Quels bailleurs de fonds pour l'économie Centrafricaine ?
par Christophe SAKILA( GRAP ) 

Dans des discussions portant sur la situation économique centrafricaine, on entend souvent des gens dire : à quand le retour des bailleurs de fonds, A quand le retour des investisseurs étrangers pour relancer l'économie centrafricaine ? Mais peut-on encore espérer le retour de ces acteurs économiques ? Des bailleurs de fonds centrafricains  cela est-il possible ? D'abord qu'est ce qu'un bailleur de fonds. Le bailleur de fonds, tout comme le bailleur d'immeuble c'est à dire quelqu'un qui met en location sa maison (immeuble), est un loueur. Dans le cas du bailleur de fonds on dira que c'est un prêteur d'argent. Le bailleur de fonds est une institution privée, une personne qui dispose de moyens financiers qui va les prêter en exigeant bien entendu en retour des intérêts en plus du remboursement des fonds prêtés. Cependant, il ne va prêter à qui en fait la demande sans s'assurer de la capacité de remboursement de l'emprunteur. Evidemment, quand quelqu'un veut vous emprunter 10.000 FCFA par exemple, vous vous poserez la question de savoir s'il est capable de vous rembourser. Qu'est ce qu'un investisseur privé étranger ? C'est quelqu'un qui dispose soit de fonds personnels et qui décide d'aller investir dans un secteur d'activité qu'il juge rentable dans un autre pays soit qu'il dispose d'un projet jugé viable c'est à dire un projet dontla mise en oeuvre va être rentable qu'il va soumettre à des bailleurs de fonds pour financement. Dans ce cas, les bailleurs de fonds vont s'assurer de toutes les garanties avant de consentir à ce prêt.

La R.C.A. offre t-elle les garanties que peuvent exiger les bailleurs de fonds ?
1- La paix civile et sociale
2- Des consommateurs solvables
3- Des voies de communication pour la distribution
4- Des possibilités d'approvisionnement en intrant
5- Des taux d'imposition intéressants
6- Des possibilités de rapatriement des bénéfices.

1 La paix civile et sociale
La paix est propice au commerce. cela, tout commerçant vous l'affirmera. Par contre, la guerre, en perturbant toutes les organisations sociales, jette les gens dans la nécessité d'aller casser des commerces, des entreprises pour une subsistance temporaire. Si des gens peuvent contester le fait de dire qu'il n'existe pas la paix civile en Centrafrique, ils ne pourront rien reprocher si nous disons qu'il n'existe pas la paix sociale. Et pour cause, les salaires, les pensions et es bourses ne sont pas payés. Les écoles, les hôpitaux, les services postaux fonctionnent très mal. Les autres services publics fonctionnent tant bien que mal. Les Centrafricains ne peuvent pas satisfaire des besoins primaires et vitaux qui sont : se nourrir et se soigner. Ce sont des réalités qui n'échapperont pas à l'analyse d'un bailleur de fonds ou d'un investisseur qui verra là une situation explosive qui mettrait en péril ses activités. C'est un mauvais point.

2 Des consommateurs solvables

Quelqu'un qui viendrait investir en centrafrique va se poser la question de savoir s'il pourra vendre ses produits. Autrement dit, est ce que la population du pays a les moyens financiers pour acheter les articles qu'il va produire et vendre. Si on sait que les salaires, pensions et bourses depuis plus de 15 ans maintenant sont versés au compte goutte. Que le niveau de ces revenus est des plus bas du monde. Que la quasi-totalité des commerces et sociétés qui existaient avant ont disparu certainement par manque de consommateurs solvables, cet investisseur a toutes les raisons de penser que son activité ne tiendra pas plus longtemps que celles de ses prédécesseurs. C'est un mauvais point.

