait d'ouvrir le circuit bancaire aux ingénieux
Bubanguérés pleins d'imagination marketing par des facilités
d'ouverture de compte courant commercial sans imposer le payement d'impôt
sur le revenu ou le reversement de la plus value. Cette période
de faveur et d'encouragement devra être suivie d'accord de facilité
de crédit permettant de se lancer dans l'Import-Export. Mais cette
politique nécessite une rigueur économique que seules les
banques peuvent garantir.
La structure d'organisation selon laquelle fonctionne l'activité des Bubanguérés est un défi à la politique commerciale et économique pour toute l'Afrique en général et pour la République Centrafricaine, particulièrement enclavée. L'innovation économique de ce pays passe forcément par une réflexion sur comment s'adapter au bienfait du marché parallèle. Une nouvelle régulation adaptée aux réalités Centrafricaines s'impose. Pour se rendre à l'évidence, il suffit d'observer comment les gens s'organisent pour vivre dans un pays où le salaire n'est payé qu'une fois tous les six mois. Si penser à une rupture avec un système qui ne répond plus aux besoins semble donner des frissons aux profiteurs que constituent les gouvernants et les politiques, la majorité de la population quand à elle vit cette réalité de rupture au quotidien.
Statistiquement parlant on peut retenir que 55% de la population Centrafricaine
est paysanne. Celle-ci ne bénéficie pas de l'aide bilatérale.
35% de la population, principalement aggloméré autour des
grandes villes vit du marché parallèle.
Enfin, 10% de la population constitué de fonctionnaire, Agents
de l'état et politiciens vit principalement de l'aide bilatérale.
Il faut noter que la plupart des politiciens ont toute la famille à
l'extérieur du pays.
Jean-Pierre MARA
Antibes, France