Bozizé,
asphyxié par le MLPC, reporte les élections par Dr Félix Yandjia
Le président Bozizé, asphyxié par le MLPC, reporte les élections. Dans
un pays où les fonctionnaires ne sont pas respectés, où les salaires sont
impayés, il est vraiment curieux de voir ce même gouvernement reporter les
élections par respect de la fête de travail. Les vraies raisons de ce report, à
n’en pas douter, sont multiples. En dégainant le premier, Bozizé
a eu le code, mais pas la bonne conduite. Le RDC d’André Kolingba
veut, sans partage, le gouvernement dans son ensemble, avant de lui laisser,
avec toute sa convergence, la Présidence (pour combien de temps dans ce
cas ?). Au vu de la nouvelle constitution, Bozizé,
qui n’est pas sûr d’avoir la majorité à l’Assemblée, ne peut promettre quoi que
ce soit à qui que ce soit. Ainsi, du côté PUN comme du côté FODEM, les
convictions politiques s’affichent de moins en moins, car les cœurs amoureux
balancent encore.
Mais ce qui donne de vrais tournis au Président
sortant et autres KNK, ce sont les conséquences prévisibles des fraudes
massives du premier tour et surtout le grand débat réclamé à cors et à cris par
Martin Ziguélé, son challenger, et qui risque de se
transformer en grands déballages. Bozizé a opposé un
niet catégorique devant cette démarche pourtant démocratique, et pour cause…
De sources
indiscrètes proches du Candidat Martin Ziguélé, le
MLPC aurait sorti l’artillerie lourde. Le Président général, en tant que
bon stratège, a vu venir les balles même pas perdues et pète les plombs :
- de un, les factures de la rébellion du
Général qui se chiffre par milliards de Fcfa, à rembourser sur les recettes
publiques. Oui, la guerre a un prix. Il fallait y penser. Que ceux, prompts à
rédiger des communiqués de presse, nous donnent des chiffres, sans verbiages.
- de deux, des documents financiers qui
indiquent combien et comment ce diacre, pas moins céleste, verse ses rançons
franc-maçonniques et qui prépare, dans la plus totale discrétion, son auto
promotion au grade de maréchal de manière à être au dessus des autres généraux
d’armée.
- de trois, comment il tente d’acheter
le silence et la complaisance de Patassé en cette période de deuxième tour (je
sais combien je te suis redevable, mais fais comme si tu étais
mort a-t-il imprudemment lâché à Patassé, lors de son passage à Lomé), mais
aussi, ses cotisations au MLPC, même après le 15 mars 2003 (la politique est
bien compliquée).
- de quatre, les procès verbaux des
conseils de guerre présidés par le Chef d’Etat Major de Patassé, en la personne
de Bozizé, durant les différentes mutineries
devraient être rendus publics et les déballages en direct de Jean Jacques Demafouth.
- de cinq, la facture humaine : au
nord comme au sud, les parents des victimes ont apprécié la plaisanterie du «tueur
de buffles qui doit dépecer soi-même son butin, tout seul, comme un
grand». On n’a pas, pour autant, fini de compter les morts, par balles ou par
poisons ces derniers temps.
- et de six enfin, Bozizé,
qui s’interroge à l’autre bout du pays sur les raisons de son faible score dans
l’Ouham-Pendé, est attendu par toute une population
disposée à lui fournir les réponses attendues pour peu qu’il accepte de se
rendre sur place. Avec tout l’arsenal qu’il draine derrière lui, rendez-vous
est-il pris? De même, dans les régions où les voix ont été piquées en «un temps,
un tour», tous les zèles deviennent de moins ardents et les KNK ne savent plus
comment faire «le travail, rien que le travail», face à l’accueil qui leur sera
réservé dans cette campagnes électorales du second tour. Dans notre devise, il
y a le mot Travail, il suffisait de le respecter. On ne recrée pas le monde et
surtout celui de Boganda. Maintenant, tout le pays se
transforme, peu à peu, en un Ouham-Pendé héroïque et vigilent.
Et on se demande si la campagne aura même lieu.
Du coup, Bozizé voit rouge
avec des Z partout, partout, partout, pas comme Zorro, mais comme Ziguélé, partout, partout, avec des bourdonnements qui
ressemblent vaguement à un «Ziguélé, Zi lo» et partout, partout. La
messe semble dite, et le président sortant est prêt à déposer les armes. Les
demandes de visas pour 50 personnes viennent d’être déposées à l’Ambassade de
France à Bangui. L’homme, de moins en moins fort de Bangui, n’a ni sérieux dans
le travail, ni repère historique. Ou bien s’agit-il d’une prémonition ?
Voyons donc les
signes avant-coureurs qui ne démentent pas. Les résultats du premier tour des
élections présidentielles devaient être proclamés un 29 mars, jour de deuil
national : première reculade. Le second tour de ces mêmes élections devait
avoir lieu le 1er mai, jour de la fête de travail. Pour un
gouvernement qui pratique des mois de 120 jours, c’est quand même grave :
deuxième reculade pour éviter ce qui devait logiquement arriver. Mais, le
problème n’a fait qu’être reporté. Le 8 mai, c’est la fête de l’armistice, la soixantième
commémoration de la fin de la seconde guerre mondiale, et c’est encore pire
surtout pour un va-t-en guerre : troisième reculade en perspective ? La
proclamation des résultats, ce sera pour la fête des mères ? En
paraphrasant Patrice Lumumba, on dirait que l’histoire commence à dire son mot.
Mais, dans ce
marathon, Ange Félix Patassé caresse tranquillement sa barbe blanche en psalmodiant
quelques célèbres refrains oubliés, tel que «Le vieillard», ou «ènè yong förhô-förhô, ènè penzer famie sè,
wène ko binè
wôôôh…» ou encore «Marie a kiri
na congé». Il attend qui, du mensonge ou de la vérité, va le premier
franchir la ligne d’arrivée, et se dit que Bozizé,
avec ses villas du Burkina, sera bientôt son voisin bien aimé.
Cessez le Feu, mon
Général ! La révolution orange se fait sans canons. Faisons la
réconciliation nationale pour retrouver la paix, pour un Centrafrique uni et
prospère. Appelez donc à voter Ziguélé et cette fois,
dans un langage moins politique. Vous l’avez déjà fait à la fin de votre
discours d’ouverture de campagne du premier tour. Pour conclure vos propos,
vous avez intégralement cité la conclusion de sa profession de foi. Parlez, mon
Général ! Parlez ! Avait dit B. Boganda lui-même.
Moralité, que les
crétins fretins se ravissent. Que les patriotes ne considèrent plus le 15 mars
2003 comme leur printemps de Prague. Que les Anges et les archanges présentent
leur pardon à la Nation. Que les présidents de parti cessent de faire la queue
devant un sans parti, pour qu’enfin ce 8 mai, jour où le monde entier dépose
des gerbes de fleurs sur les monuments aux morts, soit pour les Centrafricains,
un grand jour de réconciliation nationale et de retrouvaille et de réjouissance
«populaire», du nord au sud, de l’est à l’ouest. Embrassons-nous, mes sœurs et
frères, et partout, partout. C’est ça le réalisme politique.
Dr. Félix YANDIA