3 Des voies de communication pour la distribution.
Sans rentrer dans de grandes explications, on dira qu'en gestion d'entreprise, il y a entre autre des coûts fixes et des coûts variables. Les coûts variables sont liés aux quantités produites. Tandis que les coûts fixes comme leur nom l'indique seront pareils si on fabrique 100 unités ou 10.000 unités. Les entreprises modernes avec le machinisme puis la robotisation sont faites pour produire des milliers de pièces par jour. Cela permet entre autre de réduire les coûts fixes par unité produite. La seule population de Bangui ne consommerait pas les productions d'une entreprise de taille moyenne. Il lui faudrait aller vers les consommateurs des provinces et des pays voisins pour élargir son marché et espérer écouler la totalité de sa production. Est-il facile d'aller à Birao, Obo ou Zémio ? . Tous les Centrafricains connaissent les problèmes liés à l'état de nos routes. Même pour aller dans les villes et villages aux alentours. de Bangui. C'est un mauvais point.

4 Des facilités d'approvisionnement en intrant
L'intégration verticale est passée d'époque. (C'est le fait pour une entreprise de fabriquer tout ce dont elle a besoin pour aboutir à sa production finale et à la distribution). Beaucoup d'intrants dont a besoin une entreprise pour sa production lui sont vendus par d'autres entreprises qui peuvent être locales ou étrangères. L'inexistence de tissu industriel en centrafrique veut dire que les premières entreprises qui vont s'installer au pays vont manquer de fournisseurs locaux pour des produits entrant dans leurs cycles de fabrication ou bien nécessaire à l'emballage. Il faudra donc tout faire venir de l'étranger. Les difficultés de ces approvisionnements, tout le monde peut l'appréhender du fait de notre enclavement. Lequel enclavement n'a posé et ne pose que très peu de souci à la majorité des autorités qui se sont succédées dans la gestion du pays. L'épisode récent du carburant qui aurait été bloqué devrait nous faire réfléchir sur la dépendance à une ou deux voies seulement d'ouverture sur l'extérieur. Ces difficultés d'approvisionnement ne manqueront pas d'inquiéter un investisseur étranger. C'est un mauvais point.

5 Des taux d'imposition intéressants

Le taux d'imposition est un indice que les investisseurs regardent mais il n'est pas déterminant. Si l'activité génère beaucoup de bénéfices, l'entrepreneur ne refusera pas d'investir à cause d'un taux d'imposition élevé.

6 Des possibilités de rapatriement des bénéfices

Un étranger qui viendrait investir encentrafrique ne le ferait pas pour faire plaisir aux Centrafricains. Non, Il viendrait pour gagner de l'argent, pour en jouir quand il veut et ou il veut. Il appartient au gouvernement centrafricain : D'être vigilant pour récupérer ce qui lui revient et de permettre à l'étranger de disposer du fruit de ses efforts. De mettre en place des procédures claires de transfert de fonds sans appréciations subjectives. La difficulté de conversion du franc CFA en plus des conditions subjectives de transfert de fonds sont ce qu'un investisseur qualifiera de tracasserie. C'est un mauvais point. A la lumière de ce qui vient d'être développé, un étranger qui viendrait en centrafrique pour investir serait une nouvelle race d'investisseur qu'on pourrait qualifier " d'investisseur missionnaire ". Car, il faudrait presque être investi d'une mission divine pour venir investir en centrafrique. Il ne faudrait pas se méprendre sur les soi disant investisseurs qui débarquent en ce moment en centrafrique. Ils sont beaucoup plus intéressés par les cailloux de nos sous-sols qu'ils emportent bruts sans création de valeurs ajoutées c'est à dire de richesse. Ce ne sont pas là des investisseurs qui contribueront au développement de la R.C.A. Ne mettons pas non plus dans la catégorie des investisseurs les commerçants étrangers qui sont de simples revendeurs de produits manufacturés. Qu'on ne nous accuse pas de jouer contre notre pays en disant que nous cherchons à décourager les investisseurs. Ces derniers, sont généralement des spécialistes d'études économiques et d'analyse de ce qu'ils appellent le " risque-pays ". Nous n'avons donc rien à leur apprendre dans ces domaines. Comme il apparaît qu'il serait vain de compter sur les investisseurs privés étrangers pour relancer l'économie centrafricaine ; alors, des bailleurs de fonds centrafricains cela est-il possible ?

