L’Afrique est mal partie,  la RCA est bien arrivée !

Par Dr Félix YANDIA

 

Les Centrafricains préfèrent parler du passé et de l’avenir. Pour rêver. Au présent, ils vivent du mal et s’en contentent et n’en parle pas, par peur de fiches et des représailles. Ils s’asseyent sur les résolutions d’un dialogue national, pour réclamer un dialogue politique. Un pas en avant, un pas en arrière. Et les problèmes s’accumulent. Pourvu que tout cela soit payé par la communauté internationale ! Alléluia.  Des petits exemples révélateurs :

 

Le Ministre d’Etat à l’information du Gouvernement centrafricain, Monsieur Têyé est occupé à manger. Il n’a pas le temps et n’arrive plus à communiquer, même au Débat Africain sur RFI de ce dimanche 20 août 2006. Normal, pour un pouvoir qui fuit le dialogue. Le ministre d’Etat a fui, et cette débandade a été relevée avec beaucoup d’insistance sur les Ondes de la Radio Internationale tout au long de l’émission. Ce n’est pas à lui de défendre un dictateur, un prédateur et incompétent, un tribaliste, dira t-il par la suite, en petit comité. Mais là, nous l’avions déjà compris et déjà prévu ! C’est comme le disait Nditifeï Boyssembé : la défaite est orpheline, et la victoire est une affaire de copaternité et de caution.

 

La naissance d’un parti politique dénommé Union pour la Majorité Présidentielle en Centrafrique (UMPCA) est la concrétisation de cette intelligence centrafricaine, en plus vicieux et procède de cette stratégie de l’éternel recommencement. Le Président BOZIZE, ce n’est un secret pour personne, qu’il le veuille ou non, subira un jour la loi divine. Après la fin de règne, de quelle majorité présidentielle ce parti politique se réclamera t-il alors ? On voit le décalage, l’embourbement, la stagnation à la centrafricaine : l’UMP de Nicolas et de Jacques, c’est l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP). Et cela, depuis sa légalisation. Mais en Centrafrique, le Ministre de l’Intérieur, Michel Sallé, a signé les yeux fermés son récépissé, Union pour la Majorité Présidentielle. Cependant, il ne délivre pas toujours le récépissé du Parti de la Dignité de l’Homme, en Centrafrique ! A moins que la très spéciale Mboyssona traverse «des siècles et des siècles» dans sa merveilleuse stratégie de pérennité qui double les partisans de l’éternel recommencement. Toutefois, elle peut toujours espérer accueillir le futur Président, comme le fit GOUMBA, pour lui présenter son UMPCA, en même temps que sa caution.

 

Madame MBOYSSONA a bien vu ! Même avec alias Abdoulaye MISKINE, elle a gagné ! Sans canne, elle pourra se jeter dans ses bras avec sa nouvelle ancienne majorité. Elle est assurée de le faire sans le PUN, le FODEM, et les autres râteliers maintenant dépassés. Et la male bouche des Centrafricains diront simplement qu’elle est successivement la copine successive de tous les présidents successifs.

 

Et si c’était vrai, par les temps qui courent, où la politique se fait dans ce pays sur fond de commerce familial, donc transmissible de père en fils, MBoyssona émancipée est assurée, pour l’éternité : d’une pierre, deux coups ! Au FPP, Alexandre Goumba est devenu calife à la place de son papa Abel. La jeunesse découvre après tant d’années de confiance aveugle, que La vieillesse est un naufrage » et la jeunesse, un tangage. Rasé aux lames de rasoir suspectes, même pour un détenu politique, il a droit aux soins. Il est temps d’exiger des analyses appropriées, pour nous rassurer. Au MDD et au RDC, les fils DACKO et KOLINGBA sont ministres aujourd’hui, aux noms de leur papa mais pas au nom des partis. Ils donnent à manger à des Sia ou des Ihan, ce qui constitue un dangereux processus d’asservissement capable de conduire à l’établissement de dynasties et donc roitelets locaux en RCA. Dans ce monde mondialisé, que les Centrafricains ne maîtrisent pas, surtout ces papas qui ont créé cette situation pour ne se contenter aujourd’hui que des pratiques ancestrales. Déjà, BOKASSA, en pleine gloire, avait pensé à son héritier. Je le dis comme ça ! Mais il faut réfléchir au delà de ce que je dis. Vraiment, la RCA avance dangereusement !

 

Où est alors le problème, me dira t-on. Dans ce pays qui a du mal à payer les salaires, les pensions, les bourses, les PGA des militaires ; dans ce pays qui ne reconnaît pas les invalides de guerre, encore moins les veuves ou les orphelins des combattants morts au front, son Président veut la guerre. Mais c’est vraiment suspect que même le Général Président Ministre de la Défense, Chef suprême des armées, le Président de la République, Monsieur François BOZIZE donc, fuie le front, ne rende même pas visite aux militaires sur le front afin de leur apporter son soutien moral et ses encouragements. Et peut-être, donner des exemples pratiques… au front.

 

Puisqu’il a peur de la guerre, pourquoi ce Bozizé est-il réticent au dialogue au Tchad et chez lui en RCA ? Il suffirait que le Président Déby ITNO accepte de discuter avec ses propres rebelles pour que le territoire centrafricain soit libéré. Mais le Général Bozizé ne veut pas, il veut faire la guerre sans aller lui-même en guerre contre des rebelles Tchadiens ! Et c’est ça la «nouvelle stratégie à dimensions multiples » du général Lamine Cissé, Représentant Spécial du Secrétaire Général de l'Onu, qui dit aujourd’hui exactement ce que les Centrafricains le lui disaient il y a bientôt deux ans. C’est maintenant qu’il «déplore que l'euphorie et l'immense espoir suscités par les consultations électorales de 2005 aient, très tôt, cédé la place à un climat sociopolitique délétère, marqué par des difficultés de tous ordres, notamment aux plans financier et sécuritaire». C’est parce qu’on impose plus un homme en tenue dans un pays démocratique, le pays de BOKASSA 1er. C’est grave ! Mais devant l’impuissance, disons merci quand même de l’insulte faite aux Centrafricains.