Des bailleurs de fonds centrafricains cela est-il possible

Si quelques personnes peuvent naître riche, n'oublions pas qu'au début de leur histoire, il y a eu quelqu'un qui est parti de presque rien et que la richesse s'est amassée sur plusieurs générations. Bill Gate, le fondateur de Microsoft a commencé à bricoler ses microprocesseurs dans le garage de son père quant il n'était qu'un étudiant. Aujourd'hui, il est l'un des hommes les plus riches au monde. Des centrafricains sont nationalement connus non pas du fait de la politique ou du sport mais grâce à leur esprit d'entreprise. Nous pensons aux sieurs Guerengomba ; Guedema et plus récemment monsieur Zagui. Si pour le moment il n'y a pas ou très peu de centrafricains riches, capables de créer des entreprises dignes de ce nom, il ne faut pas en faire une fatalité mais provoquer et encourager l'émergence de cette catéorie de centrafricain pour plusieurs raisons.

A) Le secteur privé comme deuxième moteur de l'économie. Si nous pouvons comparer l'économie d'un pays à un avion bimoteur, nous dirons que le secteur privé est l'un des moteurs dont la carence prive l'économie de toutes ses potentialités, de tout son dynamisme. Dans certains pays à économie dite libérale, le secteur privé est même le moteur le plus puissant. (Etats Unis).

B) Le secteur privé comme élément d'intégration sociale L'existence d'un secteur privé aurait résorbé le chômage d'une bonne partie des jeunes et moins jeunes qui cherchent du travail et dont la seule solution finale est de quitter le pays.L'existence d'un secteur privé aurait desserré la pression que tout le monde exerce sur l'état finalement seul employeur dont les quelques postes convoités donnent lieu à des favoritismes qui génèrent des rancoeurs dans la population.

C) Le secteur privé comme instrument de politique économique L'existence d'un secteur privé aurait donné à l'état les moyens d'un certain nombre de politiques à travers les impôts et taxes et des prélèvements directs sur les salariés. L'existence d'un secteur privé aurait permis la création de richesses en exportant un certain nombre de produits pour faire rentrer des devises et en limitant nos importations par la fabrication de certains produits sur place (produits de substitution) pour limiter nos sorties de devises. De ces quelques avantages non exhaustifs, les gouvernants centrafricains auraient dû faire de l'émergence d'investisseurs nationaux une stratégie de développement à travers : La formation aux petits métiers Il est incroyable de constater que le système éducatif centrafricain est resté sur de vieux schémas hérités de la colonisation dont l'objectif était de former des cols blancs pour il est vrai, remplacer les colons qui devaient partir. Malgré le retour gagnant de la technologie, les centrafricains sont toujours entrain de privilégier les enseignements généraux .Nous avons toujours le seul lycée technique issu de l'ère coloniale. En France, les patrons de petites entreprises de maçonnerie, de plomberie, de menuiserie etc. des artisans qui dès la fin de la troisième se sont orientés pour se former à ces métiers. Des formations techniques dans tous les domaines utiles au pays doivent être enseignées avec un programme de création d'entreprise pour faire des adeptes. a chambre de commerce devrait être à l'affût de ce que d'autres artisans font sous d'autres cieux pour en faire profiter ceux de notre pays. Organiser des concours de création pour déceler des génies et les encourager. Le gouvernement qui sait qu'il existe des fonds auprès de certains organismes pour financer les micro-projets devrait encourager, aider les artisans à monter des projets pour espérer avoir les moyens de développer leurs activités.Ce sont les petites unités d'hier qui auraient pu embaucher d'autres centrafricains et donner des moyens à l'état. L'incitation à la création d'entreprise. Travailler dans un bureau est devenu tellement naturel pour le centrafricain que même l'ex premier ministre, monsieur Dologuélé, quant il est venu en France, est venu pour chercher des bureaucrates et non des entrepreneurs. Mais, s'il est vrai que le manque d'esprit d'initiative est inné à la majorité des centrafricains de l'intérieur comme de l'extérieur, il faudrait comme nous l'écrivons, forcer les choses. Beaucoup de pays tels que Israël,le Liban, le Mali et le territoire de Palestine doivent leur " santé " économique à leur diaspora. Le gouvernement centrafricain devrait encourager la diaspora centrafricaine qui pourrait avoir quelques moyens, à investir. Mais pour cela, il faudrait que chaque centrafricain qui fait une démarche de création d'entreprise soit encouragé.  L'agent de l'état chargé de délivrer une licence ou un quelconque document nécessaire à cette création doit savoir et se dire que c'est par-là que le pays vaincra la misère et non de conditionner son travail par l'obtention d'un cadeau " Goro " Que les autorités arrêtent de faire de la concurrence déloyale (monopolistique) alors qu'elles n'ont pas le droit d'entreprendre (cf.article du GRAP 'l'état de droit'). Dans ce domaine, l'égoïsme du centrafricain est tel que l'autorité politique a toujours voulu être aussi l'autorité économique. Aucun espace n'est conféré à l'autre. Nous préférons voir les autres venir mendier devant notre porte pour nous donner l'occasion de les éraser. Alors que le souci des politiques aurait été d'encourager par exemple les jeunes acteurs économiques centrafricains " bubanêrë " devenir les bailleurs de fonds de demain.

La fin de la préférence étrangère

Loin de nous l'idée de racisme. En certaine circonstance, nous défendrions l'idée d'une immigration de masse vers la R.C.A, vu l'étendue du pays par
rapport à sa population. Nous défendions plus haut l'idée de laisser l'étranger qui investirait en centrafrique, la liberté de jouir du fruit de ses efforts. L'étranger étant enclin à rapatrier ses revenus dans son pays, nous disons que nous ne pouvons confier un secteur stratégique et vital de notre pays aux seuls étrangers ou à des gens dont la naturalisation n'est qu'un moyen pour mettre la main sur nos richesses et penser qu'ils sont devenus des  patriotes. Plusieurs exemples remontant à plus de trente ans montrent que des investisseurs étrangers vivaient chichement en centrafrique alors qu'ils réalisaient des choses grandioses dans leur pays d'origine.  On sait que de temps en temps, de l'argent est injecté dans l'économie avec l'espoir qu'il agisse comme une manivelle devant relancer le moteur économique. Mais cet argent n'arrive pas à jouer son rôle parce que tout de suite tombé dans les caisses des gens qui ne le redistribuent pas. Un Centrafricain aurait eu envie de construire une ou des villas. Ce qui aurait fait travailler des maçons, des charpentiers, des peintres etc.? D'autres centrafricains auraient eu ainsi les moyens pour consommer. Mais voilà, nos gouvernants ont toujours choisi la connivence avec les étrangers pour des intérêts égoïstes (les dessous de table). Le centrafricain  à moins de chance d'obtenir un marché, une concession face à un étranger. Nous dénonçons aujourd'hui ce comportement non pour inciter à la haine mais pour montrer les préjudices pour notre pays.

La non discrimination centrafricano centrafricaine

Un centrafricain qui a exercé des fonctions de haute responsabilité et donc connu de tous a voulu, depuis l'étranger, investir dans les
télécommunications mobiles en Centrafrique...

Spécialistes d'études économiques et d'analyse de ce qu'ils appellent le " risque-pays ". Nous n'avons donc rien à leur apprendre dans ces domaines.

Comme il apparaît qu'il serait vain de compter sur les investisseurs privés étrangers pour relancer l'économie centrafricaine ; alors, des bailleurs de fonds centrafricains cela est-il possible